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Procès de Monflanquin : « Il avait réussi à nous mettre un pistolet psychologique sur la tête »

Procès de Monflanquin : « Il avait réussi à nous mettre un pistolet psychologique sur la tête »

Publié le : 28/09/2012 28 septembre sept. 09 2012

Diane, 27 ans, et son frère Amaury, 32 ans, sont des enfants de la famille Védrines. Jeudi 27 septembre, au quatrième jour du procès de Thierry Tilly, qui les a maintenus sous son emprise pendant huit ans, de 2001 à 2009, ils ont raconté leur calvaire au tribunal correctionnel de Bordeaux. Jupe et polo bleu marine, cheveux coiffés en chignon, c’est Diane qui s’avance la première vers la barre. Contrairement à son frère, qui lui succédera, la jeune fille n’est pas tendue.

A ce stade des débats, la présidente, Marie-Elisabeth Bancal, qui a choisi d’examiner l’affaire en suivant la chronologie des faits, veut les entendre sur la période qu’ils ont passée à Londres entre 2003 et 2005. Thierry Tilly les avait installés à proximité de l’ambassade des Etats-Unis, avec leurs cousins Guillemette et François Marchand.

« Les conditions étaient mauvaises. On n’avait pas d’argent. On était revenus au temps d’avant », se lance Diane. Eau froide, repas réduit au strict minimum vital - « on passait nos dimanches après-midi dans les supermarchés pour acheter la marchandise la moins chère (…). Les yaourts périmés, ils peuvent tenir un mois ; ça, je vous l’assure », se souvient-elle. Tilly, qui recevait l’argent des parents, restés à Monflanquin (Lot-et-Garonne), ne le distribuait qu’avec parcimonie.

Mais au-delà de ces conditions matérielles difficiles, c’est la sécurité qui faisait l’objet de toutes les attentions de celui qui se faisait alors passer pour leur protecteur et qu’ils considéraient comme tel. « On ne devait parler à personne, explique encore Diane. Il fallait toujours que quelqu’un reste dans l’appartement. »

« CONFIANCE AVEUGLE »

Diane, qui était étudiante dans un établissement catholique, avait « le droit de se rendre à l’école et de rentrer ». Tilly ne vivait pas avec eux, mais personne ne contrevenait aux ordres. L’idée ne leur traversait même pas l’esprit. Certes, ils avaient les clefs de la maison, « mais on n’était pas maîtres de nos déplacements ; on devait tout dire à Tilly », insiste Diane. C’est que, selon celui-ci, les Védrines couraient de grands dangers. Ils devaient s’arranger pour ne croiser qu’un minimum de personnes. L’ennemi n’était pas nommément désigné, mais il se situait toujours autour des francs-maçons et de Jean Marchand, l’oncle de Diane et Amaury, père de Guillemette et François. « Au moindre truc, on se faisait enguirlander », insiste Diane. A un avocat qui lui demande « Pourquoi n’êtes-vous pas partie, la porte était ouverte ? », elle répond : « Il avait réussi à nous mettre un pistolet psychologique sur la tête. »

Lire Monflanquin : le Léonard de Vinci de la manipulation mentale comparaît à Bordeaux.

Selon Diane, Tilly avait une explication sur tout. Au moindre événement, au moindre incident, il ramenait tout au danger qui guettait ses victimes, les emmurant dans un univers paranoïaque. « On était tellement terrorisés, conditionnés, qu’on n’osait pas désobéir », mesure aujourd’hui Diane.

Amaury paraît moins à l’aise. Trois ans après sa « libération », le traumatisme qu’il a subi lui pèse toujours. « Je remonte la pente, mais j’ai besoin de parler. J’ai besoin d’avoir des relations avec les filles et je n’y arrive pas. J’ai besoin de retourner dans la normalité », lâche-t-il, les mains accrochées à la barre. Le jeune homme est suivi par des psychiatres qui l’ont trouvé « en très grande détresse psychologique », et son récit est plus confus que celui de sa soeur. « Dix ans de vie perdus, c’est compliqué », lance-t-il.

Amaury a été une cible privilégiée de Tilly. Psychologiquement plus fragile, il a eu droit à un traitement particulier. « Je lui ai donné ma confiance absolue, aveugle », avoue-t-il. Il devait être « reprogrammé », selon la formule de Tilly. Investi « d’une mission spéciale », Amaury est resté enfermé seul pendant neuf mois dans des locaux de bureau sur Regent Street, dont il n’est jamais sorti. Il fallait une présence 24 heures sur 24 pour cause de sécurité, lui avait ordonné Tilly, et Amaury se faisait un devoir de remplir au mieux sa tâche.

Lui non plus ne devait parler à personne et, la seule fois où il a répondu à l’interphone, Tilly l’a accusé de trahison devant sa soeur et ses cousins, qui l’ont ensuite regardé de travers. « Je dormais par terre. Pour me laver, il y avait des points d’eau froide dans l’immeuble, où je devais aller tôt le matin ou tard le soir. J’étais sale », dit-il. Avant que Tilly arrive dans sa vie, Amaury ressentait déjà « un mal-être ». Tilly n’a fait que l’entretenir.

Comme le reste de la famille Védrines, Amaury ne serait jamais allé contre son geôlier. « Il nous disait qu’il était agent secret, alors je pensais qu’il avait des infos que j’avais pas. Il détenait la vérité », conclut-il.

Source : Le Monde du 28/09/2012

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