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Une famille sous influence

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La benjamine des Reclus de Monflanquin témoigne au procès en appel à Bordeaux

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Au 3ème jour du procès de Thierry Tilly devant la cour d’appel de Bordeaux, les juges ont entendu ce mercredi après-midi les parties civiles , et notamment Diane De Vedrines. Elle avait 15 ans lorsqu’elle a croisé la route du gourou présumé, et elle a raconté les 9 années sous son emprise.

Le prévenu, très en verve depuis le début du procés, a un peu perdu de sa superbe hier lorsqu’il a été confronté aux membres de la famille De Vedrines, qu’il est soupçonné d’avoir tenu sous son influence pendant 9 ans et qu’il a totalement ruiné, en la poussant à se couper du monde. L’audition de Diane de Védrines, la plus jeune de la famille, a été un des moments forts de ces auditions.

Sous le joug de ses tortures psychologiques

La jeune femme, âgée aujourd’hui de 28 ans, a raconté à la barre le quotidien sous l’emprise de Thierry Tilly : la vie à 5 dans un 2 pièces à Londres, puis après le départ à Oxford, jusqu’à 90 h de travail par semaine dans la restauration , 3h de sommeil par nuit, pour reverser ensuite entièrement l’argent à son soi-disant protecteur Une image bien éloignée de celle que le prévenu donne depuis le début du procés.

Le procés des Reclus de Monflanquin se poursuit ce jeudi matin devant la Cour d’Appel de Bordeaux, avec les plaidoiries des parties civiles, puis en milieu d’après-midi, les réquisitions de l’avocat général.

Source : France Bleu du 25/04/13

Reclus de Monflanquin. Comment le gourou Tilly a tissé sa toile

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Photo 1Les membres de la famille de Védrines se sont succédé à la barre pour raconter comment Tilly a tissé sa toile, de la séduction à la prison mentale.

«Si Thierry Tilly avait été le pitre ou le guignol qu’il est depuis le début de la semaine, nous ne serions pas devant ce tribunal : nous ne l’aurions jamais cru !» Sous des formes différentes, tous les membres de la famille de Védrines qui ont témoigné hier ont montré le double visage de leur «bourreau». «Toute ma belle-famille a été prise dans sa toile d’araignée» résume Christine de Védrines, l’épouse de Charles-Henry, une des dernières à prendre la parole hier soir.

Sa toile, Tilly a commencé à la tisser en arrivant auprès de Ghislaine de Védrines, en 1998. «J’étais à la recherche d’écoute, dans une période difficile : mon mari avait été licencié, mon fils avait des difficultés scolaires, mon père et ma sœur ainée étaient décédés, j’essayais de reprendre l’école de la femme secrétaire» raconte celle-ci. «Il m’a été présenté comme quelqu’un de très compétent par un avocat, Me Vincent David, qui faisait partie du projet de l’école. Au départ, il a été sur le mode de la séduction, il a gagné ma confiance. Il a appris sur ma famille tout ce qui pourrait lui être utile pour la suite. Puis il a commencé à diaboliser mon mari Jean Marchand, en me persuadant qu’il me trompait et qu’il allait me quitter» poursuit-elle. Entre-temps, Thierry Tilly avait réussi à s’introduire dans la famille en ayant passé l’été dans le fief de Monflanquin, gagnant la confiance de chacun. «Il est arrivé nimbé de pouvoirs extraordinaires et apportait à chacun les réponses qu’il attendait» assure-t-elle. «Il a réussi à placer ses pions partout pour tirer les ficelles. Avec un petit bout de vérité, il faisait un gros mensonge» remarque Charles-Henry, l’ancien gynécologue qui a décroché la plaque de son cabinet bordelais du jour au lendemain.

«Prisonniers de nous-mêmes»

Après la phase de la séduction, «Tilly a mis un pistolet psychologique sur nos tempes et passait son temps à nous dresser les uns contre les autres. Il séduit sa proie, puis il l’enserre, l’englue, l’épuise» affirme Ghislaine de Védrines. «C’est un prédateur. Il a pris notre argent, mais en plus il nous a cassés» accuse Diane, la plus jeune de la famille, qu’il a réussi à faire travailler 90 heures par semaine, en Angleterre. «Il me faisait remettre tous mes salaires, soit disant pour venir en aide à mes parents» précise-t-elle. Philippe évoque une autre arme de Thierry Tilly : «la puissance de son regard était quasi hypnotique. Il nous a rendus prisonniers de nous-mêmes».

