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Trois membres d’une famille vivant en cohabitation intergénérationnelle à Val-de-Virvée luttent contre le placement provisoire de leurs enfants.

Moins 4 kilos, moins 3 kilos, moins 5 kilos. Tous les jours, trois grévistes de la faim de la commune nouvelle de Val-de-Virvée rendent publique l’évolution de leur perte de poids. Entamé le 15 février dernier, le mouvement entend contester une ordonnance de placement provisoire qui confie la garde des trois enfants de 11 et 9 ans et petits-enfants des grévistes de la faim à leur mère avec un droit de visite médiatisé tous les quinze jours.

Education « exigeante »

Tout est parti d’un signalement de l’école qui a déclenché une enquête pour « des violences sans incapacité de travail sur mineur de 15 ans par ascendant ». La justice a estimé qu’il y avait urgence à agir pour ces « mineurs évoluant au sein d’une communauté aux pratiques religieuses extrêmement contraignantes » et a pris cette mesure de protection. Une décision jugée arbitraire par le père qui s’épanche sur Internet (1).

En cause, des corrections physiques (le plus souvent des tirages de cheveux et d’oreille), des punitions écrites et des règles de vie très strictes, assumées voire revendiquées par le quadragénaire au titre d’une éducation « exigeante ». Il est convoqué ce mardi à la brigade de recherches de Bouliac pour être entendu par les gendarmes sur ces faits allégués. Avec le sentiment que son procès a déjà été fait dans son dos.

Informé comme d’autres habitants par des tracts affichés ces derniers jours sur des vitrines de commerces ou du cabinet médical, le premier édile Armand Mercadier se dit « démuni dans la fonction de maire face à cette situation ». Et « inquiet car une grève de la faim met en jeu la vie des gens ». D’autant que « dans un environnement difficile », le père a choisi de mettre l’affaire sur la place publique. Se défendant paradoxalement d’accusations qui ne sont pas clairement formulées.

Le curieux groupe Girolle

L’homme est en effet persuadé qu’à travers ce conflit familial, c’est le groupe spirituel auquel il appartient, l’association Girolle créée en 1986 par son père psychanalyste, qui est visé. Utilisant le site de Girolle comme tribune, il fait le récit de ses démêlés avec la justice, critiquant au passage juges, gendarmes, maire, éducation nationale, parents d’élèves.

Mais, rapidement, il dévie le propos et le dossier d’assistance éducative passe au second plan. S’estimant attaqué parce qu’il est membre de ce groupe de pensée, il en défend l’organisation et les activités, en appelle à la liberté de conscience, produit des témoignages de soutien qui rappellent que Girolle « n’a jamais fait l’objet d’aucune plainte ni désordre », ni « jamais utilisé le moindre prosélytisme auprès de la population locale ». Il a même lancé une pétition en ligne et un bulletin de suivi quotidien des grévistes de la faim est publié avec les lettres ouvertes.

« Le fonctionnement de ce groupe Girolle pose question depuis une vingtaine d’années aux services de renseignement et aux associations de lutte contre les dérives sectaires », sait Me Daniel Picotin, avocat fondateur de la Société française de recherche et d’analyse de l’emprise mentale (SFRAEM) et conseil de nombreuses victimes. « Il y a des pratiques rituelles, philosophiques et communautaires qui laissent penser qu’il y a une problématique. »

Source : Sud Ouest du 26/02/18