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Reclus de Monflanquin : Tilly, victime d’une « double aliénation »

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BORDEAUX (AFP) – L’avocat de Thierry Tilly, l’homme accusé d’avoir escroqué pendant une dizaine d’années une famille d’aristocrates, a soutenu vendredi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux que son client, victime d’une « double aliénation », était lui-même manipulé par son coprévenu, Jacques Gonzalez.

Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 13 novembre à 09H00.

Dans ce dossier, « Thierry Tilly est sous le coup d’une double aliénation: celle du cinéma permanent qu’il se fait dans sa tête et celle du génie de (Jacques) Gonzalez », a soutenu l’avocat de Tilly, Me Alexandre Novion, sans toutefois plaider ouvertement la relaxe de son client.

« Celui qui donne les directives, celui qui tire les ficelles, aime l’argent, c’est Jacques Gonzalez », pas Thierry Tilly, a affirmé l’avocat, truffant sa plaidoirie de références littéraires, historiques ou cinématographiques.

Preuves, selon Me Novion, de ce lien de subordination entre les deux hommes: les écoutes téléphoniques dans lesquelles M. Gonzalez semble apparaître comme un donneur d’ordres.

A ses yeux, Tilly n’est pas le manipulateur froid et calculateur qui, en une dizaine d’années, aurait conduit 11 membres d’une même famille d’aristocrates, les de Védrines, à se cloîtrer dans leur château de Monflanquin (Lot-et-Garonne) puis en Angleterre, et à les dépouiller de leurs biens (4,5 millions d’euros au total).

C’est grâce à Ghislaine Marchand que, dès 1999, Thierry Tilly a pu pénétrer le clan de Védrines, a expliqué Me Novion: « Elle a pu être fascinée par lui », avant « d’emmener ses frères dans cette histoire ».

« C’est une affaire de contagion morale (…). La thèse de l’emprise ne tient pas », a lancé le conseil, après avoir longuement insisté au début de sa plaidoirie sur le « principe d’autonomie de la volonté » et le « libre-arbitre ».

Tilly « a terriblement peur du réel (…). A un moment, il y a toujours un type dangereux, un franc-maçon », allusion à la thèse du « complot maçonnique » dont son client avait abreuvé les de Védrines, a analysé l’avocat, jugeant que, « pour comprendre Thierry Tilly », qui a passé son enfance plongé dans les livres, « il faut descendre 20.000 lieues sous les mers du rationnel ».

Il a aussi vertement critiqué les réquisitions prises jeudi, qui réclament 10 ans de prison à l’encontre de son client, jugé depuis deux semaines notamment pour abus de faiblesse, séquestration et violences volontaires.

Un peu plus tôt, Me Frédérique Dantin avait requis la relaxe de Jacques Gonzalez, estimant que son client, poursuivi pour « complicité par instigation » et contre lequel une peine de 5 ans a été requise, n’était « pas le gourou du gourou ».

« Il n’y a pas d’éléments intentionnels chez lui », a-t-elle indiqué à l’AFP. Certes, il savait que l’argent transitait par Tilly, mais il « n’avait pas connaissance de l’état de faiblesse des de Védrines » pas plus que de la supposée manipulation reprochée à Tilly. Il n’est pas non plus démontré qu’il connaissait la provenance « frauduleuse des sommes », a-t-elle encore fait valoir.

Invité à s’exprimer une dernière fois, Thierry Tilly a indiqué, d’une voix neutre: « Mon avocat a parfaitement retranscrit mon émotion intérieure ».

Source : Le Nouvel Observateur du 05/10/12

Procès en appel mercredi à Toulouse du gourou présumé de l’Ariège

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TOULOUSE (AP) — Le procès en appel de Robert Le Dinh, ce gourou présumé poursuivi pour viols, agressions sexuelles y compris sur des mineures et abus de faiblesse, s’ouvre mercredi devant la cour d’assises de Toulouse. Sept anciens adeptes de son groupe, auquel certains ont appartenu durant plus de vingt ans, se sont portés parties civiles dans ce procès.

