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Sud Ouest du 24/03/13 : « La faiblesse doit être apparente et connue »

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« Le père faillit en crever »

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Le 25 octobre dernier, quatre personnes qui préparaient le rapt de trois enfants étaient incarcérées, dont la mère. L’avocat du père prend la parole.

D’un côté, une mère de famille dépeinte comme « délirante » par les psychiatres et qui accuse son ex-mari d’abuser de ses trois enfants dont il a la garde à Montendre, dans le sud du département. De l’autre, un groupe se faisant appeler le RRR (Ralliement des résistants pour la révolution) et dirigé par un ancien gendarme, Stan Maillaud, présent dans le Doubs et qui affirme lutter contre les réseaux pédophiles et satanistes.

La rencontre entre la première et le second a failli déboucher sur le rapt des trois enfants âgés de 5 et 12 ans afin de les soustraire à leur père (voir « Sud Ouest » des 26 et 27 octobre). Cette préparation d’enlèvement, découverte par les gendarmes, a permis l’arrestation de quatre personnes, dont la mère de famille, et leur incarcération avant qu’ils ne passent à l’acte.

Cette affaire, Daniel Picotin, l’avocat bordelais qui est notamment intervenu dans le dossier des reclus de Monflanquin, la connaît bien. Il est aux côtés du père des enfants depuis plusieurs années. Depuis que Sandrine Gachadoat, la mère, a enlevé une première fois ses deux garçons et sa fille pour une cavale qui a duré plus de deux ans.

Tout commence en décembre 2008. Séparée de son mari, elle ne peut voir ses enfants qu’un jour par semaine, le dimanche. Une situation qui la révolte, étant persuadée qu’ils sont abusés par leur père. « Tous les rapports d’expertises psychiatriques ont conclu à des bouffées délirantes. Ce n’est pas pour rien que la justice a donné l’autorité parentale exclusive au père », fait remarquer maître Picotin.

Plus de deux ans de cavaleCe 14 décembre 2008, Sandrine Gachadoat décide donc de ne pas ramener ses enfants et s’enfuit avec eux dans les environs de Nîmes. « Pendant toute cette période, nous avons la plupart du temps été hébergés », confie-t-elle dans une vidéo. Les enfants sont déscolarisés. Un avis de recherche est lancé. À Montendre, c’est la consternation. Un comité de soutien fait corps autour du père qui écrit même à Nicolas Sarkozy pour l’alerter sur sa situation.

« À ce moment-là, nous avons hésité à alerter les médias et à faire du ramdam. Nous avions peur que, se sachant activement recherchée, elle prenne une décision radicale. J’ai même sollicité mes propres enquêteurs pour tenter de la retrouver. En vain. Ce dossier m’a hanté. On se demandait si les enfants n’avaient pas atterri dans une secte. Le père a failli en crever », confie l’avocat.

Finalement, c’est lors d’un contrôle de gendarmerie, dans le Gard, au-dessus d’Alès, en avril 2011, que Sandrine Gachadoat est arrêtée et placée en garde à vue. Les deux garçons et la fille sont rendus à leur père. L’intéressée est transférée à la maison d’arrêt de Saintes où elle reste quatre mois avant de rejoindre un hôpital psychiatrique dans le cadre d’un internement d’office. Selon les médecins croisés en prison, son comportement tend vers la paranoïa.

« Incompréhensible »« Elle est partie de l’hôpital au bout de seulement deux mois. C’est incompréhensible et irresponsable. J’en veux au psychiatre qui a pris cette décision. Il a libéré une grenade dégoupillée dans la nature », s’emporte Daniel Picotin. Les faits qui suivront lui donneront raison. Le 22 septembre dernier, en contrôlant le véhicule de Stan Maillaud dans le Doubs, les gendarmes tombent sur un carnet dans lequel sont notés les préparatifs de l’enlèvement des trois enfants à Montendre. L’ancien gendarme, qui a réussi à fuir pendant ce contrôle, est toujours recherché. La mère de famille, elle, est interpellée dans les environs d’Agen. Trois autres personnes appartenant au groupe de Stan Maillaud, dont sa compagne, sont également arrêtées.

« Un groupe séditieux »On ne sait pas comment Sandrine Gachadoat est entrée en contact avec le RRR, mais toujours est-il qu’elle avait réussi à convaincre ces activistes de passer à l’action. Des activistes qui dénoncent l’existence de réseaux pédophiles et satanistes en lien avec des personnages hauts placés et qui bénéficient de nombreux soutiens, dont celui du député fédéral belge Laurent Louis.

Ce dernier, dans une vidéo mise en ligne sur le site Internet du RRR, s’indigne du fait que « des personnes qui combattent la pédophilie soient harcelées par la justice alors que des enfants sont aux mains de pédo-criminels. Il n’est pas acceptable que des héros soient transformés en monstres », indique t-il tout en précisant se tenir informé minute par minute de la situation.

Daniel Picotin, lui, n’en croit pas ses oreilles : « On est en présence d’un réseau puissant qui soutient la théorie folle d’un complot de pédo-criminels. Mon client, lui, est toujours dans l’angoisse qu’un fou vienne enlever ses enfants. » L’avocat réfléchit d’ailleurs à demander aux plus hautes autorités de l’État la dissolution du RRR qui, pour lui, est un groupe « séditieux dangereux. »

Source : Sud Ouest du 13/11/12

« Reclus de Monflanquin » : Le monde selon Thierry Tilly

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Le procès s’est achevé hier par la plaidoirie de l’avocat de Thierry Tilly, qui conteste la thèse de la manipulation mentale.

La veille, le procureur Pierre Bellet avait assuré publiquement les victimes de son empathie. Tout au long du procès, la présidente, Marie-Élisabeth Bancal, a multiplié les attentions à leur égard. Au moment où il se lève pour tenter de sauver ce qui peut l’être, Me Alexandre Novion, le défenseur de Thierry Tilly, se sait sur le fil du rasoir. En usant de mille précautions oratoires, il a déjà titillé les membres de la famille Védrines. Une fois encore, en les regardant dans les yeux, l’avocat leur répète qu’il n’est pas leur ennemi : « Je suis persuadé que vous avez souffert dans cette épreuve. » Mais une question manifestement le taraude : n’ont-ils pas une part de responsabilité dans ce qui leur arrive ?