«Si l’on n’était pas venu nous chercher à Oxford, je serais sans doute dans la fosse commune ou clochard. Qu’au moins notre histoire serve à quelque chose, et que l’on puisse intervenir quand il y a suspicion d’emprise mentale !» demande Charles-Henry. «Il nous a tous détruits, mais il a détruit aussi ceux qui étaient autour de nous. Aujourd’hui nous devons tous repartir à zéro» déplore-t-il.

En dix ans Thierry Tilly a en effet réussi à dépouiller la famille de tout son patrimoine, pour 4,5 millions d’euros.

Source : La Dépêche du 25/04/13

France 3 : Bordeaux – procès en appel de Thierry Tilly

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Europe 1 : C. de Védrines : « pas un gourou mais un prédateur »

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C. de Védrines : "pas un gourou mais un prédateur" par Europe1fr

Reclus de Montflanquin. Comment la famille de Védrines s’en est sortie

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Il aura fallu près de dix ans pour qu’onze membres de la famille de Védrines ne soit plus soumis à l’emprise de Thierry Tilly, longtemps considéré comme un gourou.

Durant des années, ils ont vécu reclus dans le château de Martel, à Montflanquin (Lot-et-Garonne), puis dans une autre propriété familiale et enfin à Oxford, en Angleterre. Thierry Tilly, 48 ans, est accusé de les avoir manipulés et dépouillés d’au moins cinq millions d’euros (vente de propriétés immobilières, de placements financiers…).

Ce dernier vient de comparaître devant le tribunal de Bordeaux pour escroquerie, séquestration et abus de faiblesse de personnes en état de sujétion. Le procureur a requis dix ans de prison et quatre ans ferme à l’encontre de Jacques Gonzales, son complice. Jugement le 13 novembre.

Comment s’en sont-ils sortis ?

Le 23 octobre 2009, lorsque Thierry Tilly est interpellé en Suisse, neuf membres de la famille de Védrines se trouvent toujours à Oxford. Et n’en partent pas. « Ils sont dans une prison mentale. A ce moment-là, leur personnalité est encore anesthésiée », explique Me Daniel Picotin, l’avocat d’une partie de cette famille. Deux personnes ont réussi à s’en extraire : Philippe de Védrines, puis en mars 2009, sa belle-sœur, Christine de Védrines, 62 ans, documentaliste de formation.

« A cette époque, Thierry Tilly me faisait travailler dans une entreprise de sécurité alimentaire. Je lui reversais 90% de mon salaire. Avec l’aide du dirigeant, je suis parvenue à appeler ma sœur et ma meilleure amie qui sont venus me chercher en Angleterre », relate-t-elle. Christine de Védrines quitte Oxford en catimini. Arrivée en France, elle porte aussitôt plainte. Son mari et ses trois enfants, eux, sont toujours à Oxford, « sous l’emprise de Thierry Tilly ».

Qu’est-ce que la sortie d’emprise mentale ?

Pour parvenir à faire revenir le reste de la famille en France, Me Daniel Picotin va organiser deux opérations en Angleterre, en novembre et décembre 2009. Il pratique l’exit counseling ou la sortie d’emprise mentale. Cette technique est développée aux Etats-Unis par Steven Hassan, ancien membre de la secte Moon. L’objectif consiste à créer un déclic psychologique chez la personne vivant sous l’emprise d’un gourou ou d’une secte. « On appelle ça le décillement », précise Me Picotin qui s’est entouré d’un psychanalyste, d’un psychothérapeute et d’un éducateur spécialisé.

Mais avant de se rendre sur place et de rencontrer la personne sous emprise, un travail préparatoire a eu lieu avec Christine de Védrines. L’objectif est de recueillir « des informations très détaillées sur les victimes, les moments clés de leur vie », indique Steven Hassan qui aurait ainsi exfiltré, « de manière douce », plusieurs centaines de personnes aux Etats-Unis et ailleurs.

Concernant la famille de Védrines, avant les deux rencontres à Oxford , Christine a adressé plusieurs lettres à ses enfants et à son mari, entre avril et novembre 2009. « Elles ont permis de créer des encoches psychologiques, des sortes de points d’appui pour la suite », précise Me Picotin.

Lors du premier voyage en Angleterre, du 10 au 14 novembre 2009, seul Guillaume, 34 ans, pourra être approché. « Un des spécialistes est entré dans la maison et a réussi à lui parler », relate, encore émue, Christine de Védrines. Le déclic se produit. Pour son mari et ses deux autres enfants, il faudra attendre un second voyage, un mois plus tard.

Que prévoit la loi contre les victimes de sectes ou de gourous ?

