Du 10 au 18 septembre inclus, j’ai participé en qualité de partie civile pour le compte des époux Dominique et Isabelle LORENZATO au procès du gourou TANG devant la Cour d’Assises de l’ARIEGE.

Celui ci était renvoyé pour viols, abus de faiblesse et agressions sexuelles sur mineures de moins de 15 ans.

Tout l’enjeu de la procédure était de savoir si un jury populaire pourrait reconnaître l’état d’emprise mentale rendant impossible aux victimes de refuser les exigences du gourou, quelles soient financières ou à caractère sexuel.

Sachant que mes clients sont restés sous emprise durant 22 ans et 7 mois, il n’était pas évident de faire comprendre à la Cour d’Assises l’état d’assuétude dans lesquels ils ont été si longtemps plongés ?

En l’absence de violence physique, dès lors que « l’emprise mentale » n’aurait pas été reconnue, on pouvait considérer qu’il y avait consentement et TANG pouvait être acquitté.

L’affaire était d’autant plus tendue que TANG s’est présenté libre après deux ans de prison préventive, entouré d’une quinzaine de ses adeptes, ce qui donnait un climat lourd à l’audience.

La thèse du gourou était que les mineures étaient des « menteuses » tandis que les autres parties civiles auraient été instrumentées par mes clients, les époux LORENZATO, qui auraient fomenté un complot pour se venger…

Heureusement, les sept jours de débat ont permis à un grand nombre de victimes qui d’ailleurs, pour la plupart, ne se sont pas constituées partie civile, de faire part de leur témoignage argumenté et spécifique.

Ces comparutions ont ainsi fait litière de toute notion de complot.

L’expertise psychiatrique du Docteur AJZENBERG, psychiatre, a mis en lumière le caractère pervers du gourou et surtout l’état de sujétion psychologique manifeste dans lequel se trouvaient les adeptes.

J’avais signalé, en clôturant ma plaidoirie, que le jury populaire n’était pas tenu de suivre la réquisition du parquet et qu’il pouvait condamner au delà de ce qui était demandé…

C’est exactement ce qui s’est produit sachant que le parquet ayant requis 10 à 12 ans de réclusion criminelle, c’est finalement 15 ans que devait récolter TANG.

Bien sûr, il s’est empressé de faire appel et l’affaire devra sans doute repasser à TOULOUSE devant la Cour d’Assises de HAUTE GARONNE dans un an et demi.

En attendant, il est immédiatement reparti en prison, ce qui permettra, nous l’espérons, de mettre un terme à ses agissements préjudiciables.

En effet, ce cas d’école présente une multitude des recettes mise en œuvre par les gourous pour attirer leur proie : au départ, un discours humanitaire et attractif dans le cadre d’un groupe accueillant comme une grande famille.

Le gourou, a priori charismatique, semble avoir une parole d’une grande facilité, touchant au cœur les membres de son groupe.

Ensuite ces derniers faisaient l’objet, au cours de l’enseignement dispensé chaque soir de 23 H à 3 H du matin, voire plus tard, de « positionnement », genre de confession publique et surtout culpabilisation de l’adepte censé avoir fauté dans la journée…

Pire, l’application de la « loi du retour »  allait jusqu’à la menace de mort ou de grand malheur pour ceux qui se proposaient de quitter le groupe ou de ne pas respecter l’enseignement de TANG !

Ajouter à cela les périodes de jeûne, les travaux intenses fatiguant les adeptes et le contrôle de la vie quotidienne, autorisation de sortie pour fréquenter amis et famille, nécessité d’accord pour voir le médecin, mariage au sein du groupe dicté par le gourou, choix des prénoms, choix des métiers, choix des lieux de vie, etc…

Voilà un riche cocktail de ce qui peut se faire en matière sectaire dans la France contemporaine…

Sujet de regret et d’amertume, TANG avait été pointé par le rapport de l’Assemblée Nationale de 1995 sous le vocable d’une de ses associations, l’ADLEIF (Association de Défense des Libertés d’Expression d’Institution Française).

Aujourd’hui, l’Etat semble avoir renoncé à tout référencement des sectes alors que l’on se rend compte, en voyant ce type de dossier, de leur utilité.

De la même manière, une première condamnation de Robert LE DIHN à 30 mois de prison devant la Cour d’Appel d’AGEN était censé donner un avertissement à l’intéressé pour qu’il comprenne les règles de la vie sociale.

En réalité, comme l’Expert Judiciaire l’a indiqué, Robert LE DIHN apparaît incapable de se « réformer » intérieurement et il n’a été préconisé aucune injonction de soin.

En effet, ce gourou est enfermé dans son personnage qu’il ne peut remettre en cause, sauf à tomber dans une sévère dépression.

Le jury a donc suivi les parties civiles composées de Maître TERRACOL de TOULOUSE, qui représentait également l’UNADFI, Maître Laurent BRUNEAU du Barreau d’AGEN et LESPRIT du Barreau de FOIX, ainsi que moi-même.

C’est donc une décision lourde de sens qui a été prise par un jury populaire qui a compris que dans une secte avec à la tête un gourou, la manipulation mentale met l’adepte sous emprise, ce qui lui ôte tout discernement et libre arbitre.

En l’absence de consentement des victimes, la Cour d’Assises est donc rentrée à juste titre en voie de condamnation ».

Bien amicalement,

Daniel Picotin