Articles taggés Reclus de Montflanquin

Soir 3 Aquitaine du 13/11/12 : Monflanquin

0

i-TELE : L’invité d’Info matin – Jean Marchand

0

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo

Le destin tragique des « reclus de Monflanquin »

0

 

Comment un seul homme a-t-il pu, pendant neuf ans, convaincre toute une famille de notables du Sud-Ouest de vivre cloîtrée, pour mieux la dépouiller ? Le procès qui vient de se tenir à Bordeaux lève le voile sur un cas hors normes de manipulation mentale.

Son étrange coiffure intrigue. Sa tête dépasse à peine du box des prévenus tant Thierry Tilly paraît petit, on fixe son espèce de Brushing monacal. Rien ne semble réel chez Tilly, pas même ses cheveux. Ni ses mots. « Je vous ai dit la vérité à 80 %, madame l’Experte, je vous prie de m’excuser pour les 20 % de fantaisie », lance-t-il à la psychologue en visioconférence. Thierry Tilly lui a assuré parler huit langues couramment, dont le celte et le russe. « Et je peux le prouver », crâne-t-il.

Il se sent chez lui dans la salle bondée du tribunal correctionnel de Bordeaux, entre l’immense peinture du Christ et une muraille de 41 dossiers, son chef-d’oeuvre : la légende Tilly. Voilà donc le « gourou » des « reclus de Monflanquin », le braqueur d’âmes friquées qui aurait maintenu un « pistolet psychologique » sur 11 membres d’une même famille, les Védrines, entre 2000 et 2009. Ces aristos bordelais accusent Thierry Tilly, 48 ans, de les avoir cloîtrés pendant neuf ans, coupés du monde, et plumés jusqu’à la dernière cuillère en argent – biens immobiliers, bijoux, actions… pour près de 5 millions d’euros.

En échange de quoi ? Sa protection d’« agent secret » contre les prétendues menaces des réseaux francs-maçons, des médias ou des pédophiles… « Une affaire hors norme par sa durée dans le temps et par le côté atypique de la manipulation mise en place », a conclu l’instruction. Deux semaines d’un procès sur réaliste, du 24 septembre au 5 octobre dernier, tellement édifiant qu’il pourrait inspirer une nouvelle loi contre l’emprise mentale en France. « Tilly, c’est un mélange de Raspoutine et de Machiavel », résume Me Ducos-Ader, l’un des avocats des Védrines. Machiavel, Tilly connaît, puisqu’il connaît tout le monde : « J’ai offert une édition de Machiavel à l’ambassadeur de Libye qui, en remerciement, m’a offert un Coran dédicacé », se vante-t-il à l’audience. Une « fantaisie » de plus. Sa bio en regorge, l’intarissable mentor de Monflanquin la dévoile au tribunal dès le début, sidérant l’auditoire : sa grand-mère « était la cousine de Vaclav Havel », la même ou une autre (on ne suit plus) « tenait salon avec François Mitterrand et Georges Marchais », son grand-père fut un « grand résistant », d’ailleurs, Liliane Bettencourt, invitée à ses obsèques, aurait glissé à l’héritier de sang impérial – car, oui, Tilly descend des Habsbourg – : « Si vous avez besoin de moi, n’hésitez pas. » Pas la peine de déranger Liliane, le manipulateur hors pair a trouvé ses Bettencourt à lui, les Védrines.

Mèches impeccables, chevalières aux doigts, ces héritiers semblent s’être égarés du club de bridge sur le banc des parties civiles. Comment trois générations de la haute société protestante de Bordeaux et du Tarn-et-Garonne, de 15 à 87 ans, bien nés, intégrés – un gynécologue réputé, un cadre de l’industrie pétrolière, un diplômé d’école de commerce… – ontils pu tout quitter sur l’injonction d’un manipulateur à la dégaine de prof de maths ? Monflanquin, c’est le récit d’une secte maison qui a défrayé les médias – de Vanity Fair à Sud Ouest, le premier à révéler l’affaire en 2003. Une emprise sur mesure que racontent pour la première fois les exfiltrés. Des revenants. « J’aimerais qu’on arrête de nous prendre pour des illuminés, M. Tilly se fout de nous », lâche Guillaume de Védrines, chandai l marine, les mains cramponnées à la barre. Il a 35 ans, diplômé de Sup de co Marseille, c’est lui qui suivait les transferts d’argent pour Tilly : « Je n’étais pas son associé, mais son larbin. Ce monstre a été d’une perversité totale.
Tilly a su jouer sur les faiblesses  et les qualités de chacun. »
 

