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Audition au sénat de Madame GUIBERT présidente du CCMM

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Audition au Sénat :

Annie GUIBERT

Présidente du Centre Contre les Manipulations Mentales (CCMM – Centre Roger Ikor)

Jean-Claude DUBOIS

Président du CCMM- Centre Val de Loire

Laure TELO

Présidente du CCMM – Ile de France

Paris, le 13 novembre 2012.


Monsieur le Président, Monsieur le Rapporteur, Mesdames les Sénatrices, Messieurs les Sénateurs,

C’est un honneur et un plaisir pour moi de m’exprimer aujourd’hui devant la Haute Assemblée en qualité de Présidente du Centre Contre les Manipulations Mentales : Centre Roger IKOR, et sur le thème « Influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé ».

Monsieur Le président, vous avez présenté le CCMM et je vous en remercie.


  •  Je préciserai que sa création est déterminée dès l’origine par l’influence d’une dérive sectaire dans le domaine de la santé. En effet, en 1981, son fondateur Roger IKOR, marqué par la mort de son fils qui s’est suicidé après avoir adhéré au Zen macrobiotique, fonde le Centre Contre les Manipulations Mentales (CCMM).Roger Ikor mènera jusqu’à sa mort en 1986 une lutte contre le phénomène sectaire.
  • La mission première et fondamentale du CCMM est d’aider les victimes de mouvements sectaires. Depuis sa création, l’association s’est efforcée d’apporter des outils de réflexion et d’analyse pour mieux connaître les dangers de la manipulation mentale. Je souligne que l’implication des bénévoles du CCMM est un engagement militant et citoyen.

L’association est implantée sur vingt deux  points  du territoire en métropole et outre-mer.

Nous avons un centre de documentation que journalistes et étudiants peuvent consulter.

  • Depuis plus de trente années, le CCMM conduit une action d’information, d’éducation et de mise en garde du public fondée sur la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la Convention Internationale des Droits de l’Enfant en se référant aux valeurs républicaines, et au principe de laïcité. Ces principes qui inspirent l’engagement du CCMM sont inchangés depuis sa fondation : défendre la personne humaine contre toutes les formes de manipulation et d’emprise mentales d’où qu’elles viennent.
  • L’action du CCMM est déterminée par le concept de laïcité. La laïcité n’est pas le masque d’une « chasse aux sorcières », mais au contraire, la garantie du libre épanouissement individuel, dans le strict respect des lois. Le législateur s’est refusé à définir le « culte », la «  congrégation », « l’église », la « secte » ou « la dérive sectaire », sûrement dans le souci d’un respect profond de la laïcité et de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.  La France est un pays laïc dont l’Etat doit respecter tous les cultes et n’en reconnaître aucun, les mouvements spirituels sont donc a priori considérés comme licites et seuls les délits sont répréhensibles. Ce serait un profond contresens de confondre secte et religion.
  •  Au Centre Contre les Manipulations Mentales, ce sont essentiellement les familles que nous recevons, que nous cherchons à comprendre et à aider. Les victimes s’adressent plus rarement à nous, sauf si elles sont sur le point de rompre avec leur manipulateur. Ce qui fait dire à certains qu’il n’y pas, ou peu de victimes. Victimes directes ou victimes collatérales, elles sont cependant des milliers ! Je reviendrai sur ce point.
  • Nous cherchons à établir la preuve de  «  la  dérive sectaire .en liaison souvent avec la MIVILUDES, avec les Pouvoirs Publics en cas de besoin, et surtout, en nous appuyant sur notre propre expérience de plus de 30 ans et sur les critères de dangerosité déterminés sur la base de travaux et de plusieurs commissions d’enquêtes parlementaires 

Pour dénoncer des activités éventuellement nuisibles de certains groupes ou individus, l’expression « dérive sectaire » est devenue, la locution répandue.

Depuis le début des années 1980, la prise de conscience sur la problématique sectaire s’est considérablement  développée dans l’opinion publique ; en parallèle, les notions de manipulation et d’emprise mentale ont émergé.

L’emprise mentale constitue une cruelle réalité, sans doute difficile à objectiver, au moins pour les juristes, mais beaucoup plus clairement pour  les psychologues, les psychanalystes, les médecins psychiatres  et les conseillers écoutants des associations d’aide aux victimes.

L’emprise mentale est basée cliniquement sur une triple technique : cognitive, affective et comportementale, ceci à des fins perverses de conditionnement, de contrainte morale, psychologique, physique et, quelquefois, sexuelle et d’escroquerie. Ce mécanisme se développe en trois temps :

  • séduction
  • dépersonnalisation
  • reconstruction d’une nouvelle identité automatisée

Ce processus particulier et complexe, tend à priver la ou les futures victimes de leurs facultés de discernement et de libre décision.

Tous les secteurs d’activité humaine: santé, bien-être, développement personnel, formation, sport… favorisent malheureusement « la dérive sectaire », c’est-à-dire l’utilisation d’une activité quelconque de l’individu par un manipulateur qui a pour seul objectif d’établir son emprise sur des personnes placées «  en état de sujétion », ceci à des fins perverses de conditionnement.

Cette méthode, permet de conserver au sujet une apparence de normalité dans la vie professionnelle par exemple, quand cette activité doit être maintenue afin d’offrir des subsides au gourou ou au groupe. C’est ainsi que des adeptes restés sous l’influence d’un leader peuvent poursuivre une vie professionnelle afin d’alimenter financièrement le groupe en ne manifestant aucun symptôme délirant.

Ceci est une difficulté importante pour les familles touchées par cette mécanique, car les adeptes conservent une apparence de normalité qui peut faire croire à leur consentement.

Quels sont ces critères de l’emprise mentale ? :

  • Déstabilisation mentale
  •  Exigences financières exorbitantes
  • Rupture de la personne avec l’environnement d’origine
  • Atteinte à l’intégrité physique
  •  Embrigadement des enfants
  • Troubles à l’ordre public
  • Importance des démêlés judiciaires
  • Détournement des circuits économique traditionnels
  • Tentatives d’infiltration des pouvoirs publics
  • Discours clairement antisocial

Tous les critères ne sont pas forcément réunis mais un seul est dans tous les cas, toujours présent : la déstabilisation mentale

 

La maladie est un point d’entrée facile pour les gourous de tous bords. Le phénomène nous inquiète,  compte-  tenu du nombre de victimes la plupart du temps en situation de grande vulnérabilité. Le caractère préoccupant  de toutes ces pratiques non conventionnelles,  c’est lorsqu’elles s’adressent à des malades atteints de pathologies graves notamment du cancer, de la sclérose en plaques ou de déficit immunitaire. Que dire lorsqu’elles excluent le recours aux traitements conventionnels pour soigner le malade ? 

 

  • Les grands mouvements sectaires pointés par le rapport parlementaire de 1996 sont toujours actifs et nocifs. Ces groupes structurés à dimension internationale,  s’adaptent aux exigences du temps et savent sous des masques parfois difficiles à repérer, s’infiltrer dans le champ de la santé, du bien-être, du développement personnel, de la petite enfance, de la fin de vie, de l’éducation et de la formation professionnelle.
  • Ce qui nous semble très préoccupant aujourd’hui, c’est  l’éclosion d’une multitude de petites structures qui échappent aux gardes- fous juridiques et professionnels, détournent les règles, exploitent l’absence de réglementation et de contrôle. Des pseudo- praticiens se parent de titres plus ou moins ronflants, offrent de nouvelles méthodes, de nouvelles pratiques. Ces nouveaux gourous pratiquent seuls mais fonctionnent en réseaux ramifiés. Ils exercent une véritable emprise mentale sur leurs « patients » pour souvent, mieux les dépouiller de leurs ressources
  • La dérive thérapeutique s’accompagne d’un mécanisme d’emprise mentale destiné à ôter toute capacité de discernement à la personne et à l’amener à prendre des décisions qu’elle n’aurait pas prises autrement. Par exemple : l’amener à rompre avec sa famille et avec son milieu de soin habituel, pouvant conduire à l’arrêt de tout traitement conventionnel.

