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Vers un nouveau délit d’emprise mentale ?

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Me Daniel Picotin présente un «Manifeste pour une législation efficace de protection des victimes d’emprise mentale». / Photo Pierre Sauvey

Me Daniel Picotin, avocat des parties civiles, vient de remettre une proposition de loi aux parlementaires.

Le retentissant procès de l’affaire des reclus de Monflanquin a mis en évidence le drame des victimes d’emprise mentale.

«Le procès des reclus de Monflanquin a un vrai impact au niveau national. Il a permis de faire comprendre quels sont les ressorts de l’emprise mentale et ses dramatiques conséquences.

C’est donc l’occasion de défendre l’idée d’une nouvelle législation efficace de protection des victimes de sujétion psychologique, pour que les familles puissent enfin agir pour ces personnes qui subissent un véritable hold-up de leur cerveau» affirme Me Daniel Picotin à l’issue des deux semaines d’audience.

L’avocat de Charles-Henry de Védrines et de ses proches, président d’Infosectes Aquitaine et ancien député a donc décidé de profiter de cette exposition médiatique pour présenter vendredi son manifeste pour une nouvelle législation à la ministre bordelaise Michèle Delaunay, avec une demande de transmission à la Garde des Sceaux Christiane Taubira. Ce texte est également déposé ces jours-ci dans les casiers de tous les députés et sénateurs.

Pour Me Picotin, l’affaire de Monflanquin est l’illustration évidente de l’inadaptation des lois actuelles. «Actuellement il faut que la victime d’une manipulation mentale porte plainte elle-même. Elle ne peut donc le faire qu’une fois qu’elle s’est libérée de l’emprise, souvent trop tard. On assiste ainsi impuissant à des personnes placées sous sujétion psychologique qui vont se dépouiller de tout leur patrimoine jusqu’au dernier centime» explique Me Picotin.

Au cours du procès des reclus de Monflanquin, le procureur Pierre Bellet a d’ailleurs reconnu dans son réquisitoire que le parquet, bien qu’alerté, avait été démuni. «Si une telle loi avait existé, tout aurait pu être enrayé dès 2002 et nous n’aurions alors perdu qu’environ 1 million d’euros.

Avec les textes actuels, Thierry Tilly a pu nous voler 10 ans de notre vie et nous faire perdre 5 millions d’euros» estime aussi Charles-Henry de Védrines. Plus spectaculaire que d’autres, l’affaire des reclus de Monflanquin est cependant loin d’être unique.

«En un an, j’aurais eu à plaider dans cinq procès de ce type, dont l’affaire de Robert Le Dinh, alias Tang» constate Daniel Picotin. Il propose donc, avec le soutien du Centre Contre les Manipulations Mentales, «d’ajouter une possibilité aux dispositions du code civil, pour l’ouverture d’un régime de protection lorsque les facultés mentales sont altérées par une mise sous sujétion psychologique ou sous emprise mentale».

Pierre Sauvey


Faire de l’emprise mentale un délit autonome

Il préconise que les médecins appelés à faire l’expertise «aient une connaissance spécifique de ce syndrome particulier». Il souhaite également que «la mise sous emprise mentale préjudiciable soit considérée comme un délit autonome», afin de «pouvoir prendre en compte, dans l’indemnisation des victimes, les conséquences du retentissement psychologique de l’emprise elle-même». Si cette proposition de loi devient réalité, alors l’affaire des reclus de Monflanquin aura marqué un tournant dans la législation française.

Source : La Dépêche du 08/10/12

Reclus de Monflanquin : «Pas une secte, pas un gourou, mais des escrocs»

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Les membres de la famille De Védrines sont sortis épuisés hier de la salle d’audience où, pendant deux semaines, les dix années les plus traumatisantes de leur vie sous la coupe de Thierry Tilly ont été passées au révélateur de la justice. Epuisés, mais en grande partie rétablis dans leur dignité, à l’image de Charles-Henry. «La résilience ne sera complète que lorsque mes enfants seront sortis d’affaire, notamment sur le plan psychologique, et que nous aurons retrouvé ce que nous avons perdu».

Pour le procureur Pierre Bellet, la cause est entendue. «Je vois en Tilly la méthode du serpent : la méthode tillyenne est une méthode reptilienne», a-t-il résumé d’une formule, reprenant à son compte les analyses des experts. Pour lui, Tilly est un «mythomane stratégique» dont «tous les mensonges sont réfléchis et parfaitement calculés». Coupable des faits «d’abus de faiblesse par sujétion psychologique ayant entraîné des actes gravement préjudiciables», il l’est aussi de ceux de séquestration accompagnée de violences volontaires avec préméditation sur la personne de Christine de Védrines. Jacques Gonzalez «apparaît comme le faire-valoir de Tilly». Mais «ce n’est pas le procès d’une secte ou d’un gourou : ce sont des escrocs au sens général du terme. C’est en revanche un procès exceptionnel par la rareté d’une telle entreprise de vampirisation».