Au coeur de l’histoire, la blonde Ghislaine  de Védrines, 66 ans, la chef du clan,  le « cheval de Troie » qui a introduit le  gourou dans le fief familial du château de  Martel, à Monflanquin, une bourgade de  3 000 âmes. La seule à tutoyer Tilly. « Je ne  me suis pas rendu compte qu’il nous montait  les uns contre les autres, jure-t-elle. Chacun  gardait pour lui ce que Tilly lui disait. » Assis  à ses côtés sur le banc des parties civiles,  ses enfants, trentenaires, Guillemette et  François. Ses frères de 64 et 74 ans, Charles-  Henri et Philippe, et leurs femmes, Christine  et Brigitte. Enfin, la lignée de Charles-  Henri et Christine : Diane, Amaury et  Guillaume. Dix reclus, ne manque que la  grand-mère, décédée en 2010. Relégué sur  le banc de la presse, Jean Marchand, journaliste  et mari de Ghislaine de Védrines,  qui s’est battu « cent quatre mois » pour  déclencher une enquête et exfiltrer sa  femme, murmure : « Vous voyez, il y en a qui  ont des accidents de voiture, de santé, nous, c’est  un accident de gourou. »

Un maître à penser

Le scénario se trame en 1999, à Paris,  dans une école pour filles à papa, La  Femme secrétaire, reprise par des parents  d’élèves, dont Ghislaine de Védrines.  Elle cherche quelqu’un pour l’aider, un  avocat lui conseille Thierry Tilly. Doué  en informatique, il remet les locaux en  état. Avec lui, tout paraît simple, efficace.  Ghislaine, réputée autoritaire, se confie à  lui : son mari déprimé, son fils en échec,  la succession du château qui crée des  jalousies. « Si nous avions été une famille  unie, Thierry Tilly n’aurait eu aucune emprise  sur nous », dit-elle aujourd’hui.  Au cours de l’été 2000, l’impétrant  dîne au château, rencontre la famille,  dont la grand-mère, le voilà adoubé et  coopté. Son job à l’école n’est qu’une  « couverture », il se présente comme  « agent spécial au service de la France » et se  targue d’avoir le bras long à l’Otan. Pour  les Védrines, il ne compte pas les heures,  conseille, téléphone tout le temps. Le  terrain, plein de non-dits et de jalousie,  est propice à l’éclosion du gourou.  Amaury, ado en déroute, fume du shit,  « Thierry » lui conseille de se réfugier  au château. Christine est un peu ronde,  hop, direction Monflanquin où elle  retrouve la ligne. François est mal dans  ses baskets, Thierry lui trouve un stage  BTS. Thierry arrange tout. 

A tous, le sauveur distille la même  menace : les francs-maçons, les Rose-Croix leur en veulent, et leur distribue  des téléphones cryptés. La fille du  retraité Philippe de Védrines, Lucille,  35 ans, raconte à la barre comment son  père a changé du « jour au lendemain » à  l’automne 2000. « Il était méfiant, nerveux,  à l’affût de tout, raconte-t-elle. Une fourchette  qui disparaissait, une boîte en porcelaine qui  changeait de place au gré des visites, tout était  interprété comme des avertissements. Mon père  me disait que Thierry Tilly détenait les listes  des francs-maçons qui nous en voulaient. Tilly  était devenu leur maître à penser. »

Lucille  n’a pas revu son père durant huit ans :  « Faire le deuil d’une personne vivante, c’est  quasiment impossible. »  Le plan Tilly suit le manuel du parfait  manipulateur, décrit dans son expertise  par le psychiatre Daniel Zagury qui en  liste les phases : 1) le « sur-mesure » :  chacun est repéré dans ses failles ; 2) la  « paranoïa » : cultiver une mentalité  d’assiégé ; 3) « avoir réponse à tout » :  Tilly ne se démonte jamais ; 4) « casser  les liens durables » pour mieux asservir ;  5) « casser le narcissisme de chacun » :  ta femme te trompe, ton mari te fait  cocue…

« Aussi énormes soient les affabulations,  si le gourou, le sauveur le dit, c’est  que c’est vrai », analyse Zagury. Tilly dit  qu’il faut mettre l’argent à l’abri sur  sa pseudo-fondation humanitaire : les  Védrines vident leurs comptes, les transferts  commencent, 1 million d’euros au  total en 2000, 898 000 e en 2001…  Durant son procès, Tilly s’agite, lève  la main. Il nie l’escroquerie, les Védrines,  ces êtres « collants », lui auraient acheté  des « biens » : « Est-ce un crime d’aider les gens  qui ont des problèmes de coeur comme je l’ai  fait toute ma vie ? », dit-il à la présidente du  tribunal, Marie-Elisabeth Bancal. Il jure  avoir travaillé pour son « patron », Jacques  Gonzales, un retraité parisien accusé de  complicité pour avoir récupéré 1,5 million  d’euros.

Son véritable exploit, c’est  d’avoir orchestré le huis clos à distance.  Par téléphone, par mail, par fax, il maintient  un contact permanent sans jamais  avoir vécu avec les reclus. En 2003, les 11  Védrines s’installent dans la maison de  Talade, à proximité de Monflanquin, où  ils vivent volets fermés. Les journalistes  rôdent, preuve du complot. Tilly téléphone  d’Angleterre où il réside, réclame des notes  de synthèse. Ghislaine cuisine avec rien,  les jeunes jouent au foot. Il réorganise le  huis clos, donne l’illusion du mouvement,  fait venir les plus jeunes à Londres. Diane  vit avec ses deux cousins près de l’ambassade  des Etats-Unis dans un quartier sécurisé  mais avec une peur permanente : « Au  début, le danger, c’était les francs-maçons, à la  fin c’était tout le monde, les gens qui promenaient  leur chien. La psychose, c’est un vase qu’on  remplit chaque jour, goutte après goutte. » Elle  se lave à l’eau froide, récupère des yaourts  périmés au supermarché : « Je peux vous  dire qu’à un mois ça se mange. » Fuir ? Ça ne  lui est jamais venu à l’idée. Pourtant, la  porte n’était jamais verrouillée. Dehors,  c’était l’ennemi. « Il avait réussi à nous mettre  un pistolet psychologique sur la tempe. Partir,  ça voulait dire trahir, abandonner la famille. » 