Je précise cependant, que toute dérive thérapeutique n’est pas forcément sectaire. Le praticien peut sincèrement croire en  une thérapie complémentaire ou alternative.

Monsieur Jean- Claude DUBOIS peut  vous expliquer rapidement,  le parcours d’une jeune femme atteinte du cancer et qui vient de décéder faute de soins conventionnels :

« Une femme atteinte d’un cancer du sein a été prise en mains par des dérapeutes et a été victime de pratiques médicales illusoire pour reprendre la terminologie utilisée par JP JOUGLA.

RAPIDEMENT  quelques techniques et produits proposés :

De l’argile destinée à faire cicatriser un sein dont la boule cancéreuse a éclaté laissant vers l’extérieur une plaie purulente

Boire de l’eau alchimique

Une lampe TDP

Un pendule servant entre autre à déterminer quels médicaments homéopathiques à ingérer

Différents cristaux

Un triangle

Des boules mécaniques générant un bruit qui soigne

« En fait cette histoire ressemble à celles d’Evelyne MARSALEIX et de la maman de Nathalie DE REUCK, mais je voudrais insister sur la prise en charge par un réseau qui la caractérise :

En amont, une conférence présentée par l’un des dérapeutes concernant une fontaine à eau KANGEN pour obtenir une eau dont le ph sera favorable à la santé (3850 €).

Une autre conférence par le second dérapeute qui en sa qualité de – je cite – « bio-énergéticien holistique, Maître Reiki, géobiologue, rebirth, cristalocosmie et conférencier international » traite du sujet suivant : « Géobiologie : la santé de l’habitat pour vivre en harmonie avec soi et avec les autres ».

Il faut noter que l’objet de l’association organisatrice se précise comme suit : « promotion et partage des connaissances, des cultures et du savoir par l’organisation de manifestations (conférences, débats, concerts, dîners dansants etc.) »

Dans la même année les conférences suivantes ont été présentées :

PNL             

Communiquer avec son âme

Psychothérapie, spiritualité, bien-être

Etre dans sa juste autorité

Relaxation et sophrologie

Rencontres avec Marie par  écrivain, éditrice – Les autres conférences étant présentées par des psychothérapeutes.

Autre aspect de la prise en main par un réseau : des voyages au Brésil avec prescription de gélules de passiflore, victime accompagnée par l’un des « dérapeutes ». Au retour du second voyage, un mois avant son décès, cette femme partie 15 jours avant avec des cannes se déplaçait en fauteuil roulant.

Enfin, dernière illustration de l’existence d’un réseau, l’achat d’un lit BEMER pour une somme de 3500€, sachant que l’on retrouve la promotion de produits BEMER au village de Bugarach avec la publicité suivante : « La médecine du 21 ème siècle sera électromagnétique. Nouveauté mondiale B.BOX classique le module d’application de luxe pour le traitement du corps entier » par BEMER GROUP. Le prix n’est pas précisé.

Cette publicité a été découverte à Bugarach à l’occasion du déplacement effectué par la FECRIS ».

 

  • Les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutiques (PNCVT) sont présentées comme des pratiques de soins.

Elles sont exercées par des non médecins qui n’ont reçu aucune formation débouchant sur des qualifications validées.

Elles ne sont pas reconnues, au plan scientifique par la médecine conventionnelle.

Malheureusement certains médecins utilisent ces pratiques préférant se faire radier de l’Ordre pour exercer en toute tranquillité.

  • J’ajoute, que de nouvelles méthodes font chaque jour leur apparition, notamment sur INTERNET.
  • Des journaux gratuits font la promotion de techniques et de pratiques toutes plus fantaisistes voire dangereuses les unes que les autres.
  • Quelques exemples donnés par Madame Laure TELO , pris dans la revue gratuite « Soleil Levant »:

Madame TELO ajoute :

« Monsieur le président,

Monsieur le rapporteur,

Mesdames et messieurs les sénateurs,

Je voudrais attirer votre attention sur la tenue prochainement à Reims les 17, 18 et 19 novembre 2012 du 3ème congrès international des thérapies quantiques. Peut-être serait-il intéressant que cette honorable commission y fasse un tour.

Je citerai pour mémoire : un atelier proposé par Christian Cotten « l’énergie du silicium organique G5 : du sable, de l’amour et de la lumière »

Un autre atelier : «  la phytembryothérapie : l’embryon de la gemmothérapie »

Des conférences sont proposées : par exemple « l’empreinte sacrée, une nouvelle vision du cerveau » par Jean-Philippe Marcoux, posturologue.

Tous les intervenants s’estiment les experts et les précurseurs mondiaux de la santé ».

Au CCMM nous recevons de nombreux témoignages sur l’infiltration de plus en plus forte de techniques et médecines parallèles dans les hôpitaux et plus particulièrement pour introduire le reiki, la fasciathérapie et diverses méthodes par massage ou apposition des mains.  Je tracerai à grands traits les pratiques non conventionnelles auxquelles nous sommes au Centre Contre les Manipulations Mentales, le plus souvent confrontés.

  • Sous un nom bricolé dont le but est de créer un amalgame avec la kinésithérapie et la physiologie, la kinésiologie est un exemple de déviance des techniques fondées sur la « maîtrise du corps ». C’est une méthode de thérapie holistique, inspirée par la médecine chinoise.  

On soulignera certaines incohérences théoriques, en particulier sur le rôle du cerveau et le côté racoleur de cette technique, qui selon un document diffusé par ses adeptes, est censé s’adresser à tous ceux qui veulent éliminer les problèmes, et guérir de tout, douleurs de dos, problèmes articulaires, migraines, eczéma, colite, impuissance, stérilité, problèmes ORL, anxiété, angoisse, manque de confiance, bégaiement, dyslexie, peurs, doutes ,dépressions, troubles du comportement, fatigue, trouble du sommeil, baisse de l’immunité, obésité, anorexie, diabète, tabac, drogue, alcool, problèmes relationnels,problèmes scolaires et d’apprentissage, etc. »

L’histoire du développement de la kinésiologie est un exemple des créations de bric et de broc qui se développent depuis trente ans dans le domaine de la santé. La radicalisation de certains adeptes de cette mouvance a conduit à des dérives à caractère sectaire  dans laquelle la dimension hygiéniste portée au rang de dogme a constitué un facteur déterminant.

L’affaire jugée en 2005 par la Cour d’assises de Quimper, illustre ce constat. Des parents, au nom de conceptions idéologiques inhérentes à la pratique de la kinésiologie et des lois biologiques du Docteur Hamer, avaient adopté pour eux-mêmes et leurs enfants le régime végétalien dans leur quête d’une alimentation purifiée. Cette alimentation carencée en protéines animales et en vitamines et leur extrême méfiance à l’égard d’un monde médical jugé a priori dangereux causait la mort de leur bébé.

L’enquête récente d’Olivier HERTEL «  Les sectes entrent à l’hôpital » N°789 de la revue « Sciences et avenir » démontre avec force les risques de dérives sectaires liées à ces pratiques qui tentent également d’infiltrer l’Université.

  • Ce qui nous inquiète ce sont les méthodes qui excluent résolument la médecine conventionnelle. D’autres thérapies plus ou moins charlatanesques servent souvent de paravent à des groupes sectaires : la psycho généalogie, le décodage biologique… les thérapies dites « chrétiennes » mise en œuvre dans les « centres chrétiens » proposant un « travail de guérison « trans- générationnelle » relèvent plus d’une religiosité  -doctrine : le « psycho spirituel » que de la foi chrétienne en tant que telle. J’y reviendrai plus tard.
  • Un fléau : la « médecine germanique » préconisée par un médecin allemand le docteur HAMER qui depuis la Norvège continue à exercer ses activités via INTERNET. Aujourd’hui, il s’adresse aux enfants atteints d’un cancer. Ce qui le rend encore plus dangereux.

Sa méthode repose sur le postulat selon lequel, toute maladie est le produit d’un choc psychologique intense et d’un conflit intérieur non résolu.

