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Le « Léonard de Vinci de la manipulation mentale » comparaît à Bordeaux

Le « Léonard de Vinci de la manipulation mentale » comparaît à Bordeaux

Publié le : 25/09/2012 25 septembre sept. 09 2012

Thierry Tilly est accusé d’avoir maintenu une famille sous emprise de 2001 à 2009 pour l’escroquer.

Il se faisait passer pour un agent secret investi d’une mission spéciale. Thierry Tilly, 48 ans, n’a jamais été James Bond, mais plus probablement un escroc, protagoniste « d’une affaire hors norme par sa durée dans le temps et par le côté atypique de la manipulation mise en place », souligne le magistrat qui a instruit le dossier.

Il est soupçonné d’avoir ensorcelé onze personnes d’une même famille et de les avoir dépouillées de leurs biens pour un préjudice de près de 5 millions d’euros entre l’automne 2001 et l’automne 2009. Ce « Léonard de Vinci de la manipulation mentale », comme le surnomme l’avocat bordelais Me Daniel Picotin, qui représente plusieurs victimes, comparaît à partir de lundi 24 septembre devant le tribunal correctionnel de Bordeaux.

Confronté à ses juges jusqu’au 5 octobre, Thierry Tilly répond « d’arrestation, d’enlèvement, de séquestration ou détention arbitraire d’otage pour faciliter un crime », de « violence sur une personne vulnérable » et « d’abus frauduleux de l’ignorance ou de la faiblesse d’une personne vulnérable ». Sur le banc des prévenus comparaît également Jacques Gonzalez, 65 ans, soupçonné de complicité.

Visage lisse de grand adolescent sur lequel le temps semble ne pas avoir de prise, Thierry Tilly a débarqué dans l’intimité de la famille Védrines à l’aube des années 2000. Attentif, serviable, disponible, faisant valoir « des entrées partout et de solides connaissances juridiques », il n’a pas tardé à gagner la confiance de Ghislaine de Védrines, 66 ans, qui dirigeait une école privée professionnelle à Paris.

En toute bonne foi, cette femme pourvue « d’une énergie à déplacer les montagnes », comme l’a décrite son mari, Jean Marchand, a adoubé Thierry Tilly au sein de la famille. Fragilisée par la perte de son père puis de sa soeur, elle était à ce moment-là la proie idéale. Devenu l’assistant de Ghislaine qui l’avait recruté dans son école, Thierry Tilly n’avait qu’un but : approcher sa mère Guillemette, sa belle-soeur Christine et son frère Charles-Henri dont il convoitait les fortunes et les propriétés.

Seul Jean Marchand n’a pas été abusé ; dès 2002 il a alerté la justice, qui a diligenté une première enquête préliminaire. D’autres investigations ont suivi de 2003 à 2005 qui suspectaient l’existence d’une secte et des détournements de fonds, sans qu’aucun élément probant ne puisse toutefois établir la moindre trace d’infraction pénale et permettre des poursuites.

Les Védrines, une lignée de vieille noblesse protestante originaire du Lot-et-Garonne, possédaient le château de Martel à Monflanquin, une bastide de près de 3 000 habitants située entre Agen et Bergerac, et, sur la même commune au lieu-dit Talade, une grande demeure datant du XVIe siècle. C’est là, au château, puis dans la bâtisse de Talade, qu’entre 2001 et 2008 Thierry Tilly a soumis la famille Védrines à la réclusion, soit trois générations – la grand-mère (morte en 2010 à 97 ans), ses trois fils et filles et ses deux brus âgés de 54 à 66 ans, et ses cinq petits-enfants âgés de 27 à 35 ans -, avant un déménagement à Oxford en Angleterre d’où ils seront « libérés » en novembre 2009.

Durant ce laps de temps, Thierry Tilly a réussi à couper les Védrines du reste du monde. Manipulant un à un les membres de la famille, s’appuyant sur les faiblesses des uns afin de mieux les opposer aux autres, cet homme « pervers », doué, selon les experts psychiatres qui l’ont examiné à la maison d’arrêt de Gradignan (Gironde), « d’une intelligence supérieure », a cloîtré ses victimes dans une prison mentale. Geôlier en chef, il leur dictait ses lois implacables censées les protéger d’ennemis imaginaires : francs-maçons, Roses-Croix, collabos ou encore pédophiles.

Sous emprise psychique, les Védrines se sont laissé dépouiller de leurs biens par leur gourou qui assurait servir une cause humanitaire via une fondation québécoise, la Blue Light Foundation. Leurs comptes en banque ont été vidés, leurs titres et leurs propriétés vendus avec leur approbation. Procédant méthodiquement et sans coup férir, Thierry Tilly a ruiné les Védrines, les réduisant au dénuement le plus total.

Si par malheur l’un d’eux résistait, le gourou recourait à des méthodes musclées. Christine de Védrines, 62 ans, belle-soeur de Ghislaine, recluse jusqu’à ce qu’elle parvienne à s’extraire du groupe en mars 2009 et dépose plainte, en a subi les conséquences, jusqu’au supplice. Pendant plusieurs mois, de novembre 2006 au printemps 2007, elle a été enfermée à clé dans une pièce de l’appartement d’Oxford.

En janvier 2008, durant une semaine, elle a été séquestrée, fenêtres bouclées, rideaux tirés. Le plus souvent assise sur un tabouret face au mur, elle n’avait pas droit de regarder ses proches qui devaient l’empêcher de dormir et de se rendre aux toilettes. Privée de nourriture, elle ne pouvait que boire de l’eau et a été frappée violemment à deux reprises par Thierry Tilly. Le prétexte ? Un prétendu secret lié à un héritage qui aurait été dissimulé au reste de la famille.

Thierry Tilly a été arrêté le 23 octobre 2009 à Zurich. Il encourt dix ans de prison et une amende de 750 000 euros.

Source : Le Monde du 25/09/12

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