Se méfier des experts

« Je ne crois pas à la thèse de la manipulation mentale, s’exclame Me Novion. Thierry Tilly ne dissimulait pas sa personnalité. Ces gens-là avaient toutes les qualités pour que le bon sens soit près de chez eux. » Le diagnostic d’emprise psychologique a été pourtant magistralement posé par l’expert psychiatre Daniel Zagury. « Il les a examinés tous ensemble. Ce qui lui a permis de lisser ses observations, rétorque l’avocat. Comme ils disent tous la même chose et comme ils sont nombreux, ils ont forcément raison. N’oublions pas que les experts sont à l’origine de tous les fiascos judiciaires ! »

Me Novion s’attarde sur le rôle de Ghislaine de Védrines, celle qui a introduit Thierry Tilly dans la famille en le parant de bien des vertus. Il évoque aussi l’enthousiasme de ses deux frères, Philippe et Charles-Henri. « À Bordeaux, il n’est pas facile d’être admis dans la haute société protestante. » Comment expliquer la fascination des Védrines pour ce personnage ? Le mystère reste aussi épais qu’un banc de brouillard dans la vallée de la Dordogne. « Pourquoi les procédés utilisés par Thierry Tilly ont-ils été efficaces ? On ne pourra jamais répondre à cette question », avouait jeudi le procureur Pierre Bellet lors de ses réquisitions.

Dossier esquivé

Pendant les deux heures de plaidoirie de Me Novion, il n’est jamais question d’argent, ni du patrimoine envolé des aristocrates. Esquivées aussi, les scènes sordides qui accablent son client : le vol des poèmes des enfants, les pourboires de Guillaume confisqués quand il était barman en Angleterre, le supplice de Christine de Védrines, obligée de rester assise des jours et des jours sur un tabouret dans l’espoir qu’elle révélerait les coordonnées d’un compte bancaire qui n’existait pas…

Plutôt que d’affronter le dossier, Me Novion préfère l’expliquer, avec un certain bonheur, par la personnalité du prévenu. Enfant, il dévorait des romans historiques et s’est fait happer par le souffle des légendes et des récits qui enflammaient son imagination. Au point de sortir du réel. « Avec lui, on est vingt mille lieues sous les mers du rationnel. Beaucoup de choses ont échappé à sa conscience. Si vous lui dites qu’on a marché sur la Lune en 1969, il vous dira qu’il y a ramassé des cailloux bien avant Aldrin. »

Sa manie de tout transformer en conflit et de voir des ennemis partout relève certes de la névrose. Mais hors de question pour son conseil d’adhérer au portrait crépusculaire dressé par l’un des avocats des parties civiles, Me Daniel Picotin. En 2009, ce dernier, président par ailleurs d’Infosectes Aquitaine, avait mené une opération commando en Angleterre au lendemain de l’arrestation de Thierry Tilly. Il avait ramené en France des membres de la famille Védrines qui vivaient encore reclus. « On m’a supplié de ne pas donner le nom des thérapeutes qui l’accompagnaient. Elles avaient des pièces du dossier d’instruction. Cette façon d’aller au-devant de gens qui n’étaient alors que des témoins et de réaliser des expertises de contrebande est scandaleuse », fulmine Me Novion.

À l’époque, si Thierry Tilly avait eu un avocat, il aurait probablement pu faire annuler des pans entiers de la procédure. Aujourd’hui, son défenseur espère que le 13 novembre prochain, au moment de son délibéré, le tribunal en tirera argument pour réduire sensiblement les dix ans de prison requis contre lui.

Source : Sud Ouest du 06/10/12

« Reclus de Monflanquin » : le délibéré sera rendu le 13 novembre

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La parole était aujourd’hui à la défense. Compte-rendu d’audience, alors que le délibéré sera rendue le mardi 13 novembre à 9h.

L’audience est terminée. 

16h. Thierry Tilly, interrogé par le tribunal, n’a rien souhaité ajouter. Le délibéré sera rendu le mardi 13 novembre à 9h. Le prévenu reste en détention jusqu’à cette date.

16h. Au terme de deux heures de plaidoirie, émaillées de citations littéraires et d’envolées lyriques débouchant parfois sur des blancs ou des hésitations, il fait appel au nom de son client « à la générosité [du tribunal], qui n’est pas ennemie de la justice. » « Beaucoup de choses dans cette affaire ont échappé à la conscience de ce garçon… »

16h. Au regard de la personnalité de son client, du contexte qu’il a brossé qui a fait que les feux de l’enquête ont été dirigés « uniquement vers lui », du rôle des protagonistes et du rôle pour lui surestimé de la voix des psychologues, mais aussi d’un contexte juridique mis en place pour la lutte contre les sectes, « ces groupes nuisibles », mais pas pour un seul homme, il demande le sursis pour son client.

15h45. Me Novion critique le rôle de Me Picotin, impliqué dans le dossier, parti avec la bénédiction d’un juge d’instruction, « en expédition » chercher des arguments pour les parties civiles. Il critique le rôle de thérapeutes intervenus hors cadre. « Du point de vue de l’équité du procès c’est un échec. Je remercie le tribunal d’avoir remis les choses à leur place. Dans une affaire où tous les points sont psychologiques, où tous les témoins sont partie prenante, il est impensable que l’on ait fait une telle chose sans le contrôle de la justice. »

L’avocat critique par ailleurs « le monolithisme » de l’instruction, rappelant que tous les éléments peuvent être discutés de manière contradictoire dans un débat loyal. Il estime que « c’est un échec, dans cette dynamique d’inclinaison, d’orientation de la preuve, déséquilibre que le tribunal aura à coeur de rétablir dans cette affaire. »  

15h35. L’avocat revient sur le rôle de la famille Védrines, « reclus derrière leur propres créneaux » dans leur propriété, avec « la possibilité de sortir quand ils veulent ». Il s’étonne des propos de Ghislaine de Védrines concernant certaines affaires alors même qu’ils jouissaient de leurs biens. Me Novion fait de son client le bouc émissaire de toute l’histoire. « Nous revenons à l’époque de la chasse aux sorcières. Il n’y a pas de gourou. Il n’y a plus de secte, mais on conserve tous les éléments de la secte. Cela n’est pas là le procès. » Il entend donner les éléments « pour que la répression se transforme en justice. »