Actuellement, le code pénal punit de trois ans d’emprisonnement et de 375000€ d’amende quelqu’un qui abuse frauduleusement de l’état d’ignorance ou de la situation de faiblesse d’un mineur, d’une personne particulièrement vulnérable (en raison de son âge, d’une maladie, d’une infirmité, d’une déficience psychique…) ou qui abuse « d’une personne en état de sujétion psychologique ou physique, résultant de l’exercice de pressions graves ou de techniques propres à altérer son jugement ».

Si cette infraction est commise par celui qui est à la tête d’une secte, la peine encourue est alors de cinq ans d’emprisonnement et de 750000€ d’amende. Il s’agit de la loi About-Picard de 2001.

Mais pour Me Picotin, également ancien député, la législation actuelle est insuffisante. « La jurisprudence estime que la plainte n’est recevable que par l’adepte ou la victime elle-même (…) Or, pour cela, encore faut-il qu’elle soit sortie de l’emprise mentale. » L’avocat formule donc une proposition de loi : faire de la « manipulation mentale préjudiciable » un délit à part entière. Objectif : faire en sorte que les familles des victimes puissent saisir les parquets de manière efficace.

Source : Ouest France du 08/11/12

Affaire Tilly à Bordeaux : une occasion pour changer la loi et lutter plus efficacement contre les sectes

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Hier, le procès du gourou présumé Thierry Tilly a pris fin à Bordeaux. Le procureur de la République a requis la peine maximale dans cette affaire. Il faut dire que rarement la vérité aura semblé aussi transparente. A chaque fois que Thierry Tilly prenait la parole, ses délires et fantasmes le rendaient de plus en plus coupable… Verdict le 13 novembre.

Cette affaire a profondément marqué notre ville tant la famille Vedrines, victime de ce manipulateur, était connue et appréciée. Il n’y a pas assez de mots pour décrire les souffrances endurées par les dix membres de cette famille.

Dix années d’isolement et de spoliation. Dix années durant lesquelles la loi française n’a rien pu faire malgré la mobilisation d’une partie de la famille et des amis. Le procès Tilly est l’occasion pour les associations et militants de la lutte contre les Sectes de faire des propositions législatives pour agir plus efficacement contre ses dérives. J’y apporte mon soutien plein et entier.

Avoir recours au juge des majeurs protégés.
Même en admettant que les familles puissent déposer plainte pour abus de faiblesse lorsqu’un de leurs proches est placé sous emprise mentale par une tierce, cela n’empêcherait pas les victimes de continuer à se ruiner. Il faut comprendre que la loi sur l’abus de faiblesse, si elle peut arriver à punir à terme le manipulateur, ce qui sera déjà le fruit d’un processus particulièrement long et périlleux, ne pourra protéger en amont la personne vulnérable livrée à son prédateur, sans aucun moyen d’intervention. Aussi, il est proposé d’avoir recours au juge des majeurs protégés. Pour le moment, le législateur a totalement exclu ce type de cas. Cette situation est regrettable. On ne saurait, en effet, oublier que les règles relatives à la curatelle, à la tutelle et à la sauvegarde de justice, ont pour objectif principal d’apporter aide et protection dès lors que tel est l’intérêt de la personne vulnérable.

L’introduction de la manipulation mentale dans le code civil comme vice du consentement.
Le Code Civil voulu par Napoléon BONAPARTE a institué des textes fondateurs tels les vices du consentement, article 1109 : « il n’y a pas de consentement valable si le consentement n’a été donné que par erreur ou s’il a été extorqué par violence ou surpris par dol ».
Il y a deux siècles, les sciences humaines et médicales en matière de psychologie, psychanalyse, n’avaient rien à voir avec la situation actuelle. Dans la mesure où le Juge pénal a recours à l’expertise judiciaire psychiatrique pour vérifier si une victime a été placée sous emprise mentale, il paraîtrait légitime d’ajouter aux causes du vice du consentement de l’article 1109 du Code Civil, la « manipulation mentale préjudiciable » à titre autonome.

Alain Juppé reçevant la famille Védrines à la fin du procès

L’introduction de la mise sous emprise mentale préjudiciable comme délit autonome.
Ce délit clairement identifié permettrait aux familles une saisine efficace des parquets pour stopper ce type de délinquance pernicieuse, extrêmement destructrice pour l’individu et ses proches. L’instauration de la mise sous emprise mentale comme un délit autonome aurait, entre autres intérêts, de voir sanctionner, sur le plan de l’indemnisation, les conséquences du retentissement psychologique de l’emprise elle-même.

Contrairement à ce qui a déjà pu être dit ou craint, loin d’attenter à la liberté individuelle, une telle réforme législative irait au contraire dans le sens véritable du respect des droits de l’homme.

