Le gourou Thierry Tilly comparaît depuis lundi pour avoir manipulé et dépouillé une famille aristocratique du Sud-Ouest, les Védrines. Au fil du procès, son emprise sur le clan semble totale, mais il peine à se justifier.

Dans le box du tribunal de Bordeaux, Thierry Tilly apparaît de plus en plus agité. Il comparaît depuis lundi, et pour encore une semaine, accusé d’avoir manipulé une famille aristocratique du Sud-Ouest, les Védrines, et de les avoir dépouillés de leurs biens entre 2000 et 2009. Le montant du forfait est estimé à environ 5 millions d’euros. Le procès progresse de manière chronologique. Au fur et à mesure qu’il approche de la chute du prévenu, arrêté en 2010, celui-ci perd de sa superbe: son propos se fait de plus en plus délirant, sa gestuelle devient saccadée et, par moments, il bégaye.

S’il a commis les faits qui lui sont reprochés, M. Tilly est l’un des plus exceptionnels escrocs qui soit. Il pourrait même prétendre à la dignité de gourou honoraire, tant son emprise sur ses proies fut totale. Au début de l’année 2008, il a déjà siphonné la majeure partie de la fortune familiale, le trait de génie consistant à laisser les dupes orchestrer leur propre faillite. Lui, il tirait les fils à distance. Les Védrines ne possèdent plus, pour l’essentiel, que leur château de Monflanquin, dans le Lot-et-Garonne. Selon eux, M. Tilly les fait venir en Angleterre, où il réside, les trimballant de Londres à Oxford dans des conditions indignes. C’est là que se joue, en janvier 2008, un épisode dramatique, le plus grave de ce dossier.

Onze personnes sous le joug du gourou

Thierry Tilly a convaincu les onze membres de la famille qu’il a placés sous son joug qu’en vertu d’une «transmission», Christine, épouse de Charles-Henri de Védrines, est dépositaire d’un trésor confié par quelque roi à ses ancêtres. Il est si convaincant que ce sont les Védrines eux-mêmes qui en définissent la forme: de l’or. M. Tilly les conforte en expliquant qu’en «langage héraldique», le nom de jeune fille de Christine (Cornette de la Minière) signifie «gardien de la mine».

C’est très fort. Et très effrayant. Le problème, c’est que la dépositaire de cette manne ne se souvient plus – et pour cause – de l’endroit où elle se trouve. Si bien que, selon les Védrines, M. Tilly, excédé, la soumet à une véritable séance de torture, qu’elle raconte au tribunal: «C’était dans une maison, à Oxford. J’ai été contrainte de m’asseoir sur un tabouret, face au mur. J’avais interdiction d’aller aux toilettes et de dormir, car Thierry Tilly prétendait que j’avais été hypnotisée à Bordeaux et que si je dormais, je deviendrais folle. Les autres m’empêchaient à tour de rôle de sombrer dans le sommeil. Il m’a menacée de me priver de mes enfants, ou de m’envoyer dans un bordel pour Noirs. Il m’a frappé plusieurs fois, très violemment, dans le dos, c’était censé me faire retrouver la mémoire. Ghislaine (sa belle-sœur, également partie civile, NDLR) m’a frappée aussi. Cela a duré du 5 au 19 janvier. Là, j’ai été autorisée à prendre une douche; je ne pouvais plus marcher, je me traînais à quatre pattes».

Le témoignage est impressionnant, d’autant qu’il est livré avec calme. Voici donc une famille tout entière, dont le cerveau ne produit plus rien de clair, persuadée qu’il existe, quelque part, un pactole et qui laisse, pour un misérable tas d’or, l’un de ses membres se faire humilier et molester sans réagir, ou presque.

Invité par la présidente Marie-Elisabeth Bancal à répondre, le prévenu s’agite en tous sens et raconte n’importe quoi. À présent, la marionnette, c’est lui.

Source : Le Figaro du 28/09/2012