Une fois, Diane a couru dans la rue pour  embrasser ses parents venus de France  qu’elle voyait rarement, une  heure après, sa tante la tançait  : « Qu’est-ce que tu as fait ?  Ta mère aurait pu se prendre  une balle dans la tête ! »  Diane apportait à manger  – un fruit, du pain – à son  frère Amaury, isolé dans les  bureaux d’une pseudo-fondation.  Il suivait la thérapie  Tilly : des journées à écrire.  A l’âge où les hormones  s’agitent, l’ado tourmenté  avait l’impression « d’avoir  le diable au corps » : « Il fallait  que je fasse un travail de  purification. Pour moi, Thierry  Tilly, c’était mon meilleur ami,  mon confident… Je me suis fait  laver le cerveau pendant dix  ans. » Sa mère aussi. Christine,  l’épouse du gynéco, la  seule qui n’ait pas de sang  Védrines, la seule catholique,  est « l’élue », lui dit Tilly qui l’envoie  en Belgique faire le tour des banques pour  récupérer une fortune léguée – par les  rois – à sa famille – mais dont personne  n’a jamais entendu parler. Elle en revient  bredouille, et se souvient avoir tremblé  comme une petite fille en balbutiant : « Je  suis toujours dans les 11, Thierry ? »  En 2008, la famille au complet s’installe  à Oxford, vivant de petits boulots, le médecin  devient jardinier, les jeunes, serveurs,  vendeurs…

C’est l’épisode dit de la « transmission  » qui mettra fin à la manipulation.  Cette année-là, Tilly revient à la charge avec  cette fameuse fortune prétendument transmise  à Christine. Elle passera sept jours  assise, sans pouvoir aller aux toilettes, les  autres lui pinçant à tour de rôle les lobes  pour l’empêcher de dormir, à se demander  où peut bien être l’argent. Elle finit par cesser  de boire pour ne plus s’uriner dessus :  « M. Tilly m’a traitée comme un sous-homme. »  Un cap a été franchi. Ne supportant plus  la pression, Philippe, le  retraité, fuit, regagne la  France. Son témoignage  relance l’enquête et déclenchera  l’opération commando  pour exfiltrer le  clan. Un clan ruiné, détruit  de l’intérieur qui peine à se  ressouder. Les familles ne se  voient plus. Certains vivent  en Angleterre, Guillaume  travaille dans la banque,  Amaury consulte des psys  qui l’aident à reprendre pied  dans le réel, le gynécologue  s’est recasé dans un centre  de la petite enfance. 

Thierry Tilly encourt dix  ans de prison. Son avocat,  Me Novion, le dit victime  d’une « chasse aux sorcières »  tant la thèse du gourou a  conquis les esprits. En détention  provisoire depuis trois  ans, le « mystificateur », comme l’ont décrit  les experts, ne reçoit guère de visites. Pas  même de son père, venu au procès, qui a  revu à la baisse la prétention de diplômes  de son fils : en vérité, il a raté l’entrée à  l’Ecole navale de Brest. Le retraité, chauffeur  dans l’armée, n’a jamais été « nageur de  commando », comme le dit Thierry Tilly. Sa  mère, nourrice agréé, jamais championne  de patinage. Seule certitude, le gamin  adorait les livres d’histoire. En prison,  Tilly lit, écrit. Il a confié avoir une feuille  de route, être en mission. Et il peut le  prouver.

Source : Marianne du 07/10/12

 

Encore un mois d’attente pour les reclus de Monflanquin

0

Le 13 novembre prochain, le tribunal correctionnel de Bordeaux doit rendre son jugement dans l’affaire des reclus de Monflanquin. Le procureur a réclamé 10 ans de prison à l’encontre de Thierry Tilly, poursuivi pour avoir manipulé et escroqué une famille aristocrate pendant une dizaine d’années. Son avocat le dit victime d’une double aliénation. Retour sur 15 jours de procès.

Une famille d’aristocrates ruinée après avoir passé 10 ans enfermée sous l’emprise d’un seul homme. Un gourou présenté comme « passe-partout » et « sans charisme ». Que nous a appris le procès des reclus de Monflanquin qui s’est achevé ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux ?

Les faits

De 1997 à 1999, une famille de onze personnes a vécu retranchée sur leur domaine de Monflanquin dans le Lot-et-Garonne, puis à Oxford. Dix ans pendant lesquels la matriarche, ses trois enfants quinquagénaires, de deux de leurs conjointes et cinq petits-enfants adolescents ont cru à la folle histoire inventée par Thierry Tilly. Ce dernier leur fait croire qu’il est un agent secret et que la famille est en danger à cause d’un complot franc-maçon.