15h30. Me Novion s’attarde désormais sur la personnalité de Jacques Gonzalez, « ce mauvais génie », « le mouton enragé », qui a phagocyté la fondation Lumière Bleue, qui a tout piloté au détriment de Tilly. Il bat en brèche la théorie de sa consoeur Me Dantin, ce matin même. « Ce qui ressort de ces conversations est forcément spontané et ne peut pas avoir été créé pour la cause par Tilly ! […] Celui qui est à l’origine de tout, celui à qui il donnait tout l’argent en croyant le donner à la Lumière bleu, c’est Gonzalez. Le dossier montre que Tilly croyait dur comme fer que tout cela débouchait sur une action humanitaire. Il l’a convaincu qu’il était quelqu’un qui était amené à faire de grandes choses. »

15h25. « J’ai eu peur en allant le voir. On m’avait tellement parlé de secte, de gourou… J’évitais même le regarder trop franchement. Mais il n’est pas du tout comme ça. Il a de grandes qualité et de monumentales fissures en lui. Il a peur du réel. »

Pour Me Novion, Tilly souffre « d’une espèce de pathologie qui consiste à tout voir et ne rien oublier, et à trouver un ennemi là où il n’y a pas. Il rejoint alors les romans de son enfance. Il en fait un truc extraordinaire. Il devient l’agent secret. Le prisme de sa psychologie transforme les choses en une espèce de bataille, une espèce de guerre dans laquelle il y a du danger. »

Thierry Tilly, pour son défenseur, a vécu cette histoire sur une double aliénation. « Celle de son monde si particulier, il se fait son cinéma permanent. Et cette deuxième aliénation, c’est ce génie de Gonzalez, qui a parfaitement compris le personnage. »

Thierry Tilly a vécu cette histoire sur une double aliénatin. Celle de son monde si particulier. Il se fait son cinéma permanent. Et cette deuxième aliénation, c’est ce génie de Gonzalez, qui a parfaitement compris le personnage.

15h15 : « Mon confrère Picotin ne m’en voudra pas de ne pas voir des sectes partout. Il ne m’en voudra pas de ne pas voir d’endoctrinement par mail. »

Tilly, argumente-t-il, « est tellement à l’affût de tout qu’il en est presque pluriel dans cette affaire. Mais les médisances n’amènent rien. Tout mon effort, toute ma tribulation devant ce tribunal, c’est de dire « vous voulez le juger comme s’il est responsable de tout » alors que l’on se rend compte que de puissants courants extérieurs ont oeuvré pour que le vaisseau de perdition arrive là où il en est. Je sais qu’il y a eu des souffrances, mais je souhaite qu’on juge Tilly par rapport à ce qu’il a fait, à la part de liberté qui lui était accordé. »

15h15. « Par la force des choses, par la programmation qu’en fait inconsciemment Ghislaine Marchand, il va être plein des histoires de cette famille, qui vont être digérées par lui, à la lumière de sa logique particulière. Lui qui croît être un agent secret, qui croît être dépositaire de la lumière bleue, qu’il va être adoubé par cette société… »  Pour l’avocat, « c’est la Nef des Fous ». Tilly ne se cache pas, insiste l’avocat. Il souligne « le surréalisme » de son client. Pourquoi les Védrines ne sont-ils pas partis ? L’avocat souhaite que le tribunal donne du sens à tout cela dans le cadre du procès.  

15h10. L’avocat attaque de nouveau les experts qui parlent de « mythomanie stratégique ». « Cela n’existe pas ! Les experts nous inventent des notions. La mythomanie c’est le monde du rêve. »

15h05. « Thierry Tilly est d’abord, avant tout, quelqu’un qui a été dans son enfance avalé par la lecture, par l’histoire au bord de la légende. Vous vous demandez comment ces histoires d’étendard, de chevalerie, de Templiers vont venir se télescoper avec ce dossier ? C’est toute l’intelligence de Jacques Gonzalez d’avoir su lui servir cette histoire, en se présentant lui-même comme un descendants des grands d’Espagne. »Pour lui, la réalité de Tilly se situe « 20 000 lieues sous les mers de l’irrationnel. » Selon lui, l’homme croit fermement à toutes ces choses qu’il a servie aux Védrines. « Il faut savoir ce que l’on juge ». Il parle « d’un monde que la réalité dément tout le temps. »

15h. Me Novion parle de Tilly comme d’un « bourreau de travail » qui fascine « pas au sens de la manipulation mentale » mais par ses capacités et son investissement. Il s’oppose ainsi en contre des affirmations qui présentaient Tilly comme un paresseux – un cossard – profiteur des Védrines. 

14h50. Il reprend – en s’en excusant par avance – un portrait moins flatteur des victimes. Il évoque les problèmes de Ghislaine Marchand avec son entreprise, la rencontre avec Thierry Tilly, les présentations par un avocat dont les « pratiques » sont selon lui sujettes à caution… Il travaille à remettre son client en selle en réaffirmant une embauche réalisée « sur des compétences techniques » même si elles n’étaient pas sanctionnées par des diplômes. » Ghislaine Marchand a pu y découvrir un soutien, une éminence grise, un socle de compétences sur lequel elle pouvait s’appuyer. Me Novion ouvre ainsi une fenêtre sur la notion de « co-responsabilité ». Il entend souligner le rôle dans le dossier de Ghislaine Marchand « qui emmène ses frères dans cette histoire ».

14h40. Sur les experts. Il insiste sur la nécessité de prendre leur rôle avec des pincettes. Il égrène les cas de l’histoire judiciaire impliquant des experts à côté de la plaque. Voire ceux où de faux experts ont réussi à bluffer la justice.

 Il insiste en dénonçant des lacunes du dossier. Mais aussi sur la « vulgarisation utilitaire » faite par l’expert sur son dossier pour donner une réponse à la justice. Il lui reproche d’avoir pris tous ensemble les patients pour en tirer une sorte de profil psychologique unique.

14h35. Pour Me Novion, « il est impossible de nier » l’influence des médias, l’influence des experts qui ont oeuvré dans le sens de la manipulation. 

14h30. Le juriste loue le déroulement de l’audience, « architecture de mots », qui a donné un espace d’expression à Thierry Tilly. Une approche permettant de distiller le doute sur le contenu des procès verbaux, et d’introduire un coin dans les fissures de l’instruction. 

