Créateur d’une fondation fantôme, Jacques Gonzalez, 64 ans, a aidé le gourou Tilly à dépouiller la famille Védrines.

Deux événements considérables marquent l’année 1999. D’une part, un médecin radié et un ancien importateur d’automobiles créent une fondation humanitaire, Blue Light (lumière bleue). D’autre part, Thierry Tilly, qui vient de rencontrer l’importateur, s’introduit dans la famille Védrines, au château de Monflanquin. Dix ans plus tard, M. Tilly est arrêté en Suisse, Blue Light n’a pas construit le moindre dispensaire en Afrique, les Védrines n’ont plus un sou.

L’ex-importateur, président de la fondation, se nomme Jacques Gonzalez. Il est âgé de 64 ans, se déplace en fauteuil roulant, affiche le teint grisâtre des malades et des détenus. Interpellé en 2010, il est actuellement sous contrôle judiciaire en raison de son état de santé. Cet homme à la biographie évanescente explique pourquoi le nom de Blue Light a été retenu: «C’est sympathique et joli.» Puis, il présente sa conception de l’humanitaire: gagner beaucoup d’argent, le placer et, avec les intérêts, construire des dispensaires. Une sorte de mécénat, donc. Pour obtenir les indispensables crédits bancaires, il dispose de bons du Trésor américain dont la valeur approcherait les 500 millions de dollars. Il s’agit en réalité de vieux papiers qui, à la rigueur, pourraient amuser des collectionneurs. Pas rassurer les banques. De sorte que la somme de 1,5 million reçue et dépensée par M. Gonzalez provient, selon l’accusation, d’une seule source: les Védrines, dépouillés par M. Tilly en connivence avec «le président de la fondation». Lequel se consacre à plein-temps au lancement de Blue Light. S’il ne construit pas de dispensaire, il se vêt avec recherche, dépensant 84.000 € chez un tailleur italien réputé. Il roule dans une BMW à 93.700 €. Quand il veut savoir l’heure, il consulte sa Rolex ou sa Patek Philip (il possède huit montres de luxe).

Le président préside avec faste sa coquille vide. M. Tilly lui relate les faits et gestes des Védrines, qu’il coupe du monde réel. Il fait venir Ghislaine à Londres où, affirme-t-elle, son «patron» la terrorise, lui révélant que sa sœur (emportée par un cancer) a été assassinée par son beau-frère, tandis que son mari à elle a mis un contrat sur sa tête. Une conception très singulière de la charité.

Tondus comme des moutons

En 2009, les Védrines ont été tondus comme des moutons, mais Blue Light a encore besoin de courant. Au téléphone, M. Gonzalez hurle à son «excellent collaborateur»: «J’en ai plein le c… de ces gens-là, il faut que l’argent rentre, moi, je vais lâcher les chiens!» La présidente Marie-Elisabeth Bancal, qui gère cette audience avec maestria, le gronde: «Dites donc, vous vivez grâce à eux depuis neuf ans! Ce sont les uniques donateurs de votre fondation.»

L’infirme au teint blême, d’une voix sourde: «C’est ma façon de parler quand je suis en pétard.» Il prétend qu’il ignorait que les Védrines se faisaient spolier, jure que M. Tilly lui a menti: «On ne commence pas une fondation humanitaire sur des bases pareilles», ajoute-t-il.

Pathétiques protestations. Il y a longtemps déjà que la présidente a éteint la lumière bleue et que la pseudo-fondation apparaît pour ce qu’elle est: un aspirateur silencieux qui ne ramassait que de l’argent au château de Monflanquin.

Source : Le Figaro du 02/10/12