« Pour financer sa protection », la famille se déleste de 4,5 millions d’euros de biens. Après la fuite de trois membres de la famille, Thierry Tilly est arrêté en octobre 2009. Il est notamment poursuivi pour séquestration et abus de faiblesse. Le procureur a réclamé dix ans de prison, « la peine de réclusion à laquelle les de Védrines ont été condamnés ».

Les victimes

Devant le tribunal correctionnel de Bordeaux, la famille ne s’explique toujours pas comment ils ont pu en arriver là. Durant leurs auditions, les victimes ont décrit comment Thierry Tilly a tissé sa toile. « Il nous mettait un pistolet psychologique sur la tempe » toujours là, par mail ou téléphone depuis Oxford, pour distiller les craintes, « goutte par goutte, phrase par phrase », lance Diane.

Un autre explique que « l’effet de groupe a été catastrophique, notamment en l’absence de chef de famille ». Jean Marchand mari et père de trois l’a d’ailleurs payé. Refusant de croire à l’histoire de Thierry Tilly, il a perdu ses proches pendant huit ans.

« Ce sont des gens normaux », selon l’expert-psychiatre Daniel Zagury. Chez les de Védrines, « la rationalité, le sens de la critique et l’intelligence disparaissent » sous son influence : « ils ne sont pas devenus bêtes mais leur intelligence a été mise en jachère ».

Le « gourou atypique »

Il est apparu souriant et poli au premier jour du procès. Il a ensuite nié toute responsabilité dans la ruine de la famille. S’il admet avoir soutiré de l’argent, c’était « pour investir dans des lots immobiliers dans les Alpes ».Des enveloppes étaient amenées à Paris par les enfants de la famille pour être remises à Jacques Gonzales, autre accusé dans ce dossier. Voilà pour la ligne de défense.

Pour le reste, les réponses de Thierry Tilly ont souvent été fantaisistes : « Je descends des Habsbourg; j’ai été otage des francs-maçons, à la mode latine; j’ai sauté à 12 ans d’un Transall avec une dérogation du général Bigeard ».

La psychologue Geneviève Cédile a estimé « qu’on peut comprendre qu’il ait exercé une fascination », par « sa voix et son regard », sa façon de « manier la carotte et le bâton, une imprévisibilité qui stupéfie et peut déstabiliser ». De son côté, l’avocat de Thierry Tilly a explique que son client était victime « d’une double aliénation : celui du cinéma qu’il se fait dans sa tête et celle du génie » de son coprévenu.

Une évolution du droit ?

Ce procès aura aussi été l’occasion de se pencher sur la notion de « manipulation mentale ». Thierry Tilly était notamment poursuivi pour « abus de faiblesse d’une personne en état de sujétion psychologique ». Un intitulé, issu de la loi About-Picard de 2001, qui a ses limites : Seule la victime peut porter plainte… L’un des avocats de la défense a donc demandé à ce que soit inscrit dans le Corde pénal « la mise sous emprise mentale préjudiciable ». Un délit ou un crime que pourrait dénoncer un tiers.

Source : France Info du 05/10/12

Reclus de Monflanquin : dix ans requis contre Thierry Tilly

0

Le parquet général de la cour d’appel de Bordeaux a requis, jeudi 4 octobre, dix ans de prison contre Thierry Tilly, accusé d’avoir manipulé et ruiné, en  près d’une décennie, onze membres d’une famille de la noblesse du Sud-Ouest.

« C’est la durée de la peine de réclusion qu’il a infligée à la famille de Védrines », a déclaré l’avocat général Pierre Bellet en se prononçant en faveur de la peine maximum encourue. Pour son complice Jacques Gonzalez, il a requis cinq ans de prison, dont un avec sursis.

Lire notre reportage du 18 novembre 2009 : Sous l’emprise du gourou

Face à la famille de Védrines, Thierry Tilly, 48 ans, était le donneur d’ordres, et Jacques Gonzalez, 65 ans, celui que M. Tilly présentait comme « son patron », et auquel il a donné en effet une bonne partie des 4,5 millions d’euros confiés par la famille de Védrines entre 2001 et 2009.

M. Tilly avait rencontré en 1999 Ghislaine de Védrines et était parvenu à se faire embaucher dans son école de secrétariat à Paris. Il avait dans la foulée rencontré les autres membres de cette famille noble du Sud-Ouest, leur avait expliqué qu’il était agent secret, qu’ils étaient visés par un complot franc-maçon, et avait prétendu être à même de les en protéger.

ONZE MEMBRES DE LA FAMILLE TERRÉS

Onze membres de cette famille parfaitement installée, la mère – morte en 2010, à 97 ans –, ses trois enfants au moins quinquagénaires à l’époque des faits, deux conjointes de ces derniers et cinq des petits-enfants, tous au moins adolescents, se sont alors repliés sur eux-mêmes, se terrant notamment pendant plusieurs années dans leur château du Lot-et-Garonne, au point qu’on les a surnommés « les reclus de Monflanquin », et cédant tous leurs biens pour financer « le combat ».