Il critique également le rôle de la presse, qui a orienté l’enquête, qui a constamment dirigé les feux dans le même sens. « On a cherché la lumière constamment sous le même réverbère. La lumière de la secte » Pour l’avocat « on est dans une voie, on cherche tous les éléments qui vont aller dans cette voie. » Il critique une instruction qui a négligé certains aspects du dossier pour n’accréditer que les aspects sectaires.

Thierry Tilly ne quitte pas la présidente Marie-Elisabeth Bancal des yeux. Il opine du chef au fur et à mesure des arguments de son défenseur. 

14h20. Me Novion met en relief la notion de libre arbitre dans la loi. Il évoque des accusations lancées dans l’emballement médiatique qui mettent à mal ce principe du libre arbitre. « Il y aurait un danger à consacrer un peu trop vite « l’évaporation » du livre arbitre. » Pour le juriste, « il ne faut pas laisser la psychologie dominer, triompher de l’institution judiciaire. » L’avocat esquisse d’ores et déjà le profil d’une plaidoirie qui portera sur le statut de victime de la famille Védrines. Il entend critiquer le rôle des experts dans ce domaine particulier qu’est la « suggestion psychologique ».

14h15. Précisions de Me Novion à l’intention des victimes : « Je ne suis ni leur ennemi professionnel (des Védrines, ndlr) ni leur ennemi tout court. J’ai une fonction dans ce procès. Je vais être amené à dire des choses désagréables pour eux. » Il explique comprendre qu’ils ont souffert.

Pour Me Novion, le ministère public a été rude en demandant dans ses réquisitions une peine « ras bord » pour Thierry Tilly. « Est-ce qu’il le mérite ? » Il présente l’homme comme un être solitaire sortant d’une détention provisoire « difficile »

14h10. Me Novion explique en ouverture être conscient de la « lourde tâche » qui lui incombe. Il souhaite une élévation de soi pour que cette « affaire extraordinaire » se clôture « par un  triomphe du droit » et qu’elle ait pour dénouement le procès équitable. » Et pour moi, le socle du procès équitable est une véritable critique des accusations qui sont portées. » 

14h. Le public tente de se frayer un chemin dans la salle. Les spectateurs sont debout. Impossible de faire rentrer plus de monde.  

13h40. Retour pour Thierry Tilly, trois quarts d’heure, dans le boxe des prévenus. Toute la matinée, le « gourou » de Monflanquin a assisté à la plaidoirie de Me Frédérique Dantin, avocate de son comparse Jacques Gonzalez, ce dernier absent de l’audience.

La juriste s’est appliquée à dédouaner son client en usant de deux ressorts :

1. Mettre en doute les conclusions du ministère public – et donc la validité juridique des préventions – quant au niveau d’implication de son client dans de dossier.

2. Faire retomber l’entière responsabilité de l’entreprise sur un Tilly présenté comme seul aux commandes, manipulateur parmi les manipulateurs.

La parole va être donné cet après-midi à Me Alexandre Novion, qui aura la lourde charge de défendre le principal prévenu. D’aucuns spéculent sur sa stratégie. Une tentative de « charger » Jacques Gonzalez ou un travail sur la personnalité de la famille Védrines ? Les débats reprennent à 14h. 

11h10. L’audience est suspendue. Elle reprendra à 14h avec la plaidoirie de l’avocat de Thierry Tilly, Me Alexandre Novion.

11h05. Pour Me Dantin, il faut ramener les choses à leurs « juste mesure ». Celle d’une affaire ordinaire. Elle estime que condamner son client pour les faits reprochés amènerait Tilly à « s’en tirer à bon compte ». 

11h05. L’avocate s’attaque désormais au train de vie « supposé » de Jacques Gonzalez. Elle regrette que tous les biens retrouvés chez lui – costumes, grands vins, montres – soient imputés à la période 2002-2008, correspondant aux faits reprochés. « C’est un peu facile. Il avait une vie avant ». Pour l’avocate « il faut remettre les choses à leur place. »

11h. Me Dantin effectue un récapitulatif des sommes perçues par Jacques Gonzalez entre les versements bancaires – provenant non pas des Védrines mais de la société de Thierry Tilly – et les versement en liquides effectués lors des voyages de Guillaume de Védrines. Elle ne veut pas que les sommes versées à Gonzalez soient surévaluées. Ni même qu’il soit condamné solidairement à des indemnisations portant sur des sommes qui auraient été uniquement perçues par Tilly. Là encore, elle s’interroge sur les activités de Tilly, ses montages bancaires, et la jouissance qu’il aurait eu de comptes gérés par Gonzalez. Me Dantin parle encore de manipulation de Tilly. Ce dernier secoue la tête sans jamais lever les yeux sur l’avocate.

10h50. L’avocate s’attaque au second volet des préventions : le recel d’abus de faiblesse. Là encore, elle estime que le dossier n’établit pas l’intention, ni la connaissance des faits. « Une nouvelle fois, il ne suffit pas de dire : il ne pouvait pas ne pas savoir d’où venaient ces fonds. La question est de dire : Jacques Gonzalez avait-il les moyens de savoir que l’argent qui lui était remis provenait d’un abus de faiblesse ? » 

10h45. Me Dantin considère que l’infraction de complicité n’est donc pas constituée ni dans dans « l’instigation » retenu dans l’ordonnance de renvoi, ni dans la « non assistance » évoquée dans les réquisitions

10h40. Elle se penche sur la chronologie des rapports entre Gonzalez et Tilly. Notamment sur le rôle de la fondation du premier. Pour l’avocate, quels que soit la nature des activités de la fondation, « peut-être même s’agit-il d’une escroquerie ? » elles sont distinctes du dossier en cours. Un ensemble de précision destiné à éloigner son client du dossier. La complicité, rappelle-t-elle, doit être caractérisée par son aspect intentionnel.

10h35. Quid de la non-assistance ? Là encore, Me Dantin, dit « n’avoir rien entendu » constituant l’infraction. Là encore, pour elle, il faut là aussi établir que Jacques Gonzalez ait été au courant.