HAMER a formé de nombreux élèves à sa méthode. L’un d’eux, Claude SABBAH avec sa technique dite de «  biologie totale des êtres vivants » affirme soigner le cancer.

Un site INTERNET a été créé par les tenants de la méthode HAMER  qui créée la confusion avec le site de l’INCA « e- cancer ».

Toutes les pratiques assimilées à « la nouvelle médecine germanique » sont extrêmement dangereuses. L’appellation «centre de santé en décodage biologique » induit en erreur de nombreuses personnes en quête de soins. Toutes les consultations sont très chères.

  • Le CCMM enregistre de nombreux témoignages de parents accusés par leur enfant adulte, de violences qu’ils lui auraient infligées dans leur petite enfance. La pratique des faux souvenirs est utilisée par des thérapeutes qui considèrent que tous les problèmes existentiels rencontrés chez leurs patients, sont liés à un traumatisme résultant de violences survenues dans leur petite enfance. Ils induisent, volontairement ou non, par le biais de techniques d’entretiens psychothérapeutiques, de faux souvenirs d’abus ou de maltraitances chez leur patient. Le résultat est appelé syndrome des faux souvenirs, c’est-à-dire l’apparition du souvenir d’un évènement qui ne s’est jamais produit ou bien le souvenir altéré d’un évènement réel. Ces  « dérapeutes » selon le terme de Guy Rouquet de « Psychologie –Vigilance » exercent leurs méfaits soit au sein d’un groupe soit à titre individuel. Dans les deux cas, il s’agit de dérives sectaires utilisant le même mécanisme de manipulation mentale; et aboutissent le plus souvent à des drames humains.

Cette technique est répandue dans toutes les sectes, il n’y a donc pas de différence entre les adeptes d’une secte et des charismatiques prétendument catholiques faisant du psycho- spirituel, à partir du moment où les uns comme les autres violent la personne humaine dans sa conscience par la manipulation mentale. Je reviendrai peut-être, plus en détail sur le psycho spirituel  et l’agapè- thérapie.

Le guide « Santé et dérives sectaires » produit récemment par la MIVILUDES recense avec précision les méthodes les plus répandues et les plus toxiques.

Je ne ferai pas ici la liste de tous les cas auxquels nous avons été confrontés ces dernières années.

 

Nous préparons au CCMM un outil de travail qui sera opérationnel début 2013, essentiellement réservé aux acteurs de la lutte contre les dérives sectaires sur l’étude des méthodes et pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique : le concept, les dérives rencontrées, les témoignages et procès éventuels…

  • Je voudrais souligner ici, la dangerosité de certaines pratiques de détoxination, notamment sur les enfants, les femmes enceintes et les personnes malades ou âgées.

Je dénonce l’utilisation de troubles psychologiques chez l’enfant par des pseudos psychothérapeutes, des charlatans. Ils proposent aux parents désorientés par des troubles hyperactifs, des problèmes de dyslexie, d’autisme, des méthodes à visée thérapeutique dites « alternatives » qui non seulement font courir des risques à l’enfant mais conduisent souvent une famille entière à être mise sous emprise (on parle de channeling, d’enfant indigo, de communication facilitée…)

En 2006, les conclusions qui se dégagent des travaux de la commission d’enquête parlementaire relative à « l’influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs » ont permis de dresser un double constat :

- d’une part, les enfants constituent une proie de plus en plus facile pour les sectes ;

- d’autre part, l’engagement des pouvoirs publics contre l’influence des dérives sectaires sur les enfants s’avère très inégal.

C’était en 2006. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le CCMM aimerait qu’une nouvelle enquête parlementaire soit diligentée dès 2013 permettant non seulement de faire un nouveau constat mais surtout de vérifier les réponses apportées par les Pouvoirs Publics aux questions soulevées en 2006.

Par exemple où en est-on avec Tabitha’s Place ?

Dans le cadre des dérives thérapeutiques, il faut aussi parler des dérives du psycho spirituel. Le CCMM a publié en septembre 2012 un livre dit «  Livre noir de l’emprise psycho- spirituelle ». Ce livre écrit par le Collectif CCMM des victimes du psycho spirituel est un signal d’alarme. C’est un appel aux responsables de l’Eglise catholique et aux Pouvoirs Publics. Il présente des témoignages circonstanciés de familles catholiques ; témoignages simples et émouvants par leur sincérité et par la détresse qu’ils dépeignent.

Si l’on applique les critères communément admis pour définir une dérive sectaire, il en ressort clairement que la réponse est déplorablement positive !

  • déstabilisation mentale
  • exigences financières
  • rupture familiale
  • atteinte à l’intégrité physique : méthode de soins charlatanesques, dérives sexuelles, conditions de vie destructrices
  • embrigadement des enfants  

La plupart des témoignages,  viennent  de victimes brisées et de familles détruites par les sessions de l’Agapè du Puy en Velay. Ces sessions ont été initiées par Bernard Dubois, pédiatre, alors qu’il était berger (responsable) de la Communauté des Béatitudes de Château St Luc près de Castres.  Au fur et à mesure des témoignages, nous retrouvons toujours les mêmes personnes autour desquelles s’organisent les pratiques du psycho- spirituel et des sessions dites de guérison : le Docteur Bernard Dubois, Anne Merlo, Fernand Sanchez, Philippe Madre, Gérard Croissant, les Fourchaud, tous membres de la Communauté des Béatitudes – au moins au début- et à l’origine de pratiques pour le moins douteuses et déviantes.

Est-il du rôle de l’Eglise de réaliser des psychothérapies sauvages avec des psychothérapeutes auto proclamés?

A ce stade, le silence assourdissant de l’Eglise et des Pouvoirs Publics  n’est plus acceptable. On comprend que les familles ne puissent se contenter du déni ou au mieux des prières de certains évêques !

Le CCMM demandent que les évêques de France condamnent fermement et sans ambiguïté, certaines pratiques en usage dans le renouveau charismatique, et, tout particulièrement, celles qui renvoient au psycho spirituel et à la pratique de l’agapè thérapie.

Ainsi,  fidèle à ses principes qui le conduisent à dénoncer ce qui est susceptible de déstabiliser les individus et de les placer dans un état de déséquilibre et de dépendance physique et psychologique, le CCMM réclame la condamnation du psycho spirituel et de tous ceux qui continuent à le promouvoir. Le CCMM  réclame instamment la condamnation et la fin des sessions dites « de guérison ». Nous comptons sur les Pouvoirs Publics pour renforcer nos exigences !

Je laisse à madame TELO membre du Collectif, le soin  de conclure sur ce point :

« L’Eglise catholique doit admettre publiquement le déni dont elle a fait preuve depuis de trop longues années à l’égard de ces pratiques condamnables. Ce qui importe avant tout, c’est la prise en charge des victimes, et de leur légitime besoin de justice et de réparation. Les autorités ecclésiales doivent donc rapidement non seulement reconnaître l’ampleur des dégâts occasionnés par des pratiques psycho- spirituelles tolérées en son sein, mais aussi accepter de prendre en charge la reconstruction physique, psychologique et sociale des victimes directes et de leurs proches pour qu’elles parviennent à reconstruire leur vie et à renouer les liens familiaux qui ont été brisés ».

 Monsieur le Président, Monsieur le Rapporteur, Mesdames les Sénatrices, Messieurs les Sénateurs, je voudrais attirer votre attention sur une de nos préoccupations  les plus frustrantes :

Comment sortir une personne de l’emprise mentale d’une secte ou d’un individu manipulateur ?

  • Tous les acteurs de la lutte contre les dérives sectaires semblent avoir des idées pour prendre en charge les «  sortants ». Encore faut-il être sort ! Tout n’est pas au point, tout n’est pas fait ! Mais tous,  nous y pensons et nous faisons de notre mieux. 