Ce n’est qu’après trois défections de membres de cette famille, et les plaintes qu’ils ont déposées, que M. Tilly a été arrêté en octobre 2009, avant que le reste de la famille soit « libérée » de son emprise sur intervention de Me Daniel Picotin, spécialiste des sectes et avocat de certaines parties civiles, à Oxford, en Angleterre, où ils avaient migré. M. Gonzalez a été arrêté l’année suivante.

Toujours en prison, M. Tilly est jugé pour séquestration avec libération avant le 7e jour en vue de faciliter la commission d’un délit, et violences volontaires sur personne vulnérable avec préméditation, pour un épisode concernant une des victimes, et pour abus frauduleux de faiblesse de personne en état de sujétion psychologique pour toute la famille. M. Gonzalez, malade et libre sous contrôle judiciaire, est jugé pour complicité et recel de ces abus de faiblesse.

Source : Le Monde du 04/10/12

Reclus de Monflanquin : dix ans requis contre Thierry Tilly

0

L’homme comparaît devant la justice bordelaise car il est accusé d’avoir manipulé et escroqué toute une famille pendant une décennie.

L’accusation a requis jeudi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux 10 ans de prison contre Thierry Tilly, accusé d’avoir escroqué onze membres d’une famille de la noblesse du Sud-Ouest, les de Védrines, qu’il aurait manipulés pendant près d’une décennie.

«C’est la durée de la peine de réclusion qu’il a infligée à la famille de Védrines», a déclaré le procureur Pierre Bellet en se prononçant en faveur de la peine maximum encourue. Pour son complice Jacques Gonzalez, il a requis 5 ans de prison, dont un avec sursis.

Alors que l’audience n’a pas montré une relation subordonnée de Thierry Tilly vis-à-vis de Jacques Gonzalez, le procureur a requis une requalification de la «complicité par instigation», reprochée à ce dernier, en «complicité par aide et assistance», une qualification moins grave. Pour Jacques Gonzalez, il a également requis 4 ans de privation de droits civiques, et l’obligation de rembourser les victimes.

Concernant Tilly, qui n’a pas cette obligation, Pierre Bellet a requis une interdiction de droits civiques et l’interdiction définitive de gérer une entreprise. Thierry Tilly, a encore insisté le procureur, «est le véritable chef d’orchestre principal et Jacques Gonzalez n’a pas la carrure pour être le grand patron, il est le « faire-valoir » de Tilly, qui est celui qui met en oeuvre».

L’avocat de Thierry Tilly, Me Alexandre Novion, a déclaré à l’issue de l’audience ne pas comprendre «cette distinction». Des écoutes téléphoniques, a-t-il affirmé, ont montré «de façon très claire» que son client obéissait à Jacques Gonzalez. Il a cité une amie de Jacques Gonzalez qui avait déclaré «que Thierry Tilly n’avait aucun pouvoir de décision».

Les victimes présumées, que l’on a surnommées les «reclus de Monflanquin», du nom du village où était installée la famille dans le Lot-et-Garonne, ont décrit près d’une décennie d’emprise mentale durant laquelle elles ont cédé tous leurs biens, à hauteur de 4,5 millions d’euros, à l’instigation de Thierry Tilly, croyant se protéger ainsi d’un imaginaire complot. Le procès se terminera vendredi avec les plaidoiries de la défense.

Source : Libération du 04/10/12

Reclus de Monflanquin: les victimes entendues une dernière fois

0

BORDEAUX — Les victimes présumées du procès des « reclus de Monflanquin », dépouillées de tous leurs biens et marquées à jamais par leur aventure, ont témoigné une dernière fois mercredi devant le tribunal de Bordeaux, l’une d’elles comparant Thierry Tilly à « Hannibal Lecter ».

Les deux frères Charles-Henri et Philippe de Védrines, des hommes installés, largement quinquagénaires au moment des faits, admettent qu’ils sont tombés rapidement dans le piège des histoires insensées racontées par le prévenu.

Guillemette a rejeté le mari épousé le mois précédent, Diane a accusé sa mère d’atteintes sexuelles, Amaury, l’un des plus jeunes, ne s’est jamais remis psychologiquement et doit être suivi en permanence. Aujourd’hui, François aimerait bien « lui casser la figure ». « Encore faudrait-il en être capable », lance méprisant depuis son box M. Tilly, pourtant pas très athlétique.

Guillaume a servi de « larbin » au prévenu et relayait ses volontés auprès de la famille. Il estime aujourd’hui que M. Tilly s’est servi des dissensions de la famille pour s’y installer. « L’effet de groupe a été catastrophique, notamment en l’absence de véritable chef de famille », avance-t-il.

Il l’accuse d’avoir été avec eux « un manipulateur, un escroc, un prédateur », à la façon « d’Hannibal Lecter », le monstre cannibale du « Silence des Agneaux ».

Christine, victime d’un épisode de douze jours de séquestration en janvier 2008, est l’une des premières à s’être échappée, après son beau-frère Philippe qui, justement, n’avait pas supporté son calvaire. Il était parti avant de revenir chercher sa compagne, Brigitte, qui pour sa part n’a pu achever son témoignage, mercredi, trop émue.