10h30. Pour Me Dantin il faut constituer la complicité d’abus de faiblesse. Pour elle, rien dans les écoutes ne vient caractériser le fait qu’il ait été au courant d’un tel abus. « Il est déjà compliqué de caractériser l’abus de faiblesse. Il est encore plus compliqué d’établir la complicité ». Pour elle, c’est Tilly qui a donné à Jacques Gonzalez cette aura de « patron ». « Quand on regarde les expertises psychologiques de Thierry Tilly, on se dit que tout est possible. », Tilly a pu, explique-t-elle, s’inventer un patron. « Tout est possible », répète-t-elle. « On ne peut savoir de façon précise si Jacques Gonzalez avait connaissance de l’ascendant de Tilly sur les Védrines et de ses actions. » 

10h20. L’avocate de Jacques Gonzalez attaque les écoutes téléphoniques. Pour elle, il a été manipulé par Thierry Tilly, qui lui a fait endosser le rôle de patron. Pour elle, Tilly savait déjà l’étau se refermer sur lui. Tilly, dans le box, écoute attentivement tout en fixant le tribunal.

10h15. Me Dantin s’est longtemps demandée comment 11 personnes d’une même famille avaient pu se laisser mener par le bout du nez. Elle a forgé sa conviction au cours de l’audience. « Nous ne sommes pas dans une affaire ordinaire, mais nous sommes dans une famille normale. » Elle explique avoir beaucoup de respect pour les Védrines et leurs efforts pour retrouver une vie normale.

Me Dantin attaque immédiatement la personnalité de Thierry Tilly. « Jacques Gonzalez est-il le gourou du gourou, le patron du patron ? Je ne le pense pas. » Pour elle, s’appuyant sur l’expertise psychologique, Tilly ne peut pas être une marionnette. Il est marionnettiste.

Elle entend que les peines demandées par le procureur de la République soient motivées. Elle estime que les faits reprochés à son client – complicité d’abus de faiblesse et recel – ne sont pas constitués. « Il ne suffit pas de dire : il y a des écoutes téléphoniques. Il ne suffit pas de dire : il ne pouvait pas ne pas savoir. Il faut que les faits soient constitués. »

10h10. Le tribunal a ouvert les débats. Thierry Tilly est présent. Jacques Gonzalez, lui, n’est pas dans le box, en raison de sa santé chancelante. Me Dantin prend la parole.

10h. La salle, minuscule, est déjà pleine de spectateurs. Le procureur Pierre Bellet a requis hier jeudi 10 ans de prison ferme à l’encontre de Thierry Tilly, pour abus de faiblesse, séquestration et violences volontaires, soit le maximum encouru pour ces faits. Il a requis 5 ans dont un avec sursis contre Jacques Gonzalez, pour complicité et recel d’abus de faiblesse.

9h15 : la désormais traditionnelle file d’attente se forme devant la salle de la cour d’appel accueillant l’audience correctionnelle. La parole sera donnée aux défenseurs des deux prévenus. Jacques Gonzalez est défendu par Me Frédérique Dantin, Thierry Tilly par Me Alexandre Novion.

Source : Sud Ouest du 05/10/12

Reclus de Monflanquin (47) : l’expert salue l’artiste

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Psychiatre réputé, Daniel Zagury est impressionné par les procédés de manipulation de Thierry Tilly, qui comparaît depuis lundi au tribunal de Bordeaux.

C’est une star, à sa façon. Familier des plateaux de télévision, auteur d’articles définitifs et intervenant incontournable d’une multitude de colloques, le docteur Daniel Zagury est l’un des psychiatres les plus réputés de France. En 2009, le juge d’instruction bordelais Stéphane Lorentz l’a désigné pour expertiser dix des membres de la famille Védrines. Avec pour mission principale de comprendre comment ces aristocrates protestants âgés de 25 à 70 ans ont pu rester une décennie sous l’emprise d’un inconnu surgi de nulle part, Thierry Tilly, dont le procès a commencé lundi au tribunal correctionnel de Bordeaux.

Freud à la rescousse

Avant d’être nommé, Daniel Zagury avait bien entendu eu vent de l’affaire. « Je me disais : « Dix ans ! Ce doit être une famille un peu dégénérée, des gens bizarres. » Mais non, ce sont des gens normaux. Ils ont des failles comme tout le monde, mais ils sont normaux, avec une grande diversité de profils. » De quoi saluer la performance du gourou présumé. « On a presque envie de dire « Bravo, l’artiste ! » Il y a chez lui une habileté dans la perception des mécanismes psychiques tout à fait stupéfiante », reconnaît le psychiatre.

C’est à un concept de Sigmund Freud, le fondateur de la psychanalyse, que Daniel Zagury se réfère pour décrypter ce cas unique dans les annales. Lors d’une cure psychanalytique, la relation qui se noue entre le thérapeute et le malade repose sur un processus baptisé « transfert ». Il fait à nouveau émerger les premiers temps de l’existence, quand la survie de l’enfant dépend de l’amour de ses parents. Si ce n’est que la renaissance de ces affects s’adresse désormais à une nouvelle personne : le soignant.

« Le transfert est marqué du sceau de l’inconscient, de l’infantile et de l’irrationnel, poursuit Daniel Zagury. Dans la cure psychanalytique, il restitue au sujet sa liberté et son autonomie de pensée. Mais là, il y a abus de transfert dans le but d’avilir et d’exploiter. Après s’être introduit dans la famille Védrines, Thierry Tilly donne à ses interlocuteurs le sentiment qu’il se met au service de leur bien. Il se pose en personnage tout-puissant qui sait tout et en donne des preuves et des gages. Pour exister, les Védrines se doivent d’être soumis. »

Techniques de manipulation

Naturellement, il n’y a pas de kit de manipulation mais, dans la descente aux enfers de ces aristocrates, le psychiatre discerne un certain nombre de mécanismes dont l’addition maintient le clan dans une prison mentale. Thierry Tilly pratique le « sur-mesure » : il connaît l’histoire de la famille, ses conflits et ses rivalités. Il repère chaque membre dans sa vulnérabilité pour mieux détruire son narcissisme : « Ta femme te trompe, ton fils n’est pas ton fils… » Tous succombent, aussi bien la dame de fer Ghislaine qu’Amaury, l’adolescent en difficulté.

Les liens directs sont supprimés, chacun communique avec l’autre par l’intermédiaire de Thierry Tilly, dont les croyances s’imposent à tous. « Il n’y a plus de hasard, tout a un sens, et Thierry Tilly est dépositaire de sens, relève Daniel Zagury. À côté de cette paranoïa fonctionnelle se développe aussi une paranoïa de groupe, peut-être favorisée par l’histoire de cette famille protestante où l’idée de la persécution est présente. » Le maître induit l’idée qu’il convient d’être ensemble contre l’extérieur, dans une mentalité d’assiégés.