 

Mais comment répondre aux familles accablées qui s’adressent à nous ? Quel statut légal donner à ces familles. Elles ne sont pas victimes aux yeux de la loi, elles ne sont pas témoins puisqu’il n’y a pas de procès en cours. Elles ne peuvent que faire une demande auprès du RIF, d’une recherche dans l’intérêt des familles. Dans le cas ou la ou les personnes sont retrouvées et si elles refusent la mise en relation, alors l’affaire s’éteint.

Nous leur donnons des conseils, les aidons à rédiger leurs démarches auprès des pouvoirs publics; nous les soutenons moralement et psychologiquement, nous les accompagnons parfois pendant de longues années.

Nous attendons tous « le déclic » qui permettra à leur parent ou ami de se libérer.

Mais le fameux déclic ne vient pas si souvent !

 

  • Le constat est  cruel : l’arsenal législatif actuel ne protège pas suffisamment les victimes d’emprise mentale. Sur le terrain, force est de constater, encore aujourd’hui, que les victimes sont souvent  laissées pour compte ! La loi ne protège pas suffisamment les victimes ; les familles se heurtent, au plan juridique, à l’absence d’intérêt à agir.

Si le dispositif juridique français est tout à la fois exceptionnel et pragmatique, il me faut en souligner les limites.

Certes, la loi About – Picard a fait entrer l’emprise mentale dans le champ législatif, et ce texte constitue un véritable progrès.

  • Dans une publication récente adressée à tous les parlementaires français, « Le Manifeste pour une législation efficace de protection des victimes d’emprise mentale »,  le CCMM  souligne, les difficultés d’application de la loi About- Picard et ses limites.

En effet, actuellement, la quasi totalité de la jurisprudence estime que la plainte n’est recevable que par l’adepte – victime, une fois qu’elle a pris conscience du fait qu’elle était abusée… Or, pour cela, encore faut-il être sorti de l’emprise mentale. La  jurisprudence est à étendre !

Ce manifeste milite en faveur de l’extension de la jurisprudence, notamment pour  la recevabilité des familles à déposer plainte pour abus de faiblesse :

Les propositions formulées dans ce manifeste répondent à un constat simple et récurrent : lorsqu’un proche est placé sous emprise mentale changeant du jour au lendemain son mode de vie et coupant les ponts avec tous, au risque de se mettre en danger, les familles sont impuissantes à agir.

Il a déjà été rappelé qu’une des difficultés pour les familles face à un proche placé sous emprise mentale, réside dans le fait que leur plainte n’était pas prise en compte au prétexte qu’une personne majeure était libre de faire ce qu’elle voulait…

 

Les propositions du CCMM  pour de nouvelles avancées législatives :

- Jurisprudence à étendre : la recevabilité des familles à déposer plainte pour abus de faiblesse

- Pour un nouveau mode de protection civile : le recours au juge des majeurs protégés,

- L’introduction de la manipulation mentale dans le code civil comme vice du consentement

- L’introduction de la mise sous emprise mentale préjudiciable comme délit autonome.

J’ajoute que le CCMM est fortement opposé au «  déprogramming » cette pratique controversée, utilisant l’enlèvement et la séquestration.  

 

Aujourd’hui, le CCMM s’intéresse aux travaux du collectif SFRAEM (Société de Recherche et d’Analyse de l’Emprise Mentale) qui semble avoir adapté à la française l’expérience d’Exit Counseling initiée aux Etats unis par Steve Hassan. Je suggère que cette commission puisse auditionner Maître Daniel PICOTIN qui encadre juridiquement cette équipe.

 

Je vais exprimer un regret : le CCMM  déplore les différents niveaux d’interventions des conseils départementaux de prévention de la délinquance ,d’aide aux victimes et de lutte contre la drogue, les dérives sectaires et les violences faites aux femmes.

Si les préfets impulsent, les affaires sont prises en compte, stimulent les différents acteurs du terrain et un certain nombre de victimes peuvent être soutenues. Trop peu de préfectures respectent les directives du Ministère de l’Intérieur.

Je laisserai à Jean- Claude DUBOIS  le soin de développer cette position : 

« UN VRAI PROBLEME : « Les Conseils Départementaux de Prévention de la Délinquance, d’aide aux victimes et de lutte contre la drogue, les dérives sectaires et les violences faites aux femmes » instaurées par Décret du 1er avril 2008.

POURQUOI cette création est-elle un problème au regard de la prévention et de la lutte contre les dérives sectaires ?

  1. 1.  Parce que la problématique sectaire est noyée au milieu d’autres thèmes tels que la délinquance, les violences et incivilités de toute nature, la drogue, les violences faites aux femmes, l’insécurité routière etc.… perdant ainsi son évidente spécificité de traitement
  2. 2.  Parce que depuis la création des ces Conseils, par circulaire du Ministère de l’Intérieur, les associations spécialisées sont exclus des groupes de travail issus de ces conseils.  Circulaire Michèle Alliot- Marie du 23 janvier 2009 .

VRAI PROBLEME que la MIVILUDES elle-même reconnaît lorsqu’elle  évoque dans son rapport 2009 au Premier Ministre la préconisation du rapporteur de la Commission des lois du Sénat selon laquelle : «il conviendrait d’accorder une place aux associations spécialisées dans une première partie de la réunion des groupes de travail restreints (GTRDO), plutôt de les cantonner à la réunion générale des Conseils départementaux de prévention de la délinquance».

 

DE L’ESPOIR A LA DECEPTION DES ASSOCIATIONS :

Suite aux remarques conjointes du Sénat, de la MIVILUDES et des Associations, une nouvelle circulaire du Ministère de l’Intérieur en date du 2 avril 2011 rappelait aux Préfets la nécessité de renforcer les liens avec tous les acteurs de la société civile dont les associations d’aide aux victimes:

Je cite :

« Vous veillerez donc à maintenir une relation soutenue avec les acteurs de la société civile en constituant, si le besoin s’en fait sentir localement, une cellule de suivi émanant du conseil départemental de prévention de la délinquance où siègent ces différents acteurs. Une telle relation permettra d’éviter le sentiment de certaines associations de voir la question des dérives sectaires diluée lors de réunions plénières du conseil départemental de prévention de la délinquance ».

ESPOIRS déçus car trop peu de Préfets appliquent cette circulaire sur le fond, comme sur la forme.

Les propos de terrain suivants émanent de responsables de différentes associations et illustrent le niveau de la désillusion ressentie :

  • « La lutte contre les dérives sectaires n’est pas une priorité de nos dirigeants alors qu’elles font partie de l’incivilité organisée »
  • « Je pense que la lutte contre les dérives sectaires n’est plus perçue par les autorités comme une priorité, ce qui donne de plus en plus d’aplomb à nos adversaires »
  • « Il faut que ça change, les circulaires ne sont pas appliquées »
  • « Alors qu’il y a quelques années j’étais sollicité… Aujourd’hui c’est un silence impressionnant, comme si les dérives sectaires et leurs victimes n’existaient plus ! »

Monsieur le Président, monsieur le Rapporteur, mesdames et messieurs les sénateurs, je vous ai présenté le CCMM  et ses missions, j’ai donné notre conception de l’emprise mentale, évoqué les principales dérives des thérapies non conventionnelles à visée thérapeutique, stigmatisé quelques situations tragiques. J’ai insisté sur l’agapè thérapie et ses désastres humains.

Le CCMM vous a fait des propositions pour une législation efficace de protection des victimes d’emprise mentale.

Jean- Claude Dubois a insisté sur la nécessaire mise en œuvre d’une politique départementale de prévention des dérives sectaires associant tous les acteurs concernés, au sein de cellules de vigilance.

Nous sommes à votre disposition pour répondre à vos interrogations.

Je terminerai par des souhaits :

  • Renforcement et développement de la MIVILUDES ;
  • que les ARS (agences régionales de santé) qui sont dans une phase d’installation soient plus performantes et mieux préparées à la problématique sectaire ;
  • Que le groupe d’appui technique du Ministère de la Santé sur les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique, créé en 2009 et chargé de l’évaluation des pratiques afin de connaître les preuves de l’action thérapeutiques  ou la présence de leurs  effets indésirables puisse accélérer l’information au public de ses conclusions ;
  • Que l’encadrement du titre de psychothérapeute soit effectif ;
  • Une dernière difficulté doit être mise en exergue : la réduction sensible des subventions allouées par l’Etat aux associations.