Le plus dur pour Christine a été toutes les horreurs que le prévenu a racontées sur elle à ses enfants. D’Amaury, poignante, elle dit : « Que puis-je faire pour le persuader que je l’aime alors qu’on l’a persuadé pendant dix ans que je ne l’aimais pas? »

Cette branche de la famille, notamment les jeunes, sont encore criblés de dettes au Royaume-Uni par cette affaire. « Mais je suis très heureuse de ne pas avoir perdu mes enfants », dit-elle, concédant : « les psychiatres nous aident et on en a bien besoin ».

Plaidoiries des parties civiles et sans doute réquisitoire jeudi.

Source : AFP du 04/10/12

Reclus de Monflanquin, gourou de famille

0

Grand angle –  Thierry Tilly est accusé d’avoir manipulé durant dix ans les parents et enfants Védrines, les poussant à se cloîtrer dans leur château pour mieux les ruiner. Son procès se tient jusqu’à vendredi.

Polo noir, regard perçant, Thierry Tilly parle d’une voix aiguë, coupe la parole et assène des vérités, en tout cas sa vérité. Il a réponse à tout, il est énervant d’assurance, débite des propos tellement décousus qu’on meurt d’envie qu’il abrège sa pensée. Il le dit sans forfanterie, à la cantonade : souvent, il pense en anglais, et cela crée un «décalage» vis-à-vis de ses interlocuteurs. Tilly est un surdoué du langage, un maître du discours. Est-ce ainsi, jouant de sa logorrhée, qu’il a abusé une honorable famille du Bordelais, la plumant de 4,5 millions d’euros, la dépouillant de ses châteaux, immeubles et titres ?

Son procès s’est ouvert le 24 septembre au tribunal correctionnel de Bordeaux. Thierry Tilly, 48 ans, doit répondre de séquestration, de violences volontaires sur personne vulnérable, et d’abus frauduleux de faiblesse de personne en état de sujétion psychologique.

«Plus c’est gros, plus ça passe»

C’est en 1999 que cet homme sans caractère particulier rencontre les Védrines, famille bordelaise de la vieille noblesse huguenote, habillée de vestons, pulls légers et bijoux discrets. Il leur propose ses services et s’introduit dans la parentèle, gagnant la confiance de la grand-mère, Guillemette, de ses enfants, Ghislaine, Philippe et Charles-Henri, et petits-enfants, conjoints compris, onze personnes en tout. Et il entreprend alors de les plonger dans un monde d’angoisse et de persécution, jusqu’à ce qu’ils perdent toute confiance en eux. Ils sont menacés, leur dit-il, par la franc-maçonnerie, les juifs, les rose-croix et les homosexuels. Les médias leur veulent du mal. Pour échapper à tous ces ennemis, il leur faut vivre cloîtrés dans leur château de Monflanquin, dans le Lot-et-Garonne, ne parler à personne et se méfier de tout. Pendant ce temps-là, Tilly, qui se prétend agent secret, capable de déjouer le complot, mettra à l’abri mobilier et dorures, leur promet-il. Mieux, il leur fera gagner de l’argent en plaçant leurs économies sur des comptes rémunérés… Tilly avait trouvé son auditoire, il faisait peur à tous, savait se montrer persuasif face à des gens finalement bien naïfs. L’affaire durera dix ans, jusqu’en 2009, lorsque des membres de la famille brisent le cercle infernal créé par le gourou.

Comment ces gens jugés plutôt sensés ont-ils pu croire de telles fariboles ? Comment n’ont-ils pas vu que Tilly les montait les uns contre les autres, tissant une toile, les enfermant dans une méfiance mutuelle ? Etienne, un des petits-enfants Védrines, raconte ainsi que son père, Charles-Henri, ne lui confiait plus son numéro de téléphone portable, «qu’il s’était mis à fermer tout à clé en prétextant des cambriolages, qu’il avait peur des complots maçonniques». Lucile, la sœur d’Etienne,confiera que ce même Charles-Henri, dont elle n’ignorait pas le sens affirmé de la famille, était allé jusqu’à désavouer son mariage, en traitant sa fille d’«être vénal».

C’est que Tilly médit à tout va, divisant la famille. Et il ment. Il affirme à ses victimes qu’il a sauté en parachute d’un Transall à 12 ans, qu’il a le niveau d’un joueur de tennis professionnel, qu’il a côtoyé au football Paul Le Guen, l’ancien entraîneur du PSG, et participé à une finale d’un championnat contre Saint-Etienne. Il avoue d’ailleurs franco à une de ses victimes : «Plus c’est gros, plus ça passe.» Avec les Védrines, ça passe. Pénétrant leurs esprits, malaxant leur cortex, il est allé jusqu’à entraîner une partie de la famille en Grande-Bretagne, d’où elle a continué à travailler pour lui, lui versant son salaire.