Source : Blog de Fabien Robert – Maire-adjoint de Bordeaux

Le JDD : Monflanquin : Juppé reçoit les Védrines

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Le maire de Bordeaux, Alain Juppé, a reçu vendredi soir à la mairie les dix membres de la famille de Védrines, parties civiles dans le procès dit des reclus de Monflanquin, achevé un peu plus tôt devant le tribunal correctionnel de la ville. « C’est un bonheur de vous voir réunis ici (…) J’ai vu les réquisitions par la presse (…) J’espère que le jugement permettra de conclure ce cauchemar », leur a dit Alain Juppé.

Les de Védrines, parmi lesquels Charles-Henri, colistier d’Alain Juppé lors des municipales de 1995, étaient accompagnés de Me Daniel Picotin, qui défend cinq d’entre eux. Me Picotin a rendu hommage à l’élu pour son soutien lorsque l’avocat s’activait pour libérer les de Védrines, d’abord reclus dans leur château de Monflanquin, puis en Angleterre. Il lui a ensuite remis un Manifeste reprenant plusieurs propositions visant à améliorer la prise en compte juridique de la manipulation mentale, comme par exemple l’inscription dans le Code pénal, comme délit, voire comme crime, de « la mise sous emprise mentale préjudiciable », qu’un tiers pourrait dénoncer.

Source : Le JDD du 05/10/12

Procès Monflanquin : le gourou avait « mis l’intelligence des Védrines en jachère »

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Quand le juge l’a saisi de l’expertise psychiatrique des Védrines, cette famille sous influence pendant huit ans, le docteur Daniel Zagury a cru qu’il examinerait des gens peut-être un peu « dégénérés » ou, a minima, « bizarres ». Et bien non ! « Pas du tout. » Les Védrines forment « une famille normale », a martelé le psychiatre, mardi 2 octobre, devant le tribunal correctionnel de Bordeaux qui, depuis le 24 septembre, juge Thierry Tilly pour « escroqueries » et « séquestration ».

Alors, comment onze membres de cette famille, onze personnalités d’âges et de tempéraments différents, parmi lesquels un médecin réputé et une directrice d’école à poigne, ont-ils été abusés au point de se dépouiller eux-mêmes de tous leurs biens au bénéfice de leur ensorceleur ? « Ce n’est pas de l’hypnotisme, ce sont des phénomènes qui obéissent à des lois du psychisme humain », souligne d’emblée le praticien. Les Védrines ne sont ni fous, ni simplets, ni frustres, ni particulièrement naïfs, mais ils ont été sous l’emprise de ce personnage devenu « vital, essentiel » dans leur existence.

Selon le docteur Zagury, « la relation d’emprise exercée par Thierry Tilly peut être examinée sous l’angle d’un abus de transfert » au sens psychanalytique du terme. « Le transfert fait réémerger les premiers temps de la vie quand tout dépendait des parents et de l’affection », explicite-t-il.

L’affaire des « reclus de Monflanquin », c’est un homme doué de l’art de séduire, Thierry Tilly, qui réussit à s’introduire au sein de la famille Védrines. Pour ce faire, il a pendant près de quatre ans prêté toute son attention à Ghislaine de Védrines, qui l’a ensuite adoubé parmi les siens. « Très vite, Tilly a pris toute la place », a confié l’intéressée au docteur Zagury. Il a une grande aptitude à écouter ses interlocuteurs. Il les laisse s’épancher et recueille ainsi les informations intimes dont il va se servir ensuite. « Il savait tout, avait réponse à tout », ont-ils tous indiqué.

Tilly est devenu une sorte de référent. Même en son absence, son ombre tutélaire plane sur les esprits ; on pense et on décide en cherchant à penser et à décider selon ses critères. « Les Védrines ne sont pas tout d’un coup devenus bêtes, assure le psychiatre. Leur intelligence s’est en quelque sorte mise en jachère. »

TOUT EST BON POUR BRISER DES LIENS

L’emprise fonctionne d’autant mieux que Thierry Tilly récupère chaque événement pour conforter ses soi-disant prédictions. Exemple : Guillaume de Védrines prend un billet d’avion pour le 12 septembre 2001. Une fois l’attaque du 11 septembre survenue, Tilly assure lui avoir sauvé la vie ; il lui avait ordonné de voyager le 12 et pas le 11, car il savait que le 11 il se produirait des attentats, parvient-il à lui faire croire. Dans l’esprit des Védrines, Tilly est un agent secret en mission pour une organisation internationale, donc il sait. Quoi ? Rien de précis, mais il sait. Dans l’univers que Tilly dépeint aux Védrines, il n’y a plus de hasard, plus de fortuit. Tout relève d’une destinée écrite par des mains occultes.

