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On va parler sectes

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Daniel PicotinElles s’appellent Azael institute, Révélation de la 7e heure, le Village du verseau, l’Institut des sciences holistiques, Mandala 33, le Mouvement du graal, l’association Sri Chinmoy, la Société internationale de trilogie analytique, le Mouvement raélien ou les Chevaliers du lotus d’or. Elles comptent de quelques dizaines à plus de 10 000 adeptes. Elles sont responsables de divorces, de fractures sociales, de ruines, d’incestes, de suicides, de meurtres. Lutter contre elles relève du parcours du combattant car le Code pénal, peu amendé depuis Napoléon, n’a pas prévu ni réprimé ce genre de crime et n’a même pas qualifié la mise sous emprise mentale.

Pourtant, avec le développement de la psychologie, de la psychanalyse et des sciences de l’homme, les sectes prolifèrent partout dans le monde, asservissant de plus en plus d’adeptes.

Manipulation mentale

En France, quatre malades sur dix ont recours aux médecines parallèles. 800 sectes sont répertoriées comme potentiellement dangereuses. 180 centres de formation à des techniques et des connaissances bidons ont pignon sur rue, monnayant allègrement des séminaires de jeûne à 1 500 euros le week-end.

D’invention relativement récente, la manipulation mentale a pris des proportions immenses. Avec Internet, avec les messages subliminaux apparus dans les années 80, avec des neuroleptiques de plus en plus fréquemment utilisés, les gourous ont à leur disposition tous les moyens utiles de persuasion et de coercition. Leurs victimes ne sont pas toujours des idiots, des benêts ou des solitaires. Les techniques sectaires sont parfaitement rodées, aboutissant à des résultats spectaculaires comme on l’a vu récemment dans l’extravagante histoire des reclus de Monflanquin.

Me Daniel Picotin était l’avocat de la famille de Védrines et a obtenu une lourde condamnation du gourou. Cet avocat bordelais s’est passionné depuis plusieurs années pour le problème sectaire, au point qu’il se présente désormais comme un « ex-filtreur de sectes », usant de techniques inverses de celles des gourous pour faire revenir à la raison les personnes manipulées.

Comment s’en sortir ?

Le lavage de cerveau est bel et bien la technique de servage la plus récente et probablement la plus productive car la chasse au spirituel regroupe en France de nombreux adeptes.

Comment peut-on être recruté par une secte, endoctriné au point de quitter son foyer, sa région, son travail ? Comment s’exerce la manipulation des gourous ? Comment arrivent-ils à un total asservissement financier de leurs victimes ? De quelles théories fumeuses se servent-ils ? C’est à toutes ces questions que répondra Daniel Picotin, ce dimanche 8 septembre, à 17 heures, au château de Mongenan, clôturant brillamment cette saison consacrée aux diverses formes d’esclavage, de dépendance et de servitude.

Château de Mongenan ce dimanche 8 septembre, à 17 heures. Entrée 10 euros, gratuite jusqu’à 12 ans.

Source : Sud Ouest du 06/09/13

L’arsenal juridique contre les sectes renforcé?

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Maître Daniel Picotin, spécialiste des dérives sectaires, suggère la création d’un délit de « manipulation mentale ».

Dans un sondage de 2010 pour le compte de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), plus de 20% des Français disaient connaître personnellement au moins une personne ayant été victime de dérive sectaire. Le chiffre fait froid dans le dos, mais n’est pas exagéré, « même s’il existe divers degrés d’embrigadement, et que beaucoup de personnes s’éloignent de leur plein gré après quelques mois », relève Serge Blisko, le président de la Miviludes.

« Le phénomène est beaucoup plus présent qu’on ne le pense, et on en met de plus en plus en évidence, souvent de petits groupes », complète Catherine Picard, présidente de l’Unadfi (Centre d’accueil, d’étude et de documentation sur les mouvements sectaires qui défend les familles de victimes de sectes), et coauteur de la loi qui a permis de créer, en 2001, un délit spécifique d’abus de faiblesse par « sujétion psychique » puni de cinq ans d’emprisonnement. Néanmoins, certains estiment qu’on pourrait aller plus loin, notamment en allongeant la prescription, qui est de trois ans. « Un membre de secte ne comprend que tardivement qu’il a été victime, et c’est souvent trop tard », regrette Me Rodolphe Bosselut, avocat spécialiste.

Autre problème de taille : les plaintes pour abus de faiblesse ne peuvent être déposées que par les victimes directes. « Or on a déjà eu des cas où des gens sont restés vingt-deux ans sous emprise! » souligne Me Daniel Picotin, qui suggère la création d’un nouveau délit de « manipulation mentale » qui permettrait aux familles d’adeptes de porter plainte. « Mais le plus difficile dans ces affaires, c’est d’apporter les preuves de cette manipulation », met en garde Catherine Picard, qui milite surtout pour que l’actuelle loi soit plus souvent appliquée, et les professionnels (policiers, magistrats) formés afin de mieux déceler le phénomène et déclencher les poursuites appropriées.

Source : Le Parisien du 22/01/13

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