En conclusion, je voudrais rendre hommage au travail considérable des permanences du CCMM, à l’innovation dont certaines font preuve et au courage des familles  qui viennent témoigner.

Je vous remercie.

 

Annie GUIBERT

Présidente

Sud Ouest : « Confusion des genres »

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Daniel Picotin, président du CCMM et d’Info sectes Aquitaine, explique les risques du psycho-spirituel.

« Sud Ouest ». Le Centre contre les manipulations mentales (CCMM) présente aujourd’hui à la presse « Le Livre noir de l’emprise psycho-spirituelle ». De quoi s’agit-il ?

Me Daniel Picotin. C’est un recueil de témoignages de nouveaux « naufragés de l’esprit » tombés dans la spirale du psycho-spirituel. Comme avocat, je suis moi-même chargé de trois affaires, dont le suicide d’un père de famille. Ces témoignages mettent en cause plusieurs communautés charismatiques catholiques, parmi lesquelles figure la communauté des Béatitudes.

L’Église a déjà été alertée notamment par un ouvrage qui fait référence, « Les Naufragés de l’esprit, des sectes dans l’Église catholique » (1). Comment se fait-il que rien n’ait bougé ?

À l’heure du multimédia et d’Internet, rien ne sert de dissimuler les problèmes pour les cacher. En septembre 2011, la Conférence des évêques de France a commandé un rapport sur le thème « Spirituel et psychologie ». Réservé à l’origine aux évêques, il est aujourd’hui en ligne sur Internet.

Qu’est-ce qui est dangereux dans les pratiques psycho-spirituelles ?

Une confusion des genres, de type apprenti sorcier, en mélangeant théologie, spiritualité, psychologie, psychiatrie et psychanalyse. La synthèse de Freud et de Jésus dans une même session de « christothérapie ».

Comment les participants à ces sessions deviennent-ils des victimes ?

On constate au sortir de ces sessions trop de ruptures, avec les parents, avec la famille, de divorces. S’y ajoutent des méthodes de soins charlatanesques, des manipulations sous forme de suggestions, l’utilisation du faux souvenir induit, de la psychogénéalogie pour rechercher l’origine de la blessure et de la souffrance dans les générations antérieures, la prétendue recherche de la mémoire sensitive, l’utilisation de psychotropes sans véritable contrôle médical… Si l’on note aussi des exigences financières, certaines dérives sexuelles et des conditions de vie destructrices, on est en pleine dérive sectaire.

Qui doit agir ?

Les évêques français doivent mettre fin à ces pratiques dérivantes. Ce n’est pas à l’Église de réaliser des psychothérapies. D’autant que le passage au crible du livret de retraite de Notre-Dame du Puy, par un psychiatre et un psychanalyste, a parfaitement éclairé les évêques sur le caractère faux, réducteur et dangereux de la pratique proposée. Le renouveau charismatique a entraîné un glissement vers un amalgame pentecôtiste, doublé de techniques issues à la fois des sciences humaines et du New Age. Au final, un très mauvais cocktail.

Les pouvoirs publics doivent aussi s’interroger et sanctionner ceux qui s’adonnent à des psychothérapies dans des conditions dangereuses et non encadrées. Nous avons proposé au groupe sectes de l’Assemblée nationale de s’emparer de ce sujet.

(1) Par Thierry Baffoy, Antoine Delestre et Jean-Paul Sauzet, aux éditions du Seuil.

Source : Sud Ouest du 28/08/12

 

Manifeste pour une législation efficace de protection des victimes d’emprise mentale

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« Regards sur  » de janvier 2011

Maître Daniel Picotin :

« Les reclus de Montflanquin et D’Oxford : une affaire emblématique de manipulation et d’emprise mentale. »

En décembre 2001, après Noël, une famille aristo­cratique connue en Aquitaine, devait se reti­rer du monde en se claque­mu­rant jour et nuit dans son château de Martel, sur la commune de Monflantquin, en Lot-et-Garonne.

Onze personnes sur trois générations, de Guillemette de Védrines, née Adhémar, âgée alors de quatre-vingt neuf ans, jusqu’à la petite Diane de Védrines qui avait seize ans, se sont purement et simplement retirées du monde, arrêtant leur activités professionnelles, se coupant de leurs relations habituelles, se séparant de leur conjoint…

Cette situation extraordinaire est d’autant plus remarquée que la famille était connue et sociale­ment intégrée en Lot-et-Garonne, mais aussi à Bordeaux où le Docteur Charles–Henri de Védrines, âgé d’une cinquantaine d’années, était un gynécologue obstétricien reconnu, par ailleurs candidat aux élections munici­pales de 1995 sur la liste du Maire et ancien Premier Ministre, Alain Juppé […]

…«Avant d’arriver au dénoue­ment humain de cette affaire complexe, en 2009, plus de huit ans après les faits, de multiples obstacles ont été placés sur la route de ceux qui ont cherché à les libérer et à faire avancer la justice.

L’incompréhension de la Justice, des services de Police et de l’entourage :

C’est en début d’année 2004 que Jean Marchand, conjoint de Ghislaine de Védrines, est venu me rencontrer pour m’expliquer cette affaire stupéfiante.

Il était immédiatement limpide pour moi, qu’il ne pouvait s’agir que d’une affaire de manipu­lation mentale.

Compte tenu de la qualité des personnes victimes de cette situation et de leur nombre, au sein de la même famille sur trois générations, il s’agit d’ailleurs d’un cas d’école, à ma connais­sance, unique en Europe.

C’est une situation difficile à faire comprendre au grand public, mais aussi aux professionnels, puisqu’en l’espèce, la Justice est pratiquement restée aveugle durant huit ans […]

Il y a bien eu une tentative de mise sous curatelle de la grand-mère, madame Guillemette de Védrines, mais la psychologue et le Juge des Majeurs Protégés ont considéré cette dernière totalement lucide.

Quant aux véritables saisines de la gendarmerie, elles se sont heurtées à une véritable incom­préhension, au prétexte que des personnes majeures peuvent bien vivre comme elles l’entendent et se retirer du monde si elles le souhaitent. Certaines personnes de l’entourage amical ont même ajouté: «ils avaient l’air heureux ».

Une enquête de recherche dans l’intérêt des familles diligentée à la demande d’une amie, madame Marie-Hélène Hessel, pour vérifier la situation de Christine de Védrines, s’est révélée être traitée de manière trop légère puisque l’intéressée a été auditionnée en présence d’un membre du clan familial sous influence.

Néanmoins, assez rapidement, on devait apprendre que le changement d’attitude était lié à l’arrivée, dans leur entourage, d’un personnage trouble, Thierry Pascal Tilly (tpt), qui avait fait connaissance de Ghislaine de Védrines épouse Marchand, alors qu’elle dirigeait une école de secrétariat, rue de Lille à Paris: «La femme secrétaire ».

Ce personnage «passe- muraille, qui avait réalisé une bonne dizaine de faillites diverses, était sous le coup d’une interdiction de gérer pour dix ans, prononcée par le Tribunal de Commerce et également d’une condamnation à la prison avec sursis pour abus de biens sociaux.

Une inadaptation de la loi française :

Les premières plaintes portées par Jean Marchand n’ont guère été prises au sérieux par la Justice Lot-et-Garonnaise.

Même la plainte qu’il avait portée en qualité de Président de l’Association « Musique en Guyenne» portant sur le détournement d’environ 20000 euros d’argent public, dont l’actif s’est retrouvé sur les comptes de l’escroc manipulateur, n’a eu aucun effet.

Dès lors que j’ai été saisi du dossier, j’ai proposé à mon client d’aller rencontrer avec lui le Procureur de la république d’Agen, au mois de mars 2004.

Malgré la bonne volonté de ce Magistrat, nous nous sommes cruellement heurtés à la réalité juridique du vide, face à la question de la manipulation mentale.

