Le psychiatre et le psychologue qui ont examiné les trois victimes adultes de Bernard Boumedine, accusé de viols et violences devant la cour d’assises de la Gironde, ont confirmé mercredi, malgré des divergences, qu’elles étaient bien sous « l’emprise » ou « la contrainte » de l’accusé.
L’expert psychologue, le Dr Salim Hachouf, a noté que Bernard Boumedine et sa femme Valérie, partie civile, comme leurs voisins, Michel et Eve D, « n’avaient pas de vie sociale particulière », et que « le fonctionnement un peu autarcique de ces couples est le ferment » de ce qui a suivi : des violences ou viols à huis clos, sur fond d’un « niveau de naïveté (des victimes) qui me paraît ahurissant », a jeté l’expert.

L’expert psychiatre, le Dr Dominique Dandelot, a aussi noté « le vase clos qui va s’installer petit à petit » entre les protagonistes.
Le Dr Hachouf a noté aussi les « fragilités identitaires » de Valérie et des D., « leur fonctionnement dépendant, passif, qui ont rendu la tâche moins compliquée pour M. Boumedine », et le Dr Dandelot « les indubitables traits de vulnérabilité » des victimes, peu sûres d’elles.
Le psychologue a cependant résisté à l’avocat du couple D., Me Daniel Picotin, spécialiste des questions de sectes et d’emprise, en refusant de considérer que les victimes étaient à proprement parler sous « l’emprise » de M. Boumedine.
En cas d’emprise, selon lui, la victime est « au pied du gourou », quand elle ne précède pas ses demandes. Avec M. Boumedine, a-t-il dit, on était « dans un rapport d’obligation », puisqu’il est question parfois « d’injonctions répétitives ». « M. Boumedine était servi parce qu’il exigeait, alors que le gourou n’a pas besoin de demander », a-t-il insisté.
Mais le Dr Hachouf a reconnu « l’ascendant psychologique important », voire « la contrainte » exercée par ce dernier.
Le Dr Dandelot a pour sa part volontiers accepté de reconnaître « un niveau d’emprise évident » dans cette affaire.
Pour sa part, l’expert psychologue Paule Dahan, qui a examiné les deux mineures, a affirmé que la fille des D., X., âgée de 12 ans au moment où l’accusé l’aurait agressé sexuellement, est « honteuse d’être une fille abusée de parents abusés ». « Elle n’a jamais été consentante pour ces attouchements », a pour sa part souligné le pédopsychiatre Bernard Cazenave.
Evoquant le cas de la fille Y., la fille de Valérie qui était âgée de 6 ans au moment où elle aurait subi des attouchements de son père adoptif, M. Boumedine, Mme Dahan, a affirmé qu’elle souffre désormais d’une « atteinte de l’image de soi » mais qu’il est difficile de dire si c’est lié à « des maltraitances ou à des abus sexuels ».
Après avoir entendu les deux mineures à huis clos mercredi en début d’après-midi, la cour a écouté le témoignage de Valérie qui a évoqué les brimades que l’accusé infligeait à sa fille et la manière dont il s’est « frotté » contre X.
« Arrêtes de mentir! », lui a lancé l’accusé depuis son box. C’est « un pervers et un obsédé sexuel » a répondu Valérie qui a soutenu qu’à l’époque des faits « elle était impuissante » face à lui.
M. Boumedine s’est défendu, affirmant que les deux fillettes comme les trois autres victimes présumées « ont menti » et qu’il n’a « jamais commis des attouchements sur qui que ce soit ».

Source : Le Parisien du 15/02/12