Philippe Lamy, ex-gérant d’un club libertin à Listrac-Médoc (Gironde), a répondu mercredi devant le tribunal correctionnel de Libourne d’abus de faiblesse, agressions sexuelles et exercice illégal de la médecine, après avoir placé sous « emprise mentale » trois femmes — dont l’une atteinte d’un cancer — et leur avoir prescrit de faux traitements.

Au terme des débats, émaillés des témoignages poignants des victimes, le procureur Christophe Auger a requis quatre ans de prison dont un avec sursis contre le prévenu, une peine assortie d’une demande de mandat de dépôt.

La présidente du tribunal correctionnel, Cécile Baudot, a décrit le « même processus d’emprise » et d »esclavagisme » infligé, entre septembre 2012 et juin 2014, à ces femmes malades et vulnérables. L’une était traitée pour un cancer de la thyroïde et les deux autres pour dépression au moment des faits.

« Gélules magnétisées », « sang de poulet », séances de spiritisme assorties de « rapports sexuels forcés », « isolement des victimes », le prévenu a suivi, selon les témoignages concordants de ses accusatrices le même mode opératoire pour chacune d’elles. Sa « stratégie » consistait à s’immiscer dans leur vie jusqu’à en prendre totalement le contrôle, ont-elles expliqué.

La première a raconté comment, « au départ, elle est séduite et lui fait confiance ». Mais « ensuite, ça s’est dégradé ». Elle a décrit dans le détail des rapports sexuels particulièrement violents.

« Je conteste! C’était une relation naturelle, un jeu de rôles », a lancé Philippe Lamy. Guy Veillon, ostéopathe et compagnon de la victime, était cité à la fois comme victime du « gourou » et co-prévenu pour avoir commandé pour Lamy, les gélules censées guérir ses « patientes ». Il a affirmé avoir agi sous « son emprise mentale ». « Petit à petit, Lamy a pris de plus en plus de place… moins j’avais de discernement plus je m’enfonçais ».

Contre lui, le procureur a requis huit à dix mois de prison avec sursis.

« Je ne comprends pas pourquoi ils ont inventé tout ça. Il n’y a jamais eu de violence je n’ai jamais forcé qui que ce soit, c’est eux qui sont venus à moi », s’est défendu Philippe Lamy.

Sa deuxième victime a expliqué comment le « gourou » l’avait persuadée de suspendre son traitement contre le cancer au point de mettre sa vie en danger. Elle a évoqué à son tour les humiliations sexuelles et la vente de sa maison sous la pression du magnétiseur: « J’étais devenue une marionnette ».

Philippe Lamy a assuré qu’il y avait un « amour récipoque » entre eux. La victime a protesté: « Il n’y avait pas du tout d’amour .. j’étais terrorisée, sous-alimentée et épuisée par la maladie. Ce personnage ne doit plus être dehors ».

Le Parisien du 05/10/16