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Monflanquin : le «sauve-qui-peut» de la défense

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Pour éviter les dix ans de prison à son client accusé d’avoir spolié  les Védrines, Me Novion a tenté de lui donner un visage plus humain.

C’est une sorte d’exploit: en deux heures de plaidoiries pour Thierry Tilly, Me Alexandre Novion ne prononce ni «compte en banque» ni «millions d’euros». À la place, il cite Barthes, Hugo (deux fois), Chateaubriand, Freud, Paul Valéry, Céline, Cervantès, La Fontaine, Robespierre ou Montesquieu. Pourtant, son client n’est pas accusé d’avoir volé des livres à la Bibliothèque nationale, mais d’avoir dépouillé une famille, les Védrines, ex-châtelains de Monflanquin (Lot-et-Garonne), de tous ses biens. Soit un butin estimé à 4,6 millions d’euros, sans compter les meubles, bijoux et autres objets de valeur.

Le procureur a requis jeudi la peine maximale: dix ans de prison – «une condamnation à ras bord», selon la défense. L’avocat plaide la clémence en se tenant soigneusement à l’écart des faits. Il ne parle que de la personnalité de son client, qu’il appelle avec bienveillance «ce garçon» et dont il laisse entendre qu’il est complètement dérangé. Selon lui, «ce garçon» n’a exercé aucune emprise mentale sur les Védrines, contrairement à ce que soutient Daniel Zagury, aimablement qualifié de «funambule» de l’expertise – délaissant les faits au profit de la personnalité, l’avocat combat davantage le psychiatre que le procureur, ce qui est inhabituel. À l’en croire, Ghislaine de Védrines est, dans le désastre, responsable d’une «coparticipation oh, certainement bien involontaire», puisque c’est elle qui a introduit M. Tilly dans sa famille.

«Il n’y a pas plus de gourou que de cactus au pôle Nord»

Quand il ne cite pas les bons auteurs, Me Novion fait du Novion, avec un sens de la formule très original. Ainsi de son client, dont les lectures de l’enfance auraient envahi le cerveau «comme un cratère se remplit d’un bouillon impétueux de l’âme». Combattant l’idée que M. Tilly a toute sa tête et martelant qu’il n’est pas le seul responsable de la ruine des Védrines, il s’en prend, pour une fois, au procureur: «Vous voulez le juger comme responsable de tout, alors que de puissants courants ont œuvré pour que la nef de la perdition arrive là où elle est arrivée.» Parmi ces méchants courants, Jacques Gonzalez, coprévenu valide au moment des faits mais à présent amputé des deux jambes. Pour Me Novion, «le marionnettiste», c’est lui: «il a le physique de la réalité. Je vois la torche de la concupiscence éclairer son visage». «Il n’y a pas plus de gourou que de cactus au pôle Nord dans ce dossier», poursuit Me Novion comme s’il cherchait à présent une citation de Paul-Émile Victor. Et d’en appeler à la «générosité du tribunal, qui n’est pas l’ennemie de la justice».

Désigné très tardivement, en juillet dernier, par un client difficile à contenir, Me Novion a réussi un réel exploit: parler de Thierry Tilly avec affection, et sans doute justesse en ce qui concerne la part tourmentée de son être, ce qui n’était jamais arrivé depuis l’ouverture du procès. Il lui a rendu la dimension à la fois humaine et pathétique que ses tartarinades avaient gommée. «Je n’ai rien à ajouter», déclare le prévenu à l’issue de la plaidoirie. Et ce silence soudain, après un déluge de mots qui étaient autant de masques, fait, enfin, deviner le pleur intime de l’escroc mis à nu. Jugement le 13 novembre.

Source : Le Figaro du 05/10/12

Thierry Tilly a procédé tel un «psychanalyste dévoyé».

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Dans sa déposition, l’expert psychiatre Daniel Zagury a affirmé mardi que les Védrines sont des gens «normaux», ni fous ni adeptes de l’occultisme.

Et si Thierry Tilly avait réussi à faire – d’une manière très singulière – ce à quoi échouaient les Védrines? Et si ce surdoué de la manipulation était parvenu, pendant une dizaine d’années, à fédérer une famille à la fois dépositaire d’un encombrant passé et angoissée par l’avenir à l’heure des successions patrimoniales, à passer outre les querelles intestines pour constituer un clan soudé? Ceci pourrait expliquer pourquoi il a, selon l’accusation, mis sous sa coupe une aristocrate presque nonagénaire, ses trois enfants et les enfants de ces derniers: pendant une décennie, il leur a offert ce qui leur manquait, l’unité. Mais à quel prix!