Pour sa défense, Tilly argue qu’il a tout fait avec le consentement des Védrines, que ces protestants sont des riches propriétaires vénaux, prêts à tout pour l’argent… Il affirme que sa mère lui a appris la bienfaisance dès sa plus jeune enfance : elle-même était une communiste qui donnait aux pauvres. La présidente du tribunal, Marie-Elisabeth Bancal, l’écoute pérorer, dubitative. Elle lui coupe la parole, le remet à sa place, lui demande d’aller au fait. Lorsqu’il dit que la justice n’a fait à son encontre qu’instruire «à charge», elle le renvoie dans ses cordes.

Sur le banc des parties civiles, les Védrines aimeraient donner au monde l’image d’une famille unie, qui n’a pas été appâtée par le gain, mais manipulée et abusée par Tilly. Une thèse que confirme Vincent David, 64 ans, l’avocat qui l’a introduit auprès de Ghislaine de Védrines en 1999. Il a travaillé pendant douze ans pour Tilly, qui l’a, dit-il, «charmé».Plus perspicace, la femme de Vincent David a senti le danger, découvrant que son mari était totalement sous la coupe de Tilly. «Avec le recul, c’est un véritable abus de confiance auquel il s’est livré», dit l’avocat fiscaliste. Entendant cela, Tilly, sonné, semble au bord des larmes. Une faille dans le cerveau du gourou ?

Vincent David a été tellement subjugué par Tilly qu’il ne tentera rien lorsqu’il s’apercevra que les Védrines vivent de façon «abominable», terrifiés par ces caméras et ces micros installés partout par Tilly. «Je ne l’ai pas dénoncé, peut-être parce qu’il y avait une relation d’amitié qui s’était créée entre nous», avance Vincent David, qui lâchera quand même son ancien partenaire. Aujourd’hui, il le qualifie de «garçon intelligent» qui, malheureusement, «utilise ses facultés intellectuelles de façon abjecte».

«Un pistolet psychologique sur la tempe»

L’expertise psychologique des victimes de Tilly a montré qu’une de ses armes, et de ses obsessions, était le sexe. Il a fait croire à ses victimes qu’elles encourraient les pires dangers si elles avaient une sexualité corrompue. Et, à l’inverse, que des sévices sexuels les menaçaient à tout moment. Ainsi, Tilly n’a pas hésité à déclarer à Diane, une des petits-enfants Védrines, qu’elle risquait d’être victime de tournantes. Diane assure que Tilly lui avait mis un «pistolet psychologique sur la tempe», qu’il avait réussi à lui faire croire qu’elle n’avait plus son libre arbitre. Elle a aujourd’hui le sentiment d’avoir été kidnappée.

Après s’être arrachés des griffes de Tilly, les Védrines ont souffert d’un «manque», tant l’homme avait envahi leurs vies. «Thierry Tilly nous avait réduits à un état de sous-hommes. Nous étions dans un autre monde, très fatigués physiquement et psychologiquement», affirme Christine de Védrines. Elle relate un épisode qu’elle qualifie de «calvaire» : «Une séquestration pendant des jours, sans nourriture ni sommeil, pour me faire avouer le lieu d’un trésor imaginaire.»

Tilly avait-il pour «patron», comme il l’affirme, Jacques Gonzalez, l’autre mis en examen appelé à comparaître cette semaine ? Cet homme de 65 ans avait créé en 1999 une fondation humanitaire au Canada, Blue Light Foundation, qui a capté une part non négligeable du magot des Védrines : 1,5 million d’euros. L’homme se présentait à ses clients comme «Gonzalez Santo de la Vega», descendant de la grande noblesse espagnole… Quel a été son rôle exact dans cette affaire ? C’est l’une des nombreuses questions auxquelles ce procès, qui s’achève vendredi, tentera de répondre. Gonzalez encourt cinq ans de prison, Tilly le double.

Source : Libération du 02/10/12

Reclus de Monflanquin : les victimes, « des gens normaux », selon l’expert

0

BORDEAUX — La famille de Védrines, victime présumée pendant dix ans de Thierry Tilly, principal prévenu du procès des « reclus de Monflanquin » jugé actuellement à Bordeaux, étaient « des gens normaux », selon l’expert-psychiatre Daniel Zagury.

M. Zagury n’a pas caché pas qu’au moment de faire la connaissance des onze de Védrines (l’aïeule est aujourd’hui décédée), il redoutait une famille de « dégénérés ». « Eh bien non, ils sont normaux », a-t-il déclaré mardi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux.

Celui-ci juge depuis lundi dernier la manière dont M. Tilly s’y est pris pour obtenir que trois générations de cette famille lui versent un total de plus de 4,5 millions d’euros de 2000 à 2009, en croyant à ses histoires de placements miraculeux et de complots dangereux.

M. Zagury a vu dans cette affaire une sorte « d’abus de transfert » de la part de M. Tilly, qui a établi avec les de Védrines une relation « marquée par l’infantilisme et l’irrationnel ». « Il est adoubé et coopté, il est celui qui est supposé savoir, qui donne les preuves et les gages, l’homme providentiel », a-t-il observé.

Chez les de Védrines, « la rationalité, le sens de la critique et l’intelligence disparaissent » sous son influence : « ils ne sont pas devenus bêtes mais leur intelligence a été mise en jachère ».