«Menteur»

Pour l’Agenais Me Martial, avocat des Marchand-De Védrines, Tilly est un «menteur, mystificateur, mythomane, un parasite atteint d’une gloutonnerie inassouvie pour l’argent, un personnage pervers qui se promène entre les membres de la famille». Il lui lance un «Adieu l’artiste, que le rideau tombe !».

Il revient à Me Alexandre Novion de prendre sa défense. Il demande au tribunal de «faire preuve d’audace pour ne pas laisser la psychologie dominer la justice», autrement dit de ne pas trop utiliser les rapports accablants des experts. Puis il présente une autre lecture du dossier et de son client. «Thierry Tilly a d’abord été un enfant avalé par la lecture des romans historiques, de chevalerie, un monde fait d’étendards, de templiers et de quête du Graal. Quand il est devant les De Védrines, il va magnifier cette famille noble et s’adresser à eux comme Stéphane Bern à la reine d’Angleterre. Pour comprendre Tilly, il faut descendre à 20 000 lieues sous les mers du rationnel», tente-t-il de convaincre le tribunal. Me Novion ne bataillera même pas sur les faits, mais déploiera l’essentiel de ses efforts à tenter de minimiser les 10 ans d’emprisonnement réclamés par le procureur Bellet.

Source : La Dépêche du 06/10/12

Reclus de Monflanquin. 10 ans requis contre le présumé gourou

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Le procès de Gonzalez et Tilly touche à sa fin. Leurs avocats doivent s’exprimer aujourd’hui au tribunal à Bordeaux. Mercredi, les experts ont décortiqué la technique qu’ils sont supposés avoir employée.

Comment Thierry Tilly a-t-il réussi pendant près de dix ans à prendre le pouvoir sur onze personnes de trois générations, tous membres d’une famille d’aristocrates protestants, de bon niveau intellectuel, très bien insérées dans la vie sociale ? Les huit premiers jours du procès devant le tribunal correctionnel de Bordeaux ont permis de lever un coin du voile. Tout paraît résider dans «l’habileté stupéfiante de Thierry Tilly dans l’appréhension des mécanismes psychiques», selon le docteur Daniel Zagury. «Avant de rencontrer les De Védrines, je pensais que c’était une famille de dégénérés. Pas du tout ! Ce sont des gens tout à fait normaux» confie-t-il au tribunal, allant jusqu’à lâcher un «Bravo l’artiste !»

Le «cheval de Troie»

Pour cet expert psychiatre renommé, le mot-clé de cette affaire est «l’abus de transfert». Thierry Tilly l’aurait utilisé comme levier pour «surexploiter cette famille». C’est comme s’il faisait «réémerger les premiers temps de la vie, quand tout dépend de l’amour des parents». Il «s’introduit dans la famille et très vite y prend toute la place» résume le Dr Zagury. Ainsi, «ils doivent pour exister être soumis à ce personnage, dans une régression infantile où vont disparaître intelligence, rationalité, esprit critique et autonomie de pensée». Dès lors, «tout est possible : la femme peut récuser le mari, la fille peut accuser la mère d’abus sexuel, le père peut intenter des procès à ses enfants…».

Pour parvenir à ses fins, Tilly utilise Ghislaine de Védrines comme «cheval de Troie». Après s’être assuré de sa confiance en l’aidant à remonter son École des secrétaires, il se fait introduire par elle dans la famille. D’abord, il fait du «surmesure» en repérant «chacun dans ses failles, dans ses fragilités». Puis il crée une «paranoïa individuelle», en même temps qu’une «paranoïa de groupe» : «Il y a nécessité de rester ensemble pour se défendre face à l’extérieur, et si on sort du rang, c’est que l’on est un traître !». Il supprime tous les liens directs : toute communication doit passer par lui. Il est omniprésent. Pour le Dr Zagury, c’est «le monde selon Thierry Tilly : seules ses explications sont vraies». Il utilise aussi la «technique de l’astrologue», celle «du chaud et du froid, de l’hostilité puis de la gratification…» Pour le psychiatre, c’est un dévoiement du transfert psychanalytique en escroquerie relationnelle».


Dix ans requis

Le procureur de la République Pierre Bellet a hier, requis 10 ans d’emprisonnement, la privation des droits civiques et civils, et l’interdiction de gérer une entreprise à l’encontre de Thierry Tilly. «Une peine de réclusion à laquelle la famille De Védrines a été condamnée par lui» a souligné le magistrat dans son réquisitoire. Contre Jacques Gonzalez, 5 ans dont un avec sursis, privation des droits civiques et civils pour 4 ans, et «l’obligation d’indemniser les victimes.» L’enquête a établi qu’il avait perçu 1,5 des 4.6 millions d’€ détournés pendant près de 10 ans.