Telle est l’hypothèse qui pourrait être formulée après la déposition lumineuse de l’expert psychiatre Daniel Zagury. Il a rencontré les dix membres de la famille – Guillemette, l’aïeule, est décédée en 2010 à 97 ans – constitués partie civile contre M. Tilly et celui qu’il présentait comme son «patron», Jacques Gonzalez. Le Dr Zagury est l’un des rares experts psychiatres qui parlent un français compréhensible et enrichissent leur rapport écrit en répondant aux questions des tribunaux sans relire un passage de leur précieuse prose. Selon lui, les Védrines sont des gens «normaux», ils ne sont ni fous ni adeptes de l’occultisme. M. Tilly n’est pas un mage qui manierait les «forces obscures», parvenant à ses fins à grands renforts d’«abracadabras». Non, la stupéfiante affaire des reclus du château de Monflanquin peut être décryptée par le biais de mécanismes psychiques identifiés.

Pour le Dr Zagury, qui se fonde sur les déclarations de ses dix interlocuteurs, M. Tilly a procédé comme un «psychanalyste dévoyé»: engrangeant d’abord les confidences de Ghislaine de Védrines, puis celles de ses frères, enfants, nièces et neveux, il s’est trouvé en mesure de maîtriser toutes les frustrations et non-dits de cette famille de la noblesse protestante qui trouvait enfin une oreille attentive. Agissant comme dans un «abus de transfert», il a alors monté les uns contre les autres, démiurge incontesté et terrifiant plongeant ses proies dans une régression infantile totale pour mieux les dévaliser. «Les Védrines ne sont pas devenus bêtes d’un coup, note le psychiatre, mais leur intelligence a été mise en jachère.» Et de lister une série de techniques propres aux escrocs et, d’après les récits de ses dupes, utilisées par M. Tilly. «Discours sur mesure et non pas prêt-à-porter» pour chacun des membres de la famille; instauration d’une paranoïa de groupe, les Védrines étant maintenus dans une mentalité d’assiégés, eux seuls contre le monde entier; liens intimes brisés, d’où les divorces procès, et fâcheries à géométrie variable orchestrées par le marionnettiste au gré de ses besoins; destruction du narcissisme de chacun, ce qui pousse Amaury de Védrines à constater que «Thierry Tilly avait atteint notre sentiment d’existence».

Un manipulateur hors du commun

À en croire l’expert, le prévenu dispose de capacités de manipulation hors du commun, ce qui en fait le champion du monde toutes catégories de l’«escroquerie relationnelle». De sorte que, lorsque ses victimes ont enfin ouvert les yeux, leur prise de conscience a été «très violente psychiquement». À cet instant, le mortier confectionné par M. Tilly est tombé en poussière, et la famille, ruinée, harassée, humiliée, est apparue encore plus désunie qu’avant l’invasion de Monflanquin par le démon pervers. «Je sais qu’il y a maintenant une coupure entre Ghislaine, ses enfants, et les autres, confirme le Dr Zagury. Elle a conscience d’être considérée comme le cheval de Troie».

Invité à donner son opinion, M. Tilly se retranche dans le mépris: «Les élucubrations de certains experts n’engagent que leur propre bêtise.» Puis il livre une anecdote: «Lorsque le Dr Coutanceau (le psychiatre qui l’a expertisé avec le Dr Bornstein, NDLR) est venu me voir en prison, il avait une moustache qu’il a posée sur la table. Il l’a remise en partant.» Le prévenu – pleinement responsable de ses actes selon les experts – joue peut-être les zinzins pour tenter de manipuler le tribunal. À voir la présidente et ses deux assesseures, il est cependant peu probable que ses juges lui confient leurs économies.

Source : Le Figaro du 03/10/12

Monflanquin: l’escroc aidé par un infirme

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Créateur d’une fondation fantôme, Jacques Gonzalez, 64 ans, a aidé le gourou Tilly à dépouiller la famille Védrines.

