L’ancien avocat du gourou présumé a décrit hier le climat de peur dans lequel vivaient les membres de la famille Védrines. À l’époque, il s’était tu.

Costume-cravate seyant, calvitie élégante et sourire d’un grand-père gâteau en bandoulière, Me Vincent David entre d’un pas alerte dans le prétoire. Cet avocat d’affaires de 68 ans, inscrit au barreau de Paris, se sait attendu. Et plutôt deux fois qu’une. Il y a quinze ans, c’est lui qui a introduit le loup dans la bergerie en présentant Thierry Tilly, le gourou présumé, à Ghislaine de Védrines, épouse Marchand. Mais, de là à ce qu’il fasse publiquement acte de repentance il y a un pas. Quand il s’exprime, ses mots ont la tonalité de ceux d’une victime.

Dossiers bancals

Les deux hommes se sont rencontrés au milieu des années 1980. Ils se sont côtoyés pendant plus de quinze ans. « Il avait un abord sympathique. Il m’amenait des dossiers bancals. J’essayais de les remettre d’aplomb. Mais, en fait, cela se terminait toujours par une liquidation ou une évaporation dans la nature, raconte l’avocat. Il voulait gagner la confiance des gens, signer des contrats mais après il n’y avait pas de suite. Une seule chose l’intéressait : disposer d’une nébuleuse de sociétés. »

Avec le recul, l’avocat est devenu plus perspicace. À l’époque où il dispensait bénévolement ses conseils à Thierry Tilly, il ignorait où celui-ci travaillait et de qui il tenait ses revenus. À sa demande, il avait même accepté de gérer une société civile immobilière qui projetait la construction de plusieurs appartements dans les Alpes. Il espérait en récupérer un en guise d’honoraires. Non seulement il l’attend toujours, mais, lorsque Thierry Tilly a quitté son logement parisien à la cloche de bois, Me Vincent David, qui s’était bien imprudemment porté caution, a dû régler dix-huit mois de loyer.

Dans la terreur

Aujourd’hui, il en sourit un peu tristement. Sans doute parce qu’il est passé à deux doigts de la catastrophe. « Il vivait chez moi. Heureusement, mon épouse l’a foutu à la porte. Il s’était rendu à Nice, où ma belle-famille dispose d’un patrimoine important, pour en dresser l’inventaire. Son objectif, c’était de jeter le grappin sur des gens riches et de vivre sur leur capital. »

Tout comme Ghislaine de Védrines, Me Vincent David faisait partie des parents d’élèves de l’école privée parisienne La Femme secrétaire. Il avait appelé Thierry Tilly au secours pour qu’il les aide à reprendre l’établissement, qui battait de l’aile. « Pour quelqu’un qui n’était rien, c’était stupéfiant. En quelques mois, il avait pris un ascendant ahurissant sur Ghislaine Marchand. » Sur le moment, il ne s’en formalise pas outre mesure. Sollicité par Thierry Tilly, l’homme de robe participe même au déménagement nocturne de la maison de la compagne de Philippe, le frère de Ghislaine de Védrines.

Lorsque l’école ferme, une partie de la famille se réfugie provisoirement derrière ces murs. « Ils dormaient sur des paillasses, se souvient l’avocat. Ils se terraient dans des conditions lamentables. Thierry Tilly leur avait dit que la franc-maçonnerie allait les laminer. Ils vivaient dans la crainte permanente d’un ennemi extérieur. Un réseau de caméras avait été installé. Philippe avait stationné sa voiture devant la porte pour qu’on ne puisse pas l’ouvrir. »

À dormir debout

À Paris comme au château de Martel à Monflanquin, où la famille ne tarde pas à se cloîtrer, plus personne ne sort, à l’exception notable de Ghislaine. Non pas parce que Thierry Tilly l’exige mais parce que ces aristocrates ont la conviction d’être en danger. L’ennemi s’appellera bientôt Jean Marchand : le mari de Ghislaine ne se résout pas à voir sa femme lui échapper. Il remue ciel et terre, sans imaginer que la révélation de l’affaire suscitera un effet diamétralement opposé à celui escompté. En septembre 2003, « Sud Ouest » est le premier à publier une enquête sur ce cataclysme familial. Les Védrines y voient la preuve éclatante que Tilly dit vrai : on leur en veut !

Depuis le début du procès, le gourou présumé noie le tribunal sous un flot d’explications agrémentées de quelques récits extravagants. Ils déclenchent l’hilarité de la salle, à défaut de dissiper l’incompréhension. Comment les 11 membres de la famille Védrines ont-ils pu se laisser prendre au piège de ces histoires à dormir debout ? On aimerait les entendre. Mais, pour l’heure, la présidente Marie-Élisabeth Bancal ne leur a toujours pas donné la parole.

Source : Sud Ouest du 27/09/2012