Robert Le Dinh, qui se fait appeler « Tang », avait été condamné le 18 septembre 2010 à 15 ans de réclusion criminelle, la peine maximum pour des viols, par la cour d’assise de Foix. Incarcéré à l’issue du délibéré, il avait fait appel de sa condamnation.
Durant plus de vingt ans, Robert Le Dinh a dirigé une communauté d’une vingtaine de personnes d’abord dans le Lot-et-Garonne, puis en Ariège, avant de faire l’objet d’une plainte et d’être placé en garde à vue le 5 septembre 2007 et, deux jours plus tard, d’être mis en examen et placé en détention provisoire.

L’affaire avait démarré en avril 2007, lorsque deux de ses anciens disciples adeptes, un couple de fonctionnaires qui avait rejoint le groupe dès sa création en 1984, avait dénoncé ses agissements auprès des gendarmes de Saint-Girons (Ariège).
Né en 1959 à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), ce fils d’ouvrier bouddhiste d’origine vietnamienne et d’une mère française catholique, dit avoir reçu un message divin du Christ en 1982 faisant de lui « le serviteur » ou « le troisième messie ».

C’est après cette « révélation » qu’il a commencé à délivrer un message messianique centré sur Jésus-Christ et formé en 1984 un groupe « pour la paix dans le monde ». Très rapidement, ce groupe s’était monté en diverses associations caritatives, sportives ou humanitaires telles que l’EMP, Enseignement de Me Philippe ou encore l’ADLEIF, Association de défense des libertés d’expression dans l’institution française. Dédiée à l’aide aux détenus, cette structure, qui a depuis été dissoute, avait été citée par le rapport parlementaire sur les sectes en 1995.
Tang et son groupe ont également fait l’objet d’une mention dans le rapport 2010 de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires).

La première communauté formée par Robert Le Dinh avec une vingtaine de personnes a vu le jour en 1984 à Madaillan (Lot-et-Garonne) et s’était par la suite déplacée en 2005 près de Castillon (Ariège).

Dans le cadre de l’instruction et du premier procès de Robert Le Dinh, d’anciens disciples, surtout des femmes, ont décrit « la manipulation », « les méthodes coercitives », les viols et les agressions sexuelles exercées par leur chef spirituel, y compris sur des mineures sous couvert de missions divines et de « loi du retour » en vertu de laquelle les adeptes encourraient une catastrophe en cas de mauvaise action ou de désobéissance.

Au sein de leur groupe, qu’ils qualifient de « secte », ces anciens adeptes en situation « d’hypnose mentale » ont indiqué que leur salaire servaient à assumer tous les frais et charges de Robert Le Dinh et qu’ils lui versaient d’importantes sommes d’argent appelées « semaine », « clichés » ou « dîme du roi ». Aux dires des témoins, Tang décidait aussi de leur orientation professionnelle, formait et défaisait les couples.
Pour l’avocat bordelais Me Daniel Picotin, conseil de Dominique et Isabelle Lorenzato, membres historiques du groupe et à l’origine des poursuites, la dimension sectaire du dossier ne fait aucun doute.

« Tous les critères de la dérive sectaire sont dans le dossier. Cet homme qui se présentait comme ‘le troisième messie’ a coupé des familles de leur environnement, les exploitait financièrement et avait totalement annihilé le consentement de ses adeptes. Il avait le contrôle total pour le moindre élément de leur vie. C’est lui qui mariait et démariait les couples et qui choisissait un ‘métier respectable’ pour les jeunes majeurs qui étaient sous sa coupe », a déclaré Me Picotin à l’Associated Press.

Robert Le Dinh a toujours affirmé que les relations sexuelles rapportées par d’anciennes adeptes étaient consenties et a par ailleurs toujours contesté les agressions sexuelles sur des mineures ainsi que son rôle de chef de secte ou de gourou.

En Ariège, Le Dinh était employé dans l’entreprise Ariège Couserans Plomberie, une société créée par l’une de ses proches sur ses conseils, et percevait une rémunération pour son activité de cuisinier au sein du groupe. Avant sa condamnation à Foix, il avait été condamné à deux ans et demi d’emprisonnement pour extorsion de fonds, abus de confiance et escroquerie par la cour d’appel d’Agen en décembre 1987.
Le procès en appel de Toulouse s’achèvera le 6 avril.

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