Deux événements considérables marquent l’année 1999. D’une part, un médecin radié et un ancien importateur d’automobiles créent une fondation humanitaire, Blue Light (lumière bleue). D’autre part, Thierry Tilly, qui vient de rencontrer l’importateur, s’introduit dans la famille Védrines, au château de Monflanquin. Dix ans plus tard, M. Tilly est arrêté en Suisse, Blue Light n’a pas construit le moindre dispensaire en Afrique, les Védrines n’ont plus un sou.

L’ex-importateur, président de la fondation, se nomme Jacques Gonzalez. Il est âgé de 64 ans, se déplace en fauteuil roulant, affiche le teint grisâtre des malades et des détenus. Interpellé en 2010, il est actuellement sous contrôle judiciaire en raison de son état de santé. Cet homme à la biographie évanescente explique pourquoi le nom de Blue Light a été retenu: «C’est sympathique et joli.» Puis, il présente sa conception de l’humanitaire: gagner beaucoup d’argent, le placer et, avec les intérêts, construire des dispensaires. Une sorte de mécénat, donc. Pour obtenir les indispensables crédits bancaires, il dispose de bons du Trésor américain dont la valeur approcherait les 500 millions de dollars. Il s’agit en réalité de vieux papiers qui, à la rigueur, pourraient amuser des collectionneurs. Pas rassurer les banques. De sorte que la somme de 1,5 million reçue et dépensée par M. Gonzalez provient, selon l’accusation, d’une seule source: les Védrines, dépouillés par M. Tilly en connivence avec «le président de la fondation». Lequel se consacre à plein-temps au lancement de Blue Light. S’il ne construit pas de dispensaire, il se vêt avec recherche, dépensant 84.000 € chez un tailleur italien réputé. Il roule dans une BMW à 93.700 €. Quand il veut savoir l’heure, il consulte sa Rolex ou sa Patek Philip (il possède huit montres de luxe).

Le président préside avec faste sa coquille vide. M. Tilly lui relate les faits et gestes des Védrines, qu’il coupe du monde réel. Il fait venir Ghislaine à Londres où, affirme-t-elle, son «patron» la terrorise, lui révélant que sa sœur (emportée par un cancer) a été assassinée par son beau-frère, tandis que son mari à elle a mis un contrat sur sa tête. Une conception très singulière de la charité.

Tondus comme des moutons

En 2009, les Védrines ont été tondus comme des moutons, mais Blue Light a encore besoin de courant. Au téléphone, M. Gonzalez hurle à son «excellent collaborateur»: «J’en ai plein le c… de ces gens-là, il faut que l’argent rentre, moi, je vais lâcher les chiens!» La présidente Marie-Elisabeth Bancal, qui gère cette audience avec maestria, le gronde: «Dites donc, vous vivez grâce à eux depuis neuf ans! Ce sont les uniques donateurs de votre fondation.»

L’infirme au teint blême, d’une voix sourde: «C’est ma façon de parler quand je suis en pétard.» Il prétend qu’il ignorait que les Védrines se faisaient spolier, jure que M. Tilly lui a menti: «On ne commence pas une fondation humanitaire sur des bases pareilles», ajoute-t-il.

Pathétiques protestations. Il y a longtemps déjà que la présidente a éteint la lumière bleue et que la pseudo-fondation apparaît pour ce qu’elle est: un aspirateur silencieux qui ne ramassait que de l’argent au château de Monflanquin.

Source : Le Figaro du 02/10/12

Reclus de Monflanquin : le gourou perd de sa superbe

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Le gourou Thierry Tilly comparaît depuis lundi pour avoir manipulé et dépouillé une famille aristocratique du Sud-Ouest, les Védrines. Au fil du procès, son emprise sur le clan semble totale, mais il peine à se justifier.

Dans le box du tribunal de Bordeaux, Thierry Tilly apparaît de plus en plus agité. Il comparaît depuis lundi, et pour encore une semaine, accusé d’avoir manipulé une famille aristocratique du Sud-Ouest, les Védrines, et de les avoir dépouillés de leurs biens entre 2000 et 2009. Le montant du forfait est estimé à environ 5 millions d’euros. Le procès progresse de manière chronologique. Au fur et à mesure qu’il approche de la chute du prévenu, arrêté en 2010, celui-ci perd de sa superbe: son propos se fait de plus en plus délirant, sa gestuelle devient saccadée et, par moments, il bégaye.