M. Tilly a selon lui « repéré chez chacun les failles et les valeurs propres », faisant « du sur mesure » plutôt que « du prêt à porter ».

Ce qu’il a fait « n’est pas quelque chose qui s’apprend dans les livres ». Il faut « des singularités, des intuitions à saisir les mouvements des autres », et à ce jeu, « certains sont plus doués que d’autres », a affirmé l’expert.

Il a d’ailleurs semblé douter que M. Tilly ait lui-même pu être manipulé par son co-prévenu, comme certains éléments du dossier pourraient le laisser entendre : « J’ai beaucoup de mal à penser que le marionnettiste puisse être la marionnette d’un autre ».

L’autre expert, Serge Bornstein, a qualifié M. Tilly de « mystificateur spécialisé dans l’escroquerie avec le goût du lucre », « d’être qui s’avance masqué, mais avec une absence d’anomalie psychiatrique ».

Dans son box, M. Tilly n’a pas goûté ces descriptions : « Les élucubrations des experts n’engagent que leur bêtise », a-t-il lancé.

Source : AFP du 03/10/12

Reclus de Monflanquin : le gourou perd de sa superbe

0

Le gourou Thierry Tilly comparaît depuis lundi pour avoir manipulé et dépouillé une famille aristocratique du Sud-Ouest, les Védrines. Au fil du procès, son emprise sur le clan semble totale, mais il peine à se justifier.

Dans le box du tribunal de Bordeaux, Thierry Tilly apparaît de plus en plus agité. Il comparaît depuis lundi, et pour encore une semaine, accusé d’avoir manipulé une famille aristocratique du Sud-Ouest, les Védrines, et de les avoir dépouillés de leurs biens entre 2000 et 2009. Le montant du forfait est estimé à environ 5 millions d’euros. Le procès progresse de manière chronologique. Au fur et à mesure qu’il approche de la chute du prévenu, arrêté en 2010, celui-ci perd de sa superbe: son propos se fait de plus en plus délirant, sa gestuelle devient saccadée et, par moments, il bégaye.

S’il a commis les faits qui lui sont reprochés, M. Tilly est l’un des plus exceptionnels escrocs qui soit. Il pourrait même prétendre à la dignité de gourou honoraire, tant son emprise sur ses proies fut totale. Au début de l’année 2008, il a déjà siphonné la majeure partie de la fortune familiale, le trait de génie consistant à laisser les dupes orchestrer leur propre faillite. Lui, il tirait les fils à distance. Les Védrines ne possèdent plus, pour l’essentiel, que leur château de Monflanquin, dans le Lot-et-Garonne. Selon eux, M. Tilly les fait venir en Angleterre, où il réside, les trimballant de Londres à Oxford dans des conditions indignes. C’est là que se joue, en janvier 2008, un épisode dramatique, le plus grave de ce dossier.

Onze personnes sous le joug du gourou

Thierry Tilly a convaincu les onze membres de la famille qu’il a placés sous son joug qu’en vertu d’une «transmission», Christine, épouse de Charles-Henri de Védrines, est dépositaire d’un trésor confié par quelque roi à ses ancêtres. Il est si convaincant que ce sont les Védrines eux-mêmes qui en définissent la forme: de l’or. M. Tilly les conforte en expliquant qu’en «langage héraldique», le nom de jeune fille de Christine (Cornette de la Minière) signifie «gardien de la mine».

C’est très fort. Et très effrayant. Le problème, c’est que la dépositaire de cette manne ne se souvient plus – et pour cause – de l’endroit où elle se trouve. Si bien que, selon les Védrines, M. Tilly, excédé, la soumet à une véritable séance de torture, qu’elle raconte au tribunal: «C’était dans une maison, à Oxford. J’ai été contrainte de m’asseoir sur un tabouret, face au mur. J’avais interdiction d’aller aux toilettes et de dormir, car Thierry Tilly prétendait que j’avais été hypnotisée à Bordeaux et que si je dormais, je deviendrais folle. Les autres m’empêchaient à tour de rôle de sombrer dans le sommeil. Il m’a menacée de me priver de mes enfants, ou de m’envoyer dans un bordel pour Noirs. Il m’a frappé plusieurs fois, très violemment, dans le dos, c’était censé me faire retrouver la mémoire. Ghislaine (sa belle-sœur, également partie civile, NDLR) m’a frappée aussi. Cela a duré du 5 au 19 janvier. Là, j’ai été autorisée à prendre une douche; je ne pouvais plus marcher, je me traînais à quatre pattes».

Le témoignage est impressionnant, d’autant qu’il est livré avec calme. Voici donc une famille tout entière, dont le cerveau ne produit plus rien de clair, persuadée qu’il existe, quelque part, un pactole et qui laisse, pour un misérable tas d’or, l’un de ses membres se faire humilier et molester sans réagir, ou presque.

Invité par la présidente Marie-Elisabeth Bancal à répondre, le prévenu s’agite en tous sens et raconte n’importe quoi. À présent, la marionnette, c’est lui.

Source : Le Figaro du 28/09/2012

Haut de page