Le procès de Gonzalez et Tilly touche à sa fin. Leurs avocats doivent s’exprimer aujourd’hui au tribunal à Bordeaux. Mercredi, les experts ont décortiqué la technique qu’ils sont supposés avoir employée.

Comment Thierry Tilly a-t-il réussi pendant près de dix ans à prendre le pouvoir sur onze personnes de trois générations, tous membres d’une famille d’aristocrates protestants, de bon niveau intellectuel, très bien insérées dans la vie sociale ? Les huit premiers jours du procès devant le tribunal correctionnel de Bordeaux ont permis de lever un coin du voile. Tout paraît résider dans «l’habileté stupéfiante de Thierry Tilly dans l’appréhension des mécanismes psychiques», selon le docteur Daniel Zagury. «Avant de rencontrer les De Védrines, je pensais que c’était une famille de dégénérés. Pas du tout ! Ce sont des gens tout à fait normaux» confie-t-il au tribunal, allant jusqu’à lâcher un «Bravo l’artiste !»

Le «cheval de Troie»

Pour cet expert psychiatre renommé, le mot-clé de cette affaire est «l’abus de transfert». Thierry Tilly l’aurait utilisé comme levier pour «surexploiter cette famille». C’est comme s’il faisait «réémerger les premiers temps de la vie, quand tout dépend de l’amour des parents». Il «s’introduit dans la famille et très vite y prend toute la place» résume le Dr Zagury. Ainsi, «ils doivent pour exister être soumis à ce personnage, dans une régression infantile où vont disparaître intelligence, rationalité, esprit critique et autonomie de pensée». Dès lors, «tout est possible : la femme peut récuser le mari, la fille peut accuser la mère d’abus sexuel, le père peut intenter des procès à ses enfants…».

Pour parvenir à ses fins, Tilly utilise Ghislaine de Védrines comme «cheval de Troie». Après s’être assuré de sa confiance en l’aidant à remonter son École des secrétaires, il se fait introduire par elle dans la famille. D’abord, il fait du «surmesure» en repérant «chacun dans ses failles, dans ses fragilités». Puis il crée une «paranoïa individuelle», en même temps qu’une «paranoïa de groupe» : «Il y a nécessité de rester ensemble pour se défendre face à l’extérieur, et si on sort du rang, c’est que l’on est un traître !». Il supprime tous les liens directs : toute communication doit passer par lui. Il est omniprésent. Pour le Dr Zagury, c’est «le monde selon Thierry Tilly : seules ses explications sont vraies». Il utilise aussi la «technique de l’astrologue», celle «du chaud et du froid, de l’hostilité puis de la gratification…» Pour le psychiatre, c’est un dévoiement du transfert psychanalytique en escroquerie relationnelle».


Dix ans requis

Le procureur de la République Pierre Bellet a hier, requis 10 ans d’emprisonnement, la privation des droits civiques et civils, et l’interdiction de gérer une entreprise à l’encontre de Thierry Tilly. «Une peine de réclusion à laquelle la famille De Védrines a été condamnée par lui» a souligné le magistrat dans son réquisitoire. Contre Jacques Gonzalez, 5 ans dont un avec sursis, privation des droits civiques et civils pour 4 ans, et «l’obligation d’indemniser les victimes.» L’enquête a établi qu’il avait perçu 1,5 des 4.6 millions d’€ détournés pendant près de 10 ans.

Source : La Dépêche du 05/10/12