S’il a commis les faits qui lui sont reprochés, M. Tilly est l’un des plus exceptionnels escrocs qui soit. Il pourrait même prétendre à la dignité de gourou honoraire, tant son emprise sur ses proies fut totale. Au début de l’année 2008, il a déjà siphonné la majeure partie de la fortune familiale, le trait de génie consistant à laisser les dupes orchestrer leur propre faillite. Lui, il tirait les fils à distance. Les Védrines ne possèdent plus, pour l’essentiel, que leur château de Monflanquin, dans le Lot-et-Garonne. Selon eux, M. Tilly les fait venir en Angleterre, où il réside, les trimballant de Londres à Oxford dans des conditions indignes. C’est là que se joue, en janvier 2008, un épisode dramatique, le plus grave de ce dossier.

Onze personnes sous le joug du gourou

Thierry Tilly a convaincu les onze membres de la famille qu’il a placés sous son joug qu’en vertu d’une «transmission», Christine, épouse de Charles-Henri de Védrines, est dépositaire d’un trésor confié par quelque roi à ses ancêtres. Il est si convaincant que ce sont les Védrines eux-mêmes qui en définissent la forme: de l’or. M. Tilly les conforte en expliquant qu’en «langage héraldique», le nom de jeune fille de Christine (Cornette de la Minière) signifie «gardien de la mine».

C’est très fort. Et très effrayant. Le problème, c’est que la dépositaire de cette manne ne se souvient plus – et pour cause – de l’endroit où elle se trouve. Si bien que, selon les Védrines, M. Tilly, excédé, la soumet à une véritable séance de torture, qu’elle raconte au tribunal: «C’était dans une maison, à Oxford. J’ai été contrainte de m’asseoir sur un tabouret, face au mur. J’avais interdiction d’aller aux toilettes et de dormir, car Thierry Tilly prétendait que j’avais été hypnotisée à Bordeaux et que si je dormais, je deviendrais folle. Les autres m’empêchaient à tour de rôle de sombrer dans le sommeil. Il m’a menacée de me priver de mes enfants, ou de m’envoyer dans un bordel pour Noirs. Il m’a frappé plusieurs fois, très violemment, dans le dos, c’était censé me faire retrouver la mémoire. Ghislaine (sa belle-sœur, également partie civile, NDLR) m’a frappée aussi. Cela a duré du 5 au 19 janvier. Là, j’ai été autorisée à prendre une douche; je ne pouvais plus marcher, je me traînais à quatre pattes».

Le témoignage est impressionnant, d’autant qu’il est livré avec calme. Voici donc une famille tout entière, dont le cerveau ne produit plus rien de clair, persuadée qu’il existe, quelque part, un pactole et qui laisse, pour un misérable tas d’or, l’un de ses membres se faire humilier et molester sans réagir, ou presque.

Invité par la présidente Marie-Elisabeth Bancal à répondre, le prévenu s’agite en tous sens et raconte n’importe quoi. À présent, la marionnette, c’est lui.

Source : Le Figaro du 28/09/2012

Le Figaro : Monflanquin : comment le loup est entré dans la bergerie

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C’est l’avocat Vincent David qui a présenté Thierry Tilly à la famille qu’il est aujourd’hui accusé d’avoir dépouillée. Il a témoigné mercredi devant le tribunal de Bordeaux.

Voici donc celui qui a présenté Thierry Tilly à la famille de Védrines: Vincent David, 68 ans, est avocat. Il se présente devant le tribunal de Bordeaux vêtu d’un costume gris rayé. Chauve et souriant, intonations de titi parisien, il fait un peu penser au comédien André Pousse.

Me David est tout de même dans ses petits souliers. Car il apparaît – pour peu que M. Tilly soit déclaré coupable d’avoir spolié les Védrines – comme l’homme qui a fait entrer le loup dans la bergerie. C’était à la fin des années 1990. L’école de secrétariat parisienne dans laquelle sa fille était scolarisée, rue de Lille, était en perdition. Avec Ghislaine de Védrines et d’autres parents d’élèves, il imagine un plan de reprise. Une fois celui-ci accepté, il faut quelqu’un pour rénover les locaux et le parc informatique: ce sera Thierry Tilly, qui pénètre ainsi dans le Graal par l’escalier de service.