En effet, le Parlement français avait hésité, puis renoncé , à introduire cette notion dans le Code Pénal, comme cela avait été sollicité à l’origine par le Député Éric Dolige et, seul, le délit d’abus de faiblesse et d’ignorance (loi About-Picard), article 223-15–2 du Code Pénal, (loi du 12 juin 2001), a été introduit; la difficulté, est que c’est à la victime elle-même de porter plainte, alors que, dans ce type de cas, «l’adepte sous influence» accepte apparemment le sort peu enviable qui lui est fait. C’est justement l’objet même de la manipulation mentale !

En conséquence, le Parquet s’est déclaré impuissant face à cette situation de majeurs, modifiant du jour au lendemain leur mode de vie […]

J’ai constaté que je n’avais pas les moyens de protéger la famille de Védrines contre elle- même; pour moi, les outils actuels ne suffisent pas. En toute hypothèse, ils n’ont pas permis de sauver la situation de la famille Védrines dont la vie même aurait pu être mise en danger; cela est vrai pour d’autres familles participant au colloque de Bordeaux, telles Dominique et Isabelle Lorenzato qui sont restés vingt-deux ans sous l’emprise de Dinh Tang. Il reste à inventer un système de protection judiciaire pour les victimes, du type mise sous sauvegarde de justice par le juge des majeurs protégés, le temps de faire une expertise pour vérifier le consentement éclairé ou non, des personnes arrêtant leur travail, se retirant du monde social, vendant tous leurs biens.

Le débat qui s’ouvrira devant la Cour d’Assises de la Gironde en principe, montrera cette néces­sité à l’opinion publique et j’espère au Parlement. Il y a bien des procès qui ont modifié la législation, tel celui de Marie Besnard qui avait obligé le législateur à changer la procé­dure d’expertise judiciaire.

La situation était d’autant plus troublante pour les autorités que Thierry Tilly, n’habitait pas avec les personnes mises sous emprise qui restaient parfois plusieurs jours claquemurés dans leur château, tous volets fermés.

En effet, on a appris plus tard que le gourou agissait principa­lement par téléphone et surtout par Internet, exigeant de l’ensemble des membres du groupe, (qu’il avait par ailleurs, «détempora­lisés» en leur retirant montres et calendriers), des rapports courriels quotidiens.

Parmi les originalités de ce dossier, apparaît ainsi «une emprise internaute » par un individu doté d’une rare capacité de persuasion pour emberli­ficoter une à une chacune de ses victimes, utilisant à la fois, leurs forces et leurs faiblesses.

Le Procureur de la République s’est contenté de lancer une enquête financière qui, durant cinq ans, va suivre pas à pas la litanie de la vente de la grande majorité des biens de la famille Védrines, dont le préjudice global peut être évalué à quatre millions d’euros.

C’est donc avec impuissance, tout en étant totalement conscient de la situation, que nous avons assisté, de loin, à la longue descente aux enfers de l’ensemble de cette famille, qui s’est retrouvée, au fil du temps, ruinée psychologiquement, maté­riellement, professionnellement.

Le dossier risque de poser d’autres questions novatrices en matière de jurisprudence, par exemple sur la notion de séquestration. Au retour de Grande-Bretagne, nous avons appris qu’un jeune de la famille de Védrines s’était retrouvé enfermé durant environ une dizaine de mois dans un appartement en Angleterre sur instruction formelle du gourou.

La notion de manipulation mentale mériterait également d’entrer dans le Code Civil, comme un mode particulier de vice du consentement qui permettrait, au plan civil, de revenir sur les actes passés, notamment les ventes de biens immobiliers.

J’ai introduit, en mars 2010, une action devant le Tribunal de Grande Instance d’Agen pour vice du consentement (dol violence), visant à l’annulation de la vente du château de Martel dont les de Védrines étaient propriétaires depuis plusieurs siècles et qui constitue le berceau de la famille.

Ce dernier a été vendu dans des conditions rocambolesques, alors que plusieurs membres de la famille étaient contraints de subir sous-alimentation et privation de sommeil , la plus touchée étant Christine de Védrines, carrément torturée pendant une dizaine de jours.

Ce procès met en cause éventuellement le notaire ayant régularisé les actes, et ceux qui ont acheté (pas cher) le château; cette affaire ne sera sans doute pas facile à mener dès lors que les acquéreurs ne sont pas ceux qui ont torturé, et il sera intéressant de voir comment les tribunaux se situeront face à ce cas de figure, en l’état de la législation en la matière.

Les gourous et d’autres mani­pu­lateurs psychologiques ayant souvent un temps d’avance en sciences humaines, il est souhaitable à mon avis de praticien, que le Code Civil Napoléonien évolue aussi avec son temps.

Les difficultés de la coopération internationale :

La succession de trois juges d’instruction à Agen, puis à Bordeaux, n’a pas permis à cette affaire, ouverte pour blanchiment d’argent, d’avancer alors même que deux membres de la famille avaient réussi à s’extirper en janvier 2008; mais ils n’étaient pas en mesure de lutter juridiquement puisqu’ils  étaient épuisés psychologique­ment.

Philippe de Védrines avait d’ailleurs été convoqué par la Justice en qualité de « témoin assisté » et non de victime.

Il aura finalement fallu attendre le contact téléphonique avec Christine de Védrines pour que sa famille et moi-même la confortions dans l’idée de quitter précipitamment l’Angleterre pour pouvoir porter plainte en France, et échapper aux griffes de Tilly ; en effet, ses papiers d’identité lui avaient été rendus pour pouvoir travailler à Oxford (90% de son salaire, comme ceux des autres membres du groupe familial, étaient taxés par l’escroc).

C’est l’arrivée à Bordeaux, de madame C. de Védrines qui avait du laisser sur place son époux, ses trois enfants majeurs, sa belle-sœur, ses neveux et sa belle-mère, qui a permis une véritable prise en compte de l’affaire par la Justice.

En effet, cette fois-ci, nous avions bien une plaignante pour abus de faiblesse et escro­querie, mais de surcroît les révélations des tortures subies en janvier 2008, sans compter six mois d’isolement dans une chambre, donnaient un vrai coup d’accélérateur: la qualifi­cation des faits devenant criminelle, elle fait encourir au gourou présumé, une peine pouvant aller jusqu’à la prison à perpétuité prononçable par la Cour d’Assises.

Le juge d’instruction, après avoir accueilli la constitution de partie civile de Christine de Védrines, a fait délivrer un mandat d’arrêt international dès la mi-avril 2009.

C’était alors sans compter sur toute une nouvelle série de difficultés qui a fait, à nouveau, piétiner le dossier durant sept mois et ce, malgré les risques signalés à la Justice par des rapports sur la sortie de crise, établis par la psychanalyste et

la victimologue–criminologue travail­lant avec moi sur ce dossier sensible.

Il s’avère que l’Angleterre n’a pas signé les accords dits de Schengen, mais surtout que la coopération judiciaire euro­péenne s’appuie sur une décision-cadre datant du 13 juin 2002, qui nécessite une transpo­sition de la législation dans chaque pays.

Dans cette affaire, le juge d’instruction a du reformuler, à plusieurs reprises, ses demandes de coopération avec la justice britannique et ce, sans succès, plusieurs raisons étant opposées:

–la notion de séquestration de français par des français n’apparaissait pas utilisable en Angleterre ;

–le délit d’abus de faiblesse français n’existe pas dans la loi anglaise ;

–le juge d’instruction n’a pas été autorisé à pénétrer sur le territoire britannique, ne serait- ce que pour procéder à des perquisitions, puisqu’il lui était demandé de lister précisément et à l’avance, les pièces qu’il recherchait. Difficile de deviner ce que peut contenir le coffre-fort du gourou, sachant que ce dernier avait multiplié durant dix ans des montages juridiques fumeux et de multiples combinaisons.

En final, des logiques judiciaires différentes, la pratique de la « common law », une absence de compréhension, voire de bonne volonté, ont totalement grippé la machine, ce qui fait que le mandat d’arrêt européen délivré par le juge français n’a jamais trouvé application au Royaume-Uni !

