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Bordeaux : vu comme un gourou, jugé pour viols et violences

Bordeaux : vu comme un gourou, jugé pour viols et violences

Publié le : 03/05/2019 03 mai Mai 2019
Bernard Boumedine, 48 ans, est jugé pour viols et violences. Sa femme et ses voisins le voyaient comme un gourou qui les a entraînés dans une dépendance mystique.

Ange ou démon ? Lui-même n’a pas tranché. Bernard Boumedine, 48 ans, est jugé depuis hier pour viols et violences devant la cour d’assises de la Gironde. Le 23 novembre, dans leur maison des Eglisottes-et-Chalaures, il aurait imposé à sa femme, Valérie, et à sa voisine une relation sexuelle à trois très violente.

Les enquêteurs avaient, à l’occasion de la plainte, mis au jour un contexte de violences habituelles commises envers sa compagne et ses voisins se disant privés de leur libre arbitre. Ainsi que des agressions sexuelles perpétrées sur les deux filles des deux couples. Le tout sur fond d’alcoolisation massive jouant un rôle désinhibiteur. Des faits que Bernard Boumedine nie farouchement.

La cour est obligée de procéder par étapes et devrait en venir aux faits aujourd’hui. En attendant, juges et jurés ont cherché à en savoir davantage sur l’accusé.

Au-dessus de la mêlée

« Je suis ce que je suis, mais ça ne fait pas de moi un délinquant sexuel », s’impatiente l’accusé. Volubile, baratineur, combatif. Théâtral. Son temps de parole n’est pas décompté. Il en profite. Insolent voire insultant, il détourne les questions pour les recentrer de façon à avoir le rôle du « gentil ». Il tente d’embrouiller son auditoire, se perd volontairement dans des détails pour mieux esquiver les faits ou témoignages dérangeants. Il se victimise, donne des leçons, distribue bons et mauvais points. Se pense au-dessus de la mêlée. Il nie ou banalise les coups portés, même ceux reconnus en garde à vue.

« Entre ce qu’on dit et ce qu’on fait, il y a une sacrée différence », lâche-t-il au détour d’une digression. « C’est sûr », relève Me Daniel Picotin, qui défend les voisins. Est-il l’ancien agent de la DST infiltré dans les milieux islamiques qu’il prétend avoir été ? Est-il davantage le gourou qu’il assure ne pas être et qui aurait entraîné les parties civiles dans une dépendance mystique ?

Sa première femme, partie parce qu’elle n’était « pas heureuse » est directe à la barre. « Je ne l’apprécie pas. » Elle décrit un tempérament emporté, un mari qui « avait du mal à se maîtriser ». Pour elle, « autoritaire oui, gourou, ça m’étonnerait. Il faut une assise culturelle, intellectuelle pour dominer. Je ne crois pas qu’on puisse dire qu’il est homme à exercer une emprise ».

Climat de violence

La fille aînée de Bernard Boumedine parle quant à elle de violences physiques et morales exercées par son père, mais reste vague sur leur contenu. Incapable de se remettre en cause quand il peut accuser les autres de tous les maux et défauts dont il est évidemment préservé, l’accusé dénigre les parties civiles. Et particulièrement sa dernière compagne, Valérie.

Il trouve même un allié inattendu. Un amant éconduit puis repris et enfin mis à la porte. Aigri et rancunier. « Elle a le vice dans la peau, elle est fourbe et volage, aime les jeux sexuels avec des instruments, n’en avait jamais assez. » Un passé chaotique, agité, sombre, que Valérie ne nie pas. Elle révèle même qu’elle s’est prostituée un an par manque d’argent pour acheter de la drogue, qu’elle fréquentait les milieux échangistes. Une autre vie, sur laquelle elle espérait tirer un trait. Mais l’accusé, son sauveur, le lui renvoyait constamment au visage. « Il me rabaissait, me dominait. »

Sobrement, elle raconte le climat de violence dans lequel son couple s’est construit. Dès le lendemain des noces. Pour lui « ouvrir le cerveau ». « Il avait de l’ascendant, une grande emprise sur moi dans ses gestes et ses paroles. » Elle ne parvient pas à expliquer pourquoi. « J’avais peur. Progressivement, il m’a coupée de mon entourage, il m’a mis des idées dans la tête. Un soir, il a vu Lucifer, il m’a mordue partout. »

Dans son box sous escorte, l’accusé lève les yeux au plafond, secoue ostensiblement la tête, soupire bruyamment, grogne, s’agite.

Des mots ambigus, à référence « sectaire », sont distillés à longueur de témoignage. « Ils vivaient un peu en communauté », sait la première femme. « Ils s’appelaient frères et sœurs, sans doute parce qu’ils étaient très proches », suggère sa seconde fille. « Il se présentait comme un ange, il disait qu’il pouvait enlever le mal en frappant les personnes pour en faire sortir le diable », poursuit Valérie. « Moi tout ce qui est spiritisme, j’y crois. Je le mettais sur un piédestal. J’ai vraiment cru qu’il avait un pouvoir, un don. Je sais, c’est bête, je suis naïve. » Elle n’est pas la seule dans ce dossier. Cela la rassure. Un peu.

Source : Sud Ouest du 14/02/12

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