Il a été présenté à Vincent David en 1992, par un ami d’enfance. L’avocat se charge depuis de ses «nombreuses sociétés bancales» et finit par tisser des liens amicaux avec ce client qui n’a pas un sou pour le payer. Au fur et à mesure de sa déposition, il semble qu’il ait été, lui aussi, embobiné par M. Tilly. «Avec le recul, soupire-t-il, je me dis que son seul objectif était de viser une famille riche et de vivre de son capital. Il est brillant, mais utilise ses facultés intellectuelles de façon abjecte: c’est de l’abus de confiance. Au départ, il fait preuve de doigté, puis il place les gens dans une sorte de sujétion.»

Me Vincent est bien placé pour savoir que cet étrange client ne vit pas de ses sociétés, puisqu’elles sont toutes au bord de la liquidation judiciaire. Mais l’entrepreneur médiocre lui explique qu’il a des bureaux près des Invalides et un «patron» qu’il va bientôt rencontrer. Las, le rendez-vous est, chaque fois, annulé. Me David ne sait toujours pas quel était le métier de Thierry Tilly. D’une crédulité étonnante, ce professionnel du droit se laisse par ailleurs embringuer dans un projet immobilier en Maurienne – il ne verra jamais l’appartement à la montagne que lui faisait miroiter Thierry Tilly en échange des honoraires non payés. En 2001-2002, il assiste au déménagement précipité de la compagne de Philippe de Védrines, laquelle quitte nuitamment la région rouennaise pour se réfugier à Monflanquin, dans le Lot-et-Garonne, car, dit-elle, Thierry Tilly lui a révélé qu’elle était menacée – comme tous les Védrines – par un complot des francs-maçons. Me David réalise un audit financier du cabinet médical de Charles-Henri de Védrines, alors gynécologue bordelais en vue. Bref, il gravite autour de la famille aristocratique que, selon l’accusation, Thierry Tilly est en train de dépouiller méthodiquement, mais sans jamais, jure-t-il, intervenir dans la gestion de leur patrimoine. Le prévenu, évidemment, prétend le contraire, affirmant que c’est le témoin qui avait également conseillé aux Védrines de ne plus payer leurs impôts, ce qui leur vaudra une saisie. Vincent David s’étrangle avec des accents d’honnête homme: «Quoi, moi, un avocat, conseiller à des gens de ne pas payer leurs impôts?»

L’épouse de Vincent David est issue d’une famille dotée d’un important patrimoine immobilier: M. Tilly s’y intéresse de manière tellement pressante que c’est elle qui le congédiera de manière définitive. Me David n’entendra plus parler de lui – une fois cependant qu’il aura réglé une ardoise de quelque 30.000€ de loyers impayés, car il s’était porté caution de l’«ami» d’autant plus ingrat qu’il l’avait hébergé chez lui pendant plusieurs semaines quand il n’avait pas de logement.

Comment Thierry Tilly se porte-t-il, au troisième jour de son procès? Il est en pleine forme. Ce mercredi, il dévoile au tribunal quelques aspects méconnus de sa généalogie. Sa mère – qui aurait été sélectionnée pour les Jeux olympiques en patinage artistique si elle ne lui avait pas donné le jour à 15 ans – descend des Habsbourg en ligne directe. Sa grand-mère, cousine de Vaclav Havel, fut mannequin. Son grand-père, issu de la plus prestigieuse noblesse bretonne, résistant intrépide, sauva – entre autres – des nazis les parents d’Anicet Le Pors et de Louis Le Pensec. Liliane Bettencourt avait d’ailleurs glissé à M. Tilly que s’il avait besoin de quoi que ce soit, il n’avait qu’à l’appeler. Voilà qui doit mettre du baume au cœur de la partie civile: il n’est pas donné à tout le monde d’être dépouillé par le prétendant au trône de l’empire austro-hongrois. La présidente Marie-Elisabeth Bancal, elle, rappelle sa majesté à l’ordre: «Ne saoulez pas le tribunal, M. Tilly.»

Source : Le Figaro du 26/09/2012

Le Figaro : Monflanquin : un mécanisme machiavélique se dessine

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L’escroc présumé, accusé d’avoir asservi et dépouillé les Védrines, de la grand-mère aux petits-enfants, a petit à petit phagocyté la cellule familiale, selon l’accusation.

