Dans le procès en appel de Robert Le Dinh, accusé de viols aggravés, d’agressions sexuelles y compris sur des mineures et d’abus de faiblesse aggravé, une ancienne adepte a décrit hier, devant la cour d’assises de Haute-Garonne, ses 23 années de « prison mentale ».

« Assis, les mains sur les genoux, il fallait boire ses pensées. Si on bougeait, cela voulait dire que le mal était en nous. Au bout de 8 heures à le fixer, prise dans une sorte d’hypnose mentale, j’ai moi aussi vu une armée céleste autour de lui. »

À la barre de la cour d’assises de Haute-Garonne devant laquelle comparaît depuis mercredi Robert le Dinh, Isabelle Lorenzato raconte les 22 années et 7 mois passés « sous l’emprise » du gourou présumé. Elle a tant à dire depuis qu’elle a quitté « la secte » il y a cinq ans et qu’avec son mari, douanier et pompier volontaire, elle a dénoncé en avril 2007 les agissements de Robert Le Dinh pour que « tout cela s’arrête ». Comme elle l’avait fait devant la cour d’assises de l’Ariège qui a condamné Le Dinh à 15 ans de réclusion criminelle le 18 septembre 2010, Isabelle Lorenzato s’est de nouveau livré hier au récit complet de son « douloureux vécu ». Sa première rencontre à 19 ans, dans le Lot-et-Garonne avec celui qui se fait appeler « Tang » et qui dit avoir reçu un message divin du Christ faisant de lui « le troisième messie », l’« atmosphère de famille » qui se dégage du groupe et dont elle a tant besoin, et l’étau qui se referme très vite sur elle.

« Il était Dieu, la vérité »

« J’ai été prise tout de suite dans les mailles du filet, incapable d’analyser les choses par moi-même. Il nous expliquait qu’il fallait accepter la souffrance, dépasser nos limites pour sauver le monde. Il était Dieu, la vérité », explique cette greffière de la cour d’appel d’Agen.

Rapidement, les « missions sexuelles » ont accompagné la diffusion des tracts à la gloire de Tang, les réunions d’enseignement mystique chrétien, les révélations du « grand monarque » à recueillir à toute heure du jour et de la nuit. Sans oublier les interminables séances de positionnement au cours desquelles chaque personne prise en faute, même « pour une minute de retard » se voyait questionnée durant des heures sur son comportement devant la communauté.

La voix étranglée mais décidée à tout dire, Isabelle Lorenzato revient sur les fellations imposées, les rapports contraints y compris avec d’autres femmes du groupe et sur cette implacable « loi du retour » qui forçait à l’obéissance. « Il me disait que j’étais responsable des attouchements et des violences que j’avais subis étant plus jeune et que je devais en passer par là pour épurer mes fautes ».

Durant les 5 heures qu’a duré son audition, Isabelle Lorenzato s’est efforcée de faire comprendre aux juges et aux jurés l’« emprise et la manipulation mentale » que le gourou présumé exerçait sur son groupe, dans le Lot-et-Garonne d’abord et à partir de 2005 à Bonac-Irazein, près de Castillon en Ariège. « On aurait pu tuer pour lui », dit-elle à deux reprises. L’ascendant de Tang était tel qu’il choisissait les professions de ses jeunes adeptes, dans l’administration si possible, formait et défaisait les couples, décidait du nombre d’enfants et se faisait entretenir le plus naturellement du monde. C’est entre « un monde extérieur diabolisé » et une « atmosphère de peur continuelle » qu’a vécu Isabelle Lorenzato. « Aujourd’hui encore, alors que j’en suis sortie, que je sais que Tang est un être vide, sans aucun pouvoir, un escroc, la peur m’habite toujours ».

Source : La Dépêche du 03/04/2012