Source : La Dépêche du 05/10/12

Reclus de Monflanquin : «Il a fait de nous des sous-hommes»

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«Il nous a transformés en sous-hommes» : une des victimes de l’affaire des «reclus de Monflanquin», a raconté au tribunal de Bordeaux son calvaire, une séquestration pendant des jours, pour lui faire avouer le lieu d’un trésor imaginaire.

On est en janvier 2008, cela fait huit ans que Thierry Tilly est dans la vie des de Védrines, qui alternent les résidences entre le Lot-et-Garonne et l’Angleterre, où M. Tilly vit en famille à Oxford.

Christine de Védrines se rebelle un peu, car elle ne voit pas arriver les belles études pour sa fille Diane promises par le prévenu. À cette époque de surcroît, le seul bien de la famille qu’il n’ait pas encore réussi à lui faire vendre est le château de Monflanquin, propriété de Charles-Henri, mari de Christine.

Ces deux faits apparaissent aujourd’hui à celle-ci comme les raisons possibles de ce qu’elle a enduré à Oxford pendant deux semaines (pour raisons pratiques qu’elle accepte, la justice n’en a retenu qu’une), qui vaut à Thierry Tilly d’encourir dix ans de prison. Cela fait alors des mois qu’il lui rebat les oreilles avec une certaine «transmission» dont elle serait dépositaire, un trésor mystérieux, à la recherche duquel elle a déjà fait un voyage à Bruxelles pour interroger les banques belges, sans succès.

Alors qu’ils vivent à Oxford, elle est invitée à se rendre chez M. Tilly, et se retrouve au sous-sol dans une pièce sombre avec lui et toute la famille, dont son mari et ses enfants. On l’assied face au mur sur une chaise avec interdiction de s’appuyer sur le dossier, avec devant elle une table et du papier, et on lui demande de réfléchir.

Terreur et humiliations

«Ont commencé des jours difficiles pour moi», raconte sobrement Christine de Védrines. Selon elle, du 5 au 19 janvier, M. Tilly lui donne de grandes bourrades dans le dos, la menace de lui tirer un coup de pistolet près de l’oreille. Elle refuse rapidement le thé et les petits gâteaux accordés par Thierry Tilly aux autres «parce qu’il avait refusé que j’aille aux toilettes». A un moment, elle devra même se soulager devant tout le monde. Il ordonne aussi qu’on l’empêche de dormir.

Quand enfin on la libère, «je me traîne à quatre pattes, je m’évanouis, un de mes fils et mon mari m’aident à prendre une douche, j’ai des œdèmes partout». Elle a dû ensuite être opérée des hanches. «Thierry Tilly nous avait réduit à un état de sous-hommes, affirme-t-elle, nous étions dans un autre monde, très fatigués physiquement et psychologiquement».

Thierry Tilly assure qu’il «ne l’a pas secouée de quelque manière que ce soit : je ne supporte pas la violence». Il ne nie pas qu’elle ait été maltraitée sous son toit, mais brandit sa défense habituelle, celle d’un homme témoin, malgré lui, d’une famille pathologique : «Je ne suis pas responsable de leurs mœurs, c’est violent entre eux». Suite du procès lundi.

Source : La Dépêche du 30/09/12

Le Dinh jugé en appel à Toulouse

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On prend les mêmes et on recommence. Du 21 au 30 septembre prochain, Robert Le Dinh sera jugé en appel par la cour d’assises de Haute-Garonne. Le 18 septembre 2010, les jurés de la cour d’assises de l’Ariège à Foix l’ont condamné à 15 ans de réclusion criminelle. Une condamnation qui était allée au-delà des réquisitions de l’avocat général, qui préconisait une peine d’emprisonnement de 10 à 12 ans pour une série de viols assortis d’abus de faiblesse.

Pendant une semaine, là aussi, Robert Le Dinh, décrit sobrement comme chef d’un groupe spirituel, avait dû faire face à ses victimes supposées, dont Isabelle, demeurant toujours dans l’Agenais, qui avait choisi en 2007 de révéler les exactions supposées de Le Dinh interpellé à son domicile par les gendarmes et placé en détention provisoire. Cette thèse de la secte, les avocats de Le Dinh avaient tenté de la démonter lors de leurs plaidoiries, décrivant des victimes « consentantes ».

Lors du premier procès, l’avocat du couple n’était autre que Daniel Picotin, l’un des spécialistes français des dérives sectaires, avocat de l’Association nationale de défense de la famille et de l’individu (ADFI) et président d’Infosectes Aquitaine. D’autres victimes se sont porté partie civile. L’avocat agenais Me Laurent Bruneau sera aussi du procès en appel, comme il l’avait été en septembre dernier dans l’Ariège.

 

Source : La Dépêche du 06/09/11

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