Si Thierry Tilly a bien, comme il en est accusé, spolié la famille de Védrines entre 2000 et 2009, il a procédé en inventant la fusion-usurpation. Au deuxième jour de son procès devant le tribunal de Bordeaux, un mécanisme machiavélique se dessine. L’escroc présumé se prévaut d’une proximité ancienne avec les victimes: sa mère, prétend-il, offrait jadis des tartes au citron à Guillemette de Védrines, doyenne de la lignée au début du XXIe siècle. Ce gène pâtissier fait de lui, à l’entendre, non pas un Védrines à part entière, mais une sorte de cousin de première classe des aristocrates protestants.

De sorte qu’en 2000, lorsqu’il commence, selon l’accusation, à traire sa vache à lait, c’est presque de l’intérieur qu’il envahit la cellule familiale. Thierry Tilly ne serait pas un aigrefin banal, qui soutire un pactole et s’enfuit, mais un marathonien de la manipulation, sévissant dans la durée. Le voici tour à tour conseiller matrimonial – sa spécialité: éloigner les conjoints rétifs à son emprise -, conseiller politique de Charles-Henri, candidat à des élections locales, conseiller pédagogique des enfants en difficulté scolaire, conseiller fiscal du clan… Pour mettre la main sur leurs biens, il y mélange d’abord les siens – nettement moins conséquents -, après avoir restructuré la fortune ancienne de ses dupes: création de SCI, ouverture de comptes à l’étranger, l’affaire est rondement menée. Une fois la fusion accomplie, il ne lui reste plus qu’à usurper l’ensemble, sur fond de pseudo-opération immobilière.

Un discours dont la crédibilité est proche de zéro

Dès 2001, le plan donne de si fructueux résultats que M. Tilly s’installe en Angleterre. Les Védrines obéissants sont, à l’exception de deux d’entre eux qui vont bientôt les rejoindre, cloîtrés sur leurs terres avec interdiction d’en sortir; les esprits forts sont exclus du groupe, éconduits s’ils osent se présenter à la grille du château de Monflanquin. Ainsi de Jean Marchand, mari de Ghislaine de Védrines et obstacle têtu aux visées du marionnettiste d’Oxford: il se voit diabolisé, dépeint en débauché, en franc-maçon affairiste, en «journaliste en fin de course, grillé partout», et congédié par son épouse lors d’une mise en scène ésotérique, grotesque avec le recul, mais efficace sur l’instant, dont le scénario a été dicté par Thierry Tilly.

Depuis son box, l’homme qui se dit «franc et naturel», répond à toutes les questions de l’excellente présidente Marie-Élisabeth Bancal. Se rend-il compte qu’il se saborde en tentant de salir vainement les parties civiles et, surtout, en s’enfermant dans un discours dont la crédibilité est, pour être charitable, proche de zéro? Son avocat semble s’en rendre compte qui, au deuxième jour, paraît si accablé qu’il ne prend plus la peine de se coiffer.

À un moment, placé une fois de plus devant ses contradictions, Thierry Tilly pleurniche: «Je me suis retrouvé, comme on dit en anglais, in the middle of nowhere». C’est faux, car du temps de sa splendeur, il régnait en réalité sur Monflanquin: cette revanche sociale pouvait-elle le mener ailleurs qu’ici?

Source : Le Figaro du 25/09/12

L’escroc qui asservissait des nobles jugé à l’automne

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L’instruction de cette affaire d’emprise mentale hors norme s’est achevée le 16 avril.

Le procès qui s’ouvre cet automne à Bordeaux, à partir du 24 septembre durant deux à trois semaines, va mettre au jour une affaire d’emprise mentale des plus stupéfiantes. Soupçonné d’avoir placé sous sa coupe toute une famille d’aristocrates du Lot-et-Garonne, Thierry Tilly, 48 ans, y comparaîtra pour «escroquerie, séquestration, acte de torture, extorsion de fonds et abus d’état de faiblesse». De la grand-mère jusqu’aux petits-enfants en passant par les parents, il aurait asservi tout un groupe durant une dizaine d’années, en le ruinant au passage. Château, appartements, placements, tout a disparu. Soit un préjudice estimé à près de 5 millions d’euros.

