Les adeptes de Robert Le Dinh, accusé de viols et d’agressions sexuelles étaient-ils bien sous son emprise mentale ? Cette question a fait, hier, l’objet des débats de la cour d’assises de la Haute-Garonne

Au cinquième jour du procès en appel de Robert Le Dinh, alias Tang, devant la cour d’assises de la Haute-Garonne, la question de l’existence ou non d’une emprise mentale exercée par le gourou présumé sur les membres de son groupe, a occupé une large partie des débats. Hier matin, le président Jean-Louis Cousté lui-même s’est interrogé en demandant à Dominique Lorenzato, qui a été le premier à porter plainte contre Tang en avril 2007 : « Y-a-t-il souffrance puisque tout était accepté ? ». Réponse de l’époux d’Isabelle Lorenzato : « Il était nécessaire de souffrir, cela faisait partie de l’enseignement de Monsieur Le Dinh. Celui qui l’avait reconnu comme le Saint Élu devait accepter sa parole sans condition ». C’est ensuite aux questions des avocats de la défense qui ont pointé le zèle avec lequel il avait rempli son rôle d’intendant, mené les fameuses séances de positionnement pour « recadrer » les adeptes fautifs, décortiqué les comptes des mauvais payeurs ou encore pris en charge les travaux des maisons successives acquises par le groupe dans les environs d’Agen et plus tard en Ariège, que Dominique Lorenzato a tenté de s’expliquer. « C’était à la demande de Monsieur Le Dinh. Pendant vingt ans, comme des abrutis, nous avons creusé des tranchées, construit des murs, sorti l’argent à la sueur de nos fronts pour financer les maisons. Nous voulions faire plaisir au Saint Élu et accomplir notre devoir en servant notre maître

[…] Il nous martyrisait et notre double peine c’est que nous étions convaincus que tout était de notre faute ».

« Un prédateur »

En écho à son épouse qui avait témoigné la veille durant cinq heures, notamment des rapports et des jeux sexuels auxquels elle avait dû se livrer, Dominique Lorenzato a insisté sur ses années perdues, sur « les tortures psychologiques » exercées par celui qu’il qualifie de « prédateur » et sur l’impossibilité pour les adeptes d’aller à l’encontre de leur maître, « émanation de la puissance divine ». À la barre, l’expert-psychiatre Daniel Ajzenberg, qui était déjà intervenu au procès de Foix en 2010, s’est lui aussi efforcé de faire admettre « l’emprise mentale indéniable » que Robert Le Dinh a pu avoir sur les membres de son groupe. En témoigne selon lui, cette « peur presque phobique » présente chez la plupart des parties civiles, d’une malédiction qui pourrait frapper leurs enfants depuis leur départ de la secte présumée. Pour Daniel Ajzenberg, il est clair que la révélation divine qu’aurait reçue Robert Le Dinh a servi d’« argumentaire » dans le but d’utiliser la vulnérabilité de ses adeptes et qu’aucun d’entre eux n’a rejoint Tang par hasard. « Dans tous les groupes, on retrouve le même mécanisme, une certaine fragilité des personnes au départ et une réassurance de ces groupes dans lesquels on pense pour vous

[…] L’individualité s’atténue petit à petit avec la perte de toute possibilité d’opposition ou de critique, on devient un objet disponible pour satisfaire les désirs de quelqu’un ou d’un groupe. On assiste à la disparition de l’identité antérieure et à la fusion dans l’identité groupale avec une obligation d’adhésion », a expliqué à plusieurs reprises l’expert-psychiatre. Devançant les questions des avocats de la défense qui, dès le premier jour de ce procès en appel ont annoncé qu’ils tenteraient de démontrer que les « personnes qui appartenaient au groupe de Robert Le Dinh étaient libres et responsables de leur choix », Daniel Ajzenberg a affirmé que les membres du groupe en question n’avaient plus leur libre-arbitre. D’où l’impossibilité pour eux, avant d’en être sorti, de « tuer le père, de tuer Dieu ».

Source : La Dépêche du 04/04/2012