Du fond de leur prison mentale, les Védrines sont assiégés. C’est ce que leur assène leur geôlier. Des dangers les menacent. Des ennemis les cernent : à l’extérieur, les francs-maçons et des « réseaux » indéfinis ; à l’intérieur, dans leur entourage proche ou parmi eux.

« Ta femme te trompe », souffle Tilly à Philippe Védrines. « Ton mari te fait cocue », glisse-t-il à Ghislaine. « Ta mère a abusé de toi », dit-il à Diane. Tout est bon pour briser les liens. Tilly, protecteur des Védrines en proie à une paranoïa de groupe, est aussi le confident qui assure le lien entre eux. « Un membre de la famille ne communique plus directement avec un autre membre de la famille. Chacun communique avec l’autre par le biais de Tilly », ajoute le docteur Zagury.

Pendant une dizaine d’années, le prévenu est parvenu à s’insinuer dans les failles internes de la famille Védrines et à utiliser ses vulnérabilités. « Il y a chez Tilly une habileté dans la perception des mécanismes psychiques tout à fait stupéfiante », estime le psychiatre. Il a ciblé les faiblesses des uns, les qualités des autres, s’est arrangé pour attiser les conflits ou les susciter. Une emprise mentale comme le docteur Zagury n’en a pas « vu beaucoup » dans sa pourtant longue carrière d’expert judiciaire.

Source : Le Monde du 03/10/12

Thierry Tilly et « les failles » de la famille de Védrines

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Mardi 2 octobre, dans le procès des « reclus de Monflanquin », les experts ont expliqué comment Thierry Tilly est parvenu à placer sous sa coupe onze membres d’une même famille.

Cette manipulation mentale « stupéfiante » est, selon eux, sans précédent en France.

Comment onze personnes de 16 à 89 ans d’une famille d’aristocrates lot-et-garonnais, les de Védrines, ont-elles pu être réduites pendant dix ans à un asservissement total par Thierry Tilly, un homme en apparence peu charismatique ? « Avant de les rencontrer, je pensais qu’il s’agissait d’une famille de dégénérés », a avoué, hier, en préambule, l’expert psychiatre Daniel Zagury au tribunal correctionnel de Bordeaux.

Pourtant, « ils sont normaux au sens large du terme, on ne peut pas évoquer l’insuffisance intellectuelle, a expliqué Serge Bornstein, l’autre expert. Mais, doté d’une intelligence supérieure, Thierry Tilly a utilisé ses grandes aptitudes relationnelles et affectives à son profit pour exploiter les failles que l’on retrouve dans toute la famille. »

Les failles ? Des conflits larvés entre les différents membres de la famille et la faiblesse des uns et des autres. En se présentant comme leur sauveur et comme un agent secret au service des de Védrines, Thierry Tilly a fait écho, selon l’expertise psychiatrique, à leur volonté de préserver leur prestigieuse lignée. Autant de secrets qui avaient été confiés par Ghislaine Marchand, la directrice d’une école de secrétariat, qui l’avait recruté avant de l’introduire dans la famille.

Un discours adapté à chaque interlocuteur

Au total, les psychiatres ont identifié 12 techniques de manipulation mentale utilisées par le prévenu. Supprimer les liens directs entre les membres de la famille, souffler le chaud et le froid, avoir réponse à tout… : des techniques que l’on retrouve dans toutes les sectes. Son discours, du sur-mesure, était adapté à chaque interlocuteur. Avec un seul objectif : faire perdre toute estime de soi à la personne, pour mieux l’asservir. Au cœur de ce processus, ont analysé les experts, il fait naître la paranoïa vis-à-vis de l’extérieur, facilitée par l’histoire d’une famille protestante qui a connu la persécution.

« Il n’y a plus de hasard. Tilly est dépositaire de sens. Il fait ainsi croire à Guillaume de Védrines, le neveu de Ghislaine Marchand, qu’il était au courant des attentats du 11-Septembre », raconte le psychiatre Daniel Zagury. Conséquence : la logique, l’autonomie de penser, les valeurs sont « inhibées ». Thierry Tilly se réfère systématiquement au groupe, pour mettre chacun dans un état de régression infantile. Toute personne ne respectant pas ses ordres serait un « traître ». Donc, « pour exister, il devient vital d’être soumis », poursuit le psychiatre. Des expertises qui confirment l’abus de faiblesse et devraient peser lourd dans le jugement du tribunal.

Source : La Croix 02/10/12

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