Au terme de neuf années d’instruction achevée, selon nos informations, depuis le 16 avril dernier, l’affaire ne cesse d’intriguer, tout comme la personnalité des prévenus et des victimes. Comment une famille éclairée a-t-elle pu être manipulée par Thierry Tilly, qui avec un visage avenant à la Bill Gates, intelligent et hypermnésique, s’est forgé un caractère insolent bâti sur une biographie inventée.

Quand il se présente en 1997 à Ghislaine de Védrines, qui dirige une école de secrétariat à Paris, il est responsable d’une société de nettoyage industriel. Très vite, il se dit agent secret d’une organisation mondiale. Puis à toute cette famille, il indique que, lui, le général de cette armée secrète, a été mandaté pour protéger les grandes familles méritantes, comme eux, les Védrines. Ces derniers représentent en effet une grande lignée aristocratique protestante. Des nobles fiers de leurs ancêtres mais qui vivent aussi avec leur temps. Ils ont certes gardé le château de Monflanquin, mais tous semblent avoir les pieds sur terre. À l’époque, Ghislaine travaille donc, son frère, Philippe, est cadre d’une compagnie pétrolière et son autre frère, Charles-Henri, est gynécologue à Bordeaux. Ce dernier s’était même lancé en politique en 1995, figurant sur la liste d’Alain Juppé lors des municipales. Il y a plus fantaisiste.

Dénuement et châtiments

Pourtant ces trois-là s’embarquent sans retenue dans les délires de Tilly, entraînant avec eux leur vieille mère de plus de 80 ans, depuis décédée, leurs enfants, leurs conjoints respectifs, excepté l’un deux: Jean Marchand. L’époux de Ghislaine de Védrines a assisté impuissant au naufrage de onze membres de sa famille, parmi lesquels se trouvaient aussi ses deux enfants.

Aux ordres de Thierry Tilly, tous ont fini dès 2001 par vivre claquemurés dans le château. Au programme: dénuement et châtiments. Puis, Thierry Tilly part en Angleterre. Fait incroyable: le gourou présumé n’est plus là mais tous restent à sa merci. «Tilly a fait de l’emprise mentale à distance», raconte Jean Marchand. D’ailleurs, comme un seul homme, une partie du groupe traversera la Manche en 2008 pour rejoindre son protecteur à Oxford. De nouveau, tous sont sous-alimentés et les uns châtient les autres. L’une d’elles, Christine de Védrines, est particulièrement maltraitée. Elle restera ainsi plusieurs jours éveillée, debout sur un tabouret. Seule contre tous. Les autres se relaieront pour lui broyer les lobes d’oreille et l’empêcher de dormir, comme elle le racontera plus tard au juge. Ce groupe a finalement quitté le monde de la folie fin 2009 après avoir été «exfiltré». Une opération commando menée à Oxford avec l’aide d’un criminologue et d’une psychanalyste. Au terme d’une approche délicate, ces derniers sont parvenus à convaincre les reclus d’Oxford de partir. Un seul les a suivis sur-le-champ, les autres ont regagné la France plus tard.

Après l’arrestation de Thierry Tilly, qui nie tout en bloc, l’enquête a fait apparaître trois autres noms dont celui de Jacques Gonzales, adepte de croyances ésotériques comme le Channeling (en contact avec l’au-delà, NDLR). À 65 ans, il serait présenté comme le gourou du gourou. À la tête d’une fondation humanitaire au Québec, il aurait récupéré une partie de l’argent des Védrines. «Mais il pensait qu’il s’agissait de dons», indique son avocate, Me Sylvie Reulet, en précisant que son client, à la différence de Thierry Tilly, n’a jamais eu de démêlés avec la justice. «On ne devient pas escroc à 60 ans!», dit-elle. «Mais qui est le gourou de qui? C’est bien la question», estime pour sa part Me Édouard Martial, l’avocat de Jean Marchand. Aujourd’hui, les Védrines sont ruinés. «La loi devrait mieux protéger les victimes de manipulation mentale», souligne Me Picotin, l’avocat de plusieurs victimes, qui, dès octobre prochain, soumettra au groupe secte de l’Assemblée nationale diverses propositions de loi. Quant à Jean Marchand, il a renoué avec ses enfants et sa femme, mais, confie-t-il, «plus rien ne peut être comme avant».

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