En dehors du réel

Dans le monde selon Thierry Tilly, la personne perd le bénéfice de l’expérience accumulée : le médecin ne se soigne plus, le fils circule sans assurance… Les Védrines n’ont pas perdu subitement toute intelligence mais ils ont déserté la réalité, renoncé à toute logique et à tout esprit critique. « Ils savent qu’ils sont victimes d’illusions mais ils ne veulent pas le savoir », assure Daniel Zagury. Un propos qui n’épuise pas, loin s’en faut, le sujet. « Vous décernez aux Védrines un brevet d’irresponsabilité, s’enflamme Me Alexandre Novion, le conseil de Thierry Tilly. Mais où est l’élément déclencheur ? Pourquoi ont-ils accordé à mon client une fantastique place dans le cadre de leurs petits ragots et de leurs petits secrets ? Quelle est la part de l’emprise et qu’elle est celle de la vulnérabilité de cette famille ? » À l’inverse de Thierry Tilly, Daniel Zagury n’a pas réponse à tout.

Source : Sud Ouest du 03/10/12

Affaire des « Reclus de Monflanquin » : 10 et 5 ans de prison requis contre le « gourou » et son maître

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Le procureur de la République requiert 10 ans d’emprisonnement contre Thierry Tilly. Jacques Gonzalez n’est poursuivi que pour complicité et recel.

Le procureur Pierre Bellet a requis cette après midi 10 ans et 5 ans de prison dont un avec sursis de prison a l’encontre de Thierry Tilly et de Jacques Gonzalez.

Le premier est poursuivi pour abus de faiblesse et séquestration et violences volontaires sur personne vulnérable, Christine de Vedrines. Le second doit répondre de complicité et de recel d’abus de faiblesse

Les deux hommes qui nient les faits sont soupçonnés d’avoir placé sous emprise psychologique onze membres de la famille de Vedrines appartenant a trois générations.

Entre 2001 et 2008,  les plaignants issus d’une lignée d’aristocrates protestants avaient rompu tout relation avec leurs entourages familiaux et professionnels pour se cloîtrer dans leurs propriétés familiales du Lot-et-Garonne ainsi qu’à Londres et a Oxford en Angleterre. Le procès s’achèvera demain par les plaidoiries des avocats de la défense, Me Alexandre Novion et Me Frédérique Dantin.

Source : Sud Ouest du 04/10/12

Reclus de Monflanquin : il menait la belle vie avec l’argent des Védrines

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Pendant dix ans, Jacques Gonzalez a mené grand train. Il a reçu 1,5 million d’euros issus du patrimoine de cette famille d’aristocrates.

Assis dans un fauteuil roulant, Jacques Gonzalez, tempes grisonnantes et voix monocorde, n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été. Ce retraité de 65 ans est amputé des deux jambes. Poursuivi pour complicité et recel d’abus de faiblesse, le tribunal l’a dispensé d’assister à la première semaine du procès. Eu égard à sa santé dégradée, la présidente Marie-Élisabeth Bancal prend d’ailleurs soin de suspendre l’audience toutes les deux heures, pour qu’il puisse récupérer.

Gonzalez ! Pendant des années, les Védrines ont eu l’interdiction de prononcer ce nom. Trois syllabes entourées d’un halo de mystère qui inspiraient la crainte. Quand il évoquait ce personnage, Thierry Tilly, le gourou présumé, parlait du « patron des services ». Que ce soit à Monflanquin ou à Oxford, les lieux où ces aristocrates ont vécu coupés du monde pendant huit ans, il n’était pas question de prendre à la légère les ordres venus de cet inconnu.

Tétanisée

Ghislaine de Védrines a été la seule de la famille à le rencontrer, lors d’un dîner à Londres. Elle en garde un souvenir effroyable. Ce soir-là, Thierry Tilly, d’ordinaire péremptoire, est étonnamment silencieux. « Jacques Gonzalez a passé son temps à dire des horreurs sur ma famille, affirmant même que ma sœur décédée quelques années plus tôt avait été assassinée par mon beau-frère. Je suis revenue à l’hôtel tétanisée. »

L’expert psychiatre Patrick Petit, qui a pris quelques libertés avec sa mission, le décrit comme « trop poli pour être honnête ». Célibataire et sans enfants, d’un abord plutôt distant, Jacques Gonzalez a fait carrière dans l’automobile jusqu’au milieu des années 1990. Après une longue période de chômage, il disparaît des écrans radar du fisc et prend la présidence d’une fondation à visée humanitaire enregistrée au Canada, la Blue Light Foundation. Jacques Connan, un médecin français radié par son ordre pour avoir développé des traitements anticancéreux peu orthodoxes, est alors son bras droit.

Coquille vide

La fondation porte des projets pharaoniques : construction d’un hôpital en Chine, acquisition de mines à ciel ouvert, achat de luzerne à grande échelle pour lutter contre la malnutrition… Aucun ne verra le jour. « Le temps n’a pas joué pour nous », déplore Jacques Gonzalez. Comme certains collectionneurs, il a cru que les bons aux porteurs émis par des sociétés de chemin de fer au XIXe siècle auraient pu convaincre les banques de financer ses entreprises. Il détient toujours plusieurs centaines de ces vieux titres qui ne valent pas la moitié d’une queue de cerise.

Pendant dix ans, il n’a vécu que de la manne des Védrines. Régulièrement, Thierry Tilly lui adressait des espèces à Paris par porteur spécial. Les deux hommes se sont rencontrés au moment où la Blue Light Foundation sortait de sa coquille. « Il m’a été présenté par un ami, raconte Jacques Gonzalez. Il avait des connaissances bancaires, juridiques et informatiques. Il pouvait m’aider. Il me parlait beaucoup de la famille Védrines. Mais cela ne m’intéressait pas. »

Difficile à croire ! Les vérifications effectuées par les enquêteurs de la police judiciaire toulousaine démontrent qu’il a empoché près de 1,5 million d’euros. Soit le tiers du patrimoine dont la famille Védrines s’est dépouillée, sous l’influence de Thierry Tilly. Voitures de luxe, voyages aux quatre coins du monde, Rolex, compagne, costumes sur mesure commandés chez l’un des meilleurs tailleurs de la capitale… Jacques Gonzalez ne marchait qu’au cash. Plutôt que de verser les fonds sur les comptes de la fondation, il les conservait dans plusieurs coffres-forts.