Le juge d’instruction n’a même pas été autorisé à réaliser un seul acte sur place !

Même le, passage du dossier à la Commission d’Eurojus à La Haye où le Juge d’Instruction s’est déplacé, n’a pas permis de convaincre la Justice anglaise de valider les démarches françaises et c’est finalement grâce à une imprudence du gourou auquel les papiers d’identité avaient été oppor­tunément rendus, que l’arrestation a été possible lors d’une déplacement de Tilly à Zurich en octobre 2009.

Cette fois-ci, à l’instar du réalisateur Polanski, la Justice suisse appliquait le mandat d’arrêt international, en arrêtant sur le champ, à Zurich l’inté­ressé; celui-ci a renoncé aux recours qu’il aurait pu formuler et a accepté d’être extradé en France, ce qui lui vaut une mise en détention à la Maison d’Arrêt de Gradignan (Gironde) depuis cette date et sa mise en examen.

Même les efforts réels et récurrents du Juge de liaison entre la France et l’Angleterre n’ont pas permis de lever les difficultés entre les Justices franco-britannique.

L’arrestation du gourou enfin réalisée, j’étais loin d’en avoir terminé avec ce dossier difficile car huit personnes restaient toujours sous «l’emprise mentale » du gourou malgré sa mise à l’écart.

La solitude dans la mission d’« exit counseling » :

« La récupération » des huit français restés en Angleterre après l’incarcération de Tilly a nécessité deux opérations de cinq jours sur place en novembre et décembre 2009, préparées en amont par les spécialistes psy.

Au départ, nous avions envisagé de pratiquer un «exit counseling » (conseil en sortie de secte) sous couvert du Juge qui aurait pu, en se déplaçant en Outre-Manche, interroger chacune des victimes, ce qui nous aurait permis d’intervenir.

Dans les jours qui ont suivi, plusieurs reportages télévisés nous ont convaincu qu’en réalité, les membres de la famille, qui vivaient pour sept d’entre eux à Oxford et une à Bristol, étaient dans les mêmes dispositions d’esprit vis-à-vis de leur mentor.

Les différentes demandes d’aide formées auprès de l’État et de la Justice n’ayant rien apporté, j’ai donc du prendre la responsabilité d’accompagner les membres de la famille sortis du groupe (les mieux placés pour faire compren­dre la situation) avec un couple d’amis et une équipe spécialisée constituée pour la circons­tance, d’une psychana­lyste et d’une victimologue-criminologue.

Cette première mission en novembre 2009 a donc du être menée sur fonds privés.

Tenant néanmoins, à réaliser cette opération «d’exit counseling» de manière officielle, j’en ai avisé les services de la miviludes, les autorités consulaires et l’am­bas­sade de France.

Sur place, nous nous sommes heurtés à un autre problème récurrent puisque les reclus ne voulaient pas revoir leur famille et que des menaces de plainte pour « harassement » ont été fermement prises en compte par la police anglaise, bloquant ainsi, nos tentatives de reprise de contacts […]

Malgré ces difficultés, nous avons réussi le 11 novembre 2009, à libérer un jeune membre de la famille de l’emprise mentale et ce dernier devait rentrer rapidement en France où il se constituait partie civile, validant tout ce qu’avait pu indiquer sa mère sur les tortures et rajoutant d’impor­tantes charges pénales.

Il s’agit d’un protocole spécifi­que visant à créer un « déclic » psychologique pour en quelque sorte « déciller » la victime et la ramener à la réalité.

Fort de ce premier succès et n’ayant pas bénéficié du soutien étatique (hormis le concours du Consulat Général de France à Londres), je me suis résolu à faire la tournée des dirigeants des collectivités locales de la région Aquitaine.

Tous ont accordé leur concours financier immédiat, qu’il s’agisse d’Alain Juppé, Maire de Bordeaux, du Président de la Région Aquitaine Alain Rousset ou du Président du Conseil Général de la Gironde, Philippe Madrelle.

Grâce à ces financements, il m’a été possible de monter une nouvelle mission encore plus opérationnelle, utilisant l’en­sem­ble des personnes sorties et amenant, outre l’équipe psy, un chauffeur spécialisé dans ce type d’opération.

Il n’était pas question, pour moi, d’intervenir hors mon cadre déontologique d’avocat, et cette opération qualifiée de «Bow Windows2» s’est appliquée à respecter les droits français et anglais.

À cet égard, je tiens à préciser que contrairement aux asser­tions diffamatoires de certains sites Internet défendant les sectes (pour lesquels j’ai fait établir un constat d’huissier), l’exit counseling que nous pratiquons, n’a rien à voir avec des opérations de «dépro­grammation» qui tenteraient de persuader un sujet de force !

Tout s’est pratiqué avec huma­nité, dans le respect des personnes, pour tout simplement les ramener au réel.

Cette fois-ci, l’opération a été totalement couronnée de succès puisque nous parvenions à entrer en contact avec les sept membres restants qui ont pu ouvrir les yeux sur leur véritable situation les 11-12 décembre 2009, et se sont constitués immédiatement partie civile.

C’est ainsi que le premier volet de l’affaire dite des « Reclus de Monflanquin» s’est heureu­sement achevé sans suicide, sans passage à l’acte…

Néanmoins, vient maintenant le temps de la reconstruction psychologique, professionnelle et humaine qui nécessiterait des moyens plus importants que ceux dont nous disposons.

Le pire moment du temps des victimes étant maintenant passé, s’ouvre le temps judiciaire avec les expertises psychiatriques et psycho­logiques du gourou comme des victimes.

L’affaire n’a pas fini de livrer ses secrets et devrait connaître de véritables rebondissements.

Le procès civil pour annulation de la vente du château mais surtout la procédure criminelle devant la cour d’assises de la Gironde, constitueront une procédure exemplaire sur la manipulation mentale en Europe […]

« Il faut savoir savoir, savoir pour comprendre, savoir pour agir » (Spinoza).

 

ENCART :

La vente du château attaquée

La famille de Védrines tente de faire annuler la vente de son château, le château de Martel, vendu en janvier 2008. Elle a assigné devant le tribunal de grande instance d’Agen le notaire qui avait assuré la vente ainsi que les deux propriétaires successifs du château.

L’avocat d’une partie de la famille de Védrines, Maître Daniel Picotin, confie qu’il attaque la vente du château «pour vice du consentement» car celui-ci a été vendu «alors que plusieurs membres de la famille étaient contraints de subir une sous-alimentation et des privations de sommeil».

Cependant, Maître Picotin pressent qu’il sera difficile d’obtenir gain de cause «dès lors que les acquéreurs ne sont pas ceux qui ont torturé». Il faudrait que la procédure crimi­nelle aboutisse en parallèle pour qu’il «puisse prouver l’emprise mentale».

(Source : Sud-Ouest, Daniel Bozec, 03.11.2010)

 

 

La mort de Guillemette de Védrines

L’aïeule de la famille de Védrines âgée de quatre-vingt dix-huit ans vient de mourir. Veuve de Jean de Védrines, mère de Charles-Henri, Guislaine et Philippe, « elle était la figure tutélaire » du clan ébranlé ces dernières années par les agissements de Thierry Tilly, le gourou présumé des membres «reclus » de la famille de Védrines. Le patrimoine dilapidé, le château familial de Martel perdu, Guillemette de Védrines vivait depuis son retour d’Oxford dans un corps de ferme au Laussou dans le Lot-et-Garonne.

Rappelons que Thierry Tilly est placé en détention préventive depuis novembre 2009. La justice convoquera dans l’avenir les membres de la famille protagonistes de cette affaire.

(Source : Sud Ouest, 27.11.2010 & 02.12.2010)

 

Conférence « Dérives sectaires et mise sous emprise »

Rendez-vous

Colloque sur les manipulations mentales et dérives sectaires

organisé par le CCMM et Infos-sectes Aquitaine

Sous le patronage de Monsieur Alain Juppé, Maire de Bordeaux, et de Monsieur Alain Rousset, Président du Conseil régional d’Aquitaine.