« Je pensais que les Védrines étaient généreux, un peu dans l’esprit de ces vieilles familles françaises. Je me suis trompé, lâche-t-il. Si Thierry Tilly m’avait dit ce qu’il faisait, je n’aurais pas accepté. La fondation ne pouvait pas démarrer sur des bases aussi négatives. »

Son avocate, Me Frédérique Dantin, pourra-t-elle plaider la bonne foi de son client, en fin de semaine ? Hier, la présidente Marie-Élisabeth Bancal lui a en tout cas singulièrement compliqué la tâche en faisant état d’une écoute téléphonique où l’homme-orchestre de la Blue Light Foundation s’emporte : « J’en ai plein le cul de ces gens ! Je veux que le fric rentre. ! Exécution ! »

Source : Sud Ouest du 02/10/12

Sud Ouest : « Reclus de Monflanquin » : Christine raconte la punition du tabouret

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Christine de Védrines a raconté hier au tribunal comment elle avait dû rester des jours et des jours assise sur un tabouret.

En décembre 2001, Christine de Védrines quitte brutalement Bordeaux. Cette femme à la cinquante gaie et enjouée abandonne ses enfants, rompt avec ses activités et renonce à la présidence de l’association Bordeaux Accueil qui lui tend les bras. Direction le château familial de Martel en Lot-et-Garonne. « Je pars à Monflanquin m’occuper de ma maison et de mes vaches. On se reverra mais je ne serais plus la même. » Interloquée, sa meilleure amie, Marie-Hélène Hessel, doit se contenter de ces mots lapidaires en guise d’adieux.

Quelques mois plus tard, son mari, Charles-Henri, un gynécologue bordelais réputé, dévisse sa plaque sans crier gare et la rejoint. À Monflanquin, outre son épouse, il retrouve sa mère, sa sœur Ghislaine, son frère Philippe et sa compagne. Ils se sont regroupés à la demande de Thierry Tilly. Rencontré à Paris par Ghislaine de Védrines, ce personnage énigmatique qui se dit agent secret les a persuadés qu’ils devaient se mettre à l’abri des dangers qui les menacent. Christine de Védrines ne l’apprécie pas outre mesure. À l’intérieur de cette famille d’aristocrates protestants, cette catholique a eu parfois l’impression d’être une pièce rapportée. En aucun cas, elle ne souhaite se singulariser. « Un jour j’ai entendu ma belle-sœur Ghislaine s’exclamer en parlant de moi :  » J’étais sûr qu’il l’amènerait celle-là !  » J’ai eu encore plus envie de m’intégrer. »

Son heure approche

Pendant des années, Christine de Védrines ne pipe mot et suit comme un seul homme son mari, son beau-frère et sa belle-sœur subjugués par Thierry Tilly. Ce dernier ayant décrété qu’elle souffrait d’une dépression, elle est devenue accro au « tranxène ». Redevable de l’impôt sur la fortune, cette mère de famille détient un patrimoine immobilier conséquent. Petit à petit, elle s’en sépare pourtant. Le fruit des ventes abonde les comptes bancaires de Thierry Tilly.

En 2006, ce dernier commence à l’accuser d’avoir bénéficié d’une « transmission ». C’est-à-dire de biens donnés par des rois à des familles de confiance et qui passent de génération en génération. Il est question d’or. Christine de Védrines s’appelle « Cornette de Laminière» de son nom de jeune fille. Ce que le gourou présumé traduit par « gardien de la mine » en langage hébraïque ! Ordre lui est donné de partir en Belgique où elle s’est rendue dans sa jeunesse pour faire le tour des banques. « Je n’avais rien trouvé. Il m’a traitée de menteuse. J’étais la bouc émissaire à l’origine de tous les maux de la famille. »

En 2008, les de Védrines finissent par se regrouper à Oxford, en Angleterre, dans une maison délabrée, non loin de la résidence de Thierry Tilly. Christine est consignée dans une chambre. Elle dort sur un matelas au milieu des gravats. Son heure approche.

Face contre mur

« Un jour, il m’a demandé de venir en me disant que si je ne réglais pas cette question de transmission, je finirais dans un bordel pour noirs et que je ne reverrais plus mes enfants. Il m’a fait asseoir dans une pièce sur un tabouret, face contre le mur. J’y suis restée des jours et des jours avec interdiction d’aller aux toilettes. J’ai dû me soulager sur place. Mon mari ne disait rien, il était persuadé de m’aider. » Pour éviter qu’elle ne s’endorme et révèle enfin son secret, les de Védrines, totalement conditionnés, se relaient autour d’elle. Son époux lui pince l’oreille, sa belle-sœur Ghislaine la pousse sans ménagement dans un fauteuil.

« C’est du cinéma, réplique pourtant Thierry Tilly. Je passais de temps à autre mais je n’étais pas dans la pièce. Ils restaient entre eux, entre chiens et loups. » Depuis le début du procès, le gourou présumé nie tout. Y compris le témoignage de Christine de Védrines marqué par les séquelles physiques et surtout psychologiques d’un tel traitement. « Il m’a réduite à l’état de sous-homme », confesse cette aristocrate ruinée qui vit désormais en HLM et travaille au SMIC. Sans sa plainte pour séquestration déposée en 2009 après qu’elle se soit échappée du huis clos d’Oxford, le procès n’aurait sans doute pas eu lieu.

Source : Sud Ouest du 29/09/2012

« Reclus de Monflanquin » : « on avait un pistolet psychologique sur la tempe »

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Le tribunal a donné la parole à deux des onze membres de la famille de Védrines. Ils livrent un témoignage édifiant.

>> Retrouvez les dates clés de l’affaire

Pour la première fois, dans l’affaire des reclus de Monflanquin, le tribunal a donné la parole ce jeudi matin à deux des onze membres de la famille de Védrines qui se sont constitués partie-civile.

Pendant près de deux heures, Diane et Amaury de Védrines ont livré un témoignage édifiant  sur ce qu’ils ont vécu entre 2003 et 2005. A l’époque, avec trois de leurs cousins âgés de 18 à 25 ans, ils étaient partis habiter à Londres pour se rapprocher du gourou présumé Thierry Tilly qui résidait à Oxford. « On avait un pistolet psychologique sur la tempe, explique Diane, la seule à poursuivre alors ses études. On craignait ce que pouvait dire Thierry Tilly. Il nous avait persuadé qu’on était en danger. Les menaces pouvaient venir de partout. La seule fois où mes parents sont venus, j’ai traversé la rue pour l’embrasser. Je me suis fait enguirlander. Il m’a lancé : c’est super dangereux. Tu peux te prendre une balle. »

L’argent envoyé par les parents était géré par Thierry Tilly. Il en rétrocédait très peu aux enfants, à l’exception de Guillaume qui vivait chez lui. «  On vivait à quatre sur un budget ridicule. Dix livres pour quinze jours. Les dimanche après midi, on faisait le tour des supermarchés pour récupérer des produits périmés. »

Amaury de Védrines que Thierry Tilly avait pris sous son aile à Bordeaux à l’époque ou il était toxicomane en est encore plus marqué par le cauchemar qu’il a vécu. Pendant neuf mois, il est resté dans un bureau où il avait pour mission de garder les locaux une fondation humanitaire. Sa seule sortie consistait à aller dans les toilettes de l’immeuble. Et il était ravitaillé par ses cousins qui n’avaient déjà pas suffisamment de nourriture.

« Je suis croyant. Je pensais qu’il s’agissait d’un sacrifice pour pouvoir repartir à zéro. J’ai perdu le sens du réel. Et je me suis fait laver le cerveau pendant dix ans », avoue le jeune homme qui n’est pas encore parvenu à renouer avec une vie normale.

Source : Sud Ouest du 27/09/12

Sud Ouest : « Reclus de Monflanquin » : la peur chevillée au corps

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L’ancien avocat du gourou présumé a décrit hier le climat de peur dans lequel vivaient les membres de la famille Védrines. À l’époque, il s’était tu.

Costume-cravate seyant, calvitie élégante et sourire d’un grand-père gâteau en bandoulière, Me Vincent David entre d’un pas alerte dans le prétoire. Cet avocat d’affaires de 68 ans, inscrit au barreau de Paris, se sait attendu. Et plutôt deux fois qu’une. Il y a quinze ans, c’est lui qui a introduit le loup dans la bergerie en présentant Thierry Tilly, le gourou présumé, à Ghislaine de Védrines, épouse Marchand. Mais, de là à ce qu’il fasse publiquement acte de repentance il y a un pas. Quand il s’exprime, ses mots ont la tonalité de ceux d’une victime.

Dossiers bancals

Les deux hommes se sont rencontrés au milieu des années 1980. Ils se sont côtoyés pendant plus de quinze ans. « Il avait un abord sympathique. Il m’amenait des dossiers bancals. J’essayais de les remettre d’aplomb. Mais, en fait, cela se terminait toujours par une liquidation ou une évaporation dans la nature, raconte l’avocat. Il voulait gagner la confiance des gens, signer des contrats mais après il n’y avait pas de suite. Une seule chose l’intéressait : disposer d’une nébuleuse de sociétés. »

Avec le recul, l’avocat est devenu plus perspicace. À l’époque où il dispensait bénévolement ses conseils à Thierry Tilly, il ignorait où celui-ci travaillait et de qui il tenait ses revenus. À sa demande, il avait même accepté de gérer une société civile immobilière qui projetait la construction de plusieurs appartements dans les Alpes. Il espérait en récupérer un en guise d’honoraires. Non seulement il l’attend toujours, mais, lorsque Thierry Tilly a quitté son logement parisien à la cloche de bois, Me Vincent David, qui s’était bien imprudemment porté caution, a dû régler dix-huit mois de loyer.

Dans la terreur

Aujourd’hui, il en sourit un peu tristement. Sans doute parce qu’il est passé à deux doigts de la catastrophe. « Il vivait chez moi. Heureusement, mon épouse l’a foutu à la porte. Il s’était rendu à Nice, où ma belle-famille dispose d’un patrimoine important, pour en dresser l’inventaire. Son objectif, c’était de jeter le grappin sur des gens riches et de vivre sur leur capital. »

Tout comme Ghislaine de Védrines, Me Vincent David faisait partie des parents d’élèves de l’école privée parisienne La Femme secrétaire. Il avait appelé Thierry Tilly au secours pour qu’il les aide à reprendre l’établissement, qui battait de l’aile. « Pour quelqu’un qui n’était rien, c’était stupéfiant. En quelques mois, il avait pris un ascendant ahurissant sur Ghislaine Marchand. » Sur le moment, il ne s’en formalise pas outre mesure. Sollicité par Thierry Tilly, l’homme de robe participe même au déménagement nocturne de la maison de la compagne de Philippe, le frère de Ghislaine de Védrines.

Lorsque l’école ferme, une partie de la famille se réfugie provisoirement derrière ces murs. « Ils dormaient sur des paillasses, se souvient l’avocat. Ils se terraient dans des conditions lamentables. Thierry Tilly leur avait dit que la franc-maçonnerie allait les laminer. Ils vivaient dans la crainte permanente d’un ennemi extérieur. Un réseau de caméras avait été installé. Philippe avait stationné sa voiture devant la porte pour qu’on ne puisse pas l’ouvrir. »

À dormir debout

À Paris comme au château de Martel à Monflanquin, où la famille ne tarde pas à se cloîtrer, plus personne ne sort, à l’exception notable de Ghislaine. Non pas parce que Thierry Tilly l’exige mais parce que ces aristocrates ont la conviction d’être en danger. L’ennemi s’appellera bientôt Jean Marchand : le mari de Ghislaine ne se résout pas à voir sa femme lui échapper. Il remue ciel et terre, sans imaginer que la révélation de l’affaire suscitera un effet diamétralement opposé à celui escompté. En septembre 2003, « Sud Ouest » est le premier à publier une enquête sur ce cataclysme familial. Les Védrines y voient la preuve éclatante que Tilly dit vrai : on leur en veut !

Depuis le début du procès, le gourou présumé noie le tribunal sous un flot d’explications agrémentées de quelques récits extravagants. Ils déclenchent l’hilarité de la salle, à défaut de dissiper l’incompréhension. Comment les 11 membres de la famille Védrines ont-ils pu se laisser prendre au piège de ces histoires à dormir debout ? On aimerait les entendre. Mais, pour l’heure, la présidente Marie-Élisabeth Bancal ne leur a toujours pas donné la parole.

Source : Sud Ouest du 27/09/2012

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