Le 23 octobre 2010 de 9h00 à 18h30 – Athénée Municipal de Bordeaux – Place Christoly

L’esprit troué

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ccmm_logoPar Patrick Lagacé – La Presse

Peut-être qu’au fond, j’ai l’esprit fermé. Peut-être qu’au fond, les astrologues, les liseurs de bonne aventure, les devins qui voient l’avenir dans les entrailles des poulets et autres pushers de singeries paranormales, c’est ben correct.

Peut-être que je m’insurge pour rien, quand je vois TVA, plus grand télédiffuseur au Québec, annoncer la diffusion, l’automne prochain, d’une émission produite par Chantal Lacroix, Rencontres paranormales.

Chantal Lacroix était elle-même très sceptique avant de rencontrer le médium qu’on verra dans Rencontres paranormales. Mais sa rencontre avec le médium, dont l’identité est tenue secrète, l’a tellement convaincue qu’elle s’est dit que cette personne devait faire l’objet d’une série télévisée.

Je ne veux pas faire tourner Chantal Lacroix en bourrique. Je sais que c’est une bonne personne, une bonne animatrice qui a le coeur à la bonne place. Je sais tout ça. Mais je relis certaines de tes déclarations, Chantal, dans mon calepin de notes, et je capote, un tout petit peu…

En voici quelques-unes :

« La table du médium est l’instrument le plus visible. Elle répond OUI ou NON par le nombre de coups qu’elle frappe. Tu poses des questions aux entités et c’est par la table que t’as la réponse. »

« Je demande aux gens d’avoir une ouverture d’esprit. Moi, j’y suis allée avec ouverture d’esprit. »

« Cette personne a un don qui se transfère de génération en génération. Elle dit être née avec. »

Et quand je t’ai demandé si ce ne serait pas une bonne idée que le médium soit encadré et surveillé par une équipe de scientifiques, sur le plateau, des gens qui chercheraient le truc (il y a toujours un truc), tu m’as répondu ceci :

« C’est plate à dire, mais il y a des gens qui sont fermés. Et ça devient plus difficile de communiquer avec les entités. J’ai fait une séance où il y avait beaucoup de sceptiques. C’était plus difficile qu’il se passe quelque chose. »

Je t’ai parlé, Chantal, des Sceptiques du Québec. Depuis des années, les Sceptiques font la promotion de la pensée rationnelle et scientifique. Ils ont même lancé un défi aux Québécois convaincus de posséder un don : la chance de gagner un million de dollars, en se pliant au Défi sceptique.

L’idée du Défi sceptique, c’est que le « don » du médium ou du télépathe ou du devin est testé dans un environnement contrôlé, devant témoins.

Si le « don » se matérialise, si vous pouvez lire dans les pensées de quelqu’un choisi par un groupe indépendant, par exemple, c’est simple : les Sceptiques du Québec vous font un chèque de 10 000$.

Et on vous dirige vers la fondation de James Randi, l’Américain qui promet 1 million à toute personne pouvant prouver, à sa satisfaction, qu’elle possède un « don » paranormal inexplicable par la science moderne.

Serge Larivée est professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal. Son champ d’expertise est l’intelligence humaine. Il oeuvre aussi chez les Sceptiques du Québec.

Et le principe de l’émission Rencontres paranormales lui donne des boutons :

- C’est du nivellement par le bas, une insulte à l’intelligence et j’espère qu’ils auront le courage de relever le défi du million de dollars de James Randi…

- Avez-vous l’esprit fermé, professeur ?

- Quand on met ces « dons » en doute, on se fait toujours dire qu’on a l’esprit fermé. Mais il y a une nuance entre esprit ouvert et esprit troué. Avoir l’esprit ouvert, c’est ne pas accepter n’importe quoi…

Pour Serge Larivée, qui rappelle que la science n’a jamais pu reproduire les « exploits » de numérologues, devins ou autres télépathes dans un environnement contrôlé, la diffusion d’une émission centrée sur les aventures d’un médium est répréhensible. « Ça alimente un phénomène qui n’existe pas. »

On dira que ça ne porte pas à conséquence. Peut-être. Mais combien d’esprits troués sont floués par des médiums, qui leur pompent des milliers de dollars ?

Tapez TVA et médium dans Google et la première page recensée fait état de médiums fraudeurs débusqués par J.E., à… TVA.

Sans parler de l’argent public. Rencontres paranormales sera admissible au crédit d’impôt fédéral de production télévisuelle. L’an dernier, la maison Pixcom a bénéficié de 240 000$ en crédits d’impôt d’Ottawa et de Québec pour sa série Et si c’était vrai ?, explorant le monde des médiums à Canal Vie.

On dira que le divertissement, c’est juste ça : du divertissement. C’est ce que Nicole Tardif, la porte-parole de TVA, m’a dit, au fond : « On peut y croire ou pas. »

Très juste. Mais on peut aussi faire comme Johnny Carson, qui faisait du divertissement lui aussi, mais qui n’aimait pas avaler des couleuvres.

En 1973, la star du paranormal mondiale s’appelait Uri Geller. Le jeune Israélien pliait des objets métalliques, comme des cuillers, par la seule force de sa pensée. Ou en les frottant très fort, tout en se disant « Plie ! Plie ! Plie ! » Ça faisait de la bonne télé.

Carson a donc invité le plieur de métal. Mais sur les conseils de son ami James Randi, l’animateur a imposé à Uri Geller l’argenterie du Tonight Show. Pas celle – évidemment trafiquée – du prodige.

Ce soir-là, Uri Geller n’a pas plié une cuiller, Chantal.

Pas une seule.

Quel est le slogan de TVA, déjà ? Ah, oui : « TVA, c’est vrai ».

Douce ironie.

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/201004/23/01-4273354-lesprit-troue.php

L’UNADFI et le CCMM dénoncent le désengagement de l’Etat

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unadfiLe 24 novembre 2009, la présidente de l’UNADFI, Catherine Picard, et le président du CCMM, Jacques Miquel, avaient répondu à l’invitation de l’avocat bordelais, Me Daniel Picotin, président de l’antenne Aquitaine du CCMM et avocat représentant les parties civiles dans l’affaire des « reclus de Monflanquin ».

A Bordeaux, les trois responsables ont dénoncé, au cours d’un point presse, le manque « d’outils juridiques » et le « désengagement de l’Etat ». Car, a expliqué Catherine Picard, la loi About-Picard contre l’abus de faiblesse, votée en 2001, n’est aujourd’hui plus suffisante pour lutter contre « les groupes importants ou les microstructures ».

Par ailleurs, à l’occasion d’une journée régionale des ADFI, à Villeneuve sur Lot, le 28 novembre 2009, Catherine Picard s’est exprimée sur l’affaire de Monflanquin qui est, à ses yeux, « un cas d’école ». Cela illustre la manipulation mentale et l’abus de faiblesse exercés sur des personnes que l’on ne soupçonnait pas comme étant « vulnérables ». « Personne n’aurait imaginé que des membres d’une même famille, socialement insérés, ayant un métier, puissent tomber dans le piège ». Cette affaire emblématique est aussi, note Catherine Picard, comme tant d’autres, liée à une escroquerie financière.

La présidente de l’UNADFI rappelle que c’est l’ADFI de Lot et Garonne qui, la première, avait signalé les faits au procureur de la République de l’époque en 2002. L’ADFI ayant rempli sa mission a ensuite passé le flambeau au CCMM. S’il n’y avait pas eu cette fin de non-recevoir dès le début, l’affaire n’aurait certainement pas pris cette tournure.

Catherine Picard termine, déplorant qu’il n’y ait pas « de ligne politique forte » et que, depuis deux ans, on cherche à « brouiller les cartes ». Et insiste-t-elle, la prévention reste avant tout « un axe essentiel ».

Sources : La Voix du Nord, 17.11.2009 & AFP, 24.11.2009 & LaDepeche.fr, Stéphane Bersauter, 30.11.2009

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