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Le 11 juin prochain, les Védrines ont rendez-vous avec la cour d’appel pour tenter une nouvelle fois de récupérer le château familial de Martel, bradé du temps du gourou.

La cour d’appel d’Agen sera probablement le théâtre du dernier épisode de la saga judiciaire des Reclus de Monflanquin.

Le lundi 11 juin à 14 heures, Charles-Henri et Christine de Védrines, deux des Reclus, viendront, accompagnés de leurs avocats, dont Me Picotin du barreau de Bordeaux, au palais de justice d’Agen avec des objectifs ambitieux : non seulement il s’agira d’obtenir de la cour la confirmation du jugement en première instance mais plus encore arracher la nullité de la deuxième vente du château de Martel à Monflanquin, le berceau de la famille des Védrines depuis des siècles. Ce qui permettrait à Charles-Henri et Christine de Védrines de récupérer ce bien précieux dont ils estiment avoir été contraints de céder, sous l’emprise mentale du gourou Thierry Tilly.

Magistrats audacieux

Un vrai challenge sur le plan juridique mais qui au vu des dernières décisions dans cette affaire et à l’évolution constante de la jurisprudence n’est pas à exclure, la cour d’appel d’Agen s’étant montrée notamment dans ce dossier plutôt audacieuse.

Rappelons que le château de Martel a été cédé par les Védrines en janvier 2008 « au prix d’un appartement bordelais », soit 470 000 euros malgré avec ses 1 000 m2 et son 1,7 hectare de terrain. La vente de Martel était un nouvel avatar de l’entreprise de pillage perpétré par « le gourou » qui au final aura dépouillé la famille Védrines de près de 4,5 millions d’euros.

Or, en première instance, le tribunal de grande instance d’Agen a jugé en septembre 2015 qu’au moment de la cession, les Védrines n’étaient pas sains d’esprit, suivant là un arrêt de la cour d’appel qui dans une affaire connexe avait frappé de nullité un contrat d’exclusivité signée avec un agent immobilier, en raison de l’insanité d’esprit des propriétaires du château de Martel. En conséquence, la vente du château opérée en janvier 2008 était jugée également nulle. Dans le même temps, le notaire de Valence-d’Agen, Jean-jacques Boué, qui avait enregistré la vente, était lui condamné à payer 200 000 euros de dommages et intérêts aux époux Védrines et 490 000euros à la SCI toulousaine Yife, le premier acheteur du château, le tribunal jugeant que l’officier ministériel n’avait pas fait son devoir de conseil car il ne pouvait ignorer la situation des Védrines au moment de la vente, en raison notamment de la couverture médiatique de l’affaire.

Bataille du 11 juin

En revanche, le tribunal n’a pas invalidé la deuxième vente, estimant que l’actuel propriétaire du château était de bonne foi. Les conseils des Védrines vont s’employer le 11 juin, dans un débat qui promet d’être complexe sur le plan juridique, à démontrer qu’au moment de la deuxième vente, il y avait matière à douter de l’environnement de la transaction et qu’il faut donc invalider également la deuxième vente, sans laquelle les Védrines auraient probablement déjà reconquis leur château. La bataille du 11 juin dira s’il y a encore des raisons d’espérer.

L’affaire des « Reclus de Monflanquin » : les dates clés

Courant 1999

Thierry Tilly entre dans la vie de la famille via l’école que dirige Ghislaine de Védrines, à Paris. Il se dit agent secret.

Septembre 2001

11 des membres de la famille se retranchent dans le château familial de Martel, à Monflanquin (47), sous le contrôle de Thierry Tilly . Les autres sont exclus.

Mai 2004

La famille se dessaisit de tous ses biens au bénéfice de Thierry Tilly . Les meubles du château de Martel sont vendus au profit du fisc.

Octobre 2009

Thierry Tilly, soupçonné d’avoir placé sous emprise mentale une partie de la famille de Védrines est arrêté et incarcéré à la prison de Gradignan (Gironde).

Novembre-décembre 2009

Une opération en Angleterre permet la « libération » et le retour en France des sept membres de la famille de Védrines qui vivaient encore, à Oxford, sous l’influence de Thierry Tilly, présumé « gourou ».

Novembre 2010

Décès de Guillemette de Védrines, 98 ans, figure tutélaire de la famille, victime des agissements de Thierry Tilly.

Septembre 2012

Le procès du « gourou » Thierry Tilly et de Jacques Gonzalez s’ouvre le 24 septembre au tribunal de Bordeaux pour séquestration, violences volontaires sur personne vulnérable avec préméditation et abus de faiblesse sur la famille Védrines, dans l’affaire qui est devenue l’affaire des « reclus de Monflanquin ». Il dure jusqu’au 5 octobre.

Novembre 2012

Le tribunal correctionnel de Bordeaux condamne en délibéré, le 13 novembre, le « gourou » Thierry Tilly et Jacques Gonzalez, son complice, à 8 ans et 4 ans de prison. Le premier est reconnu coupable d’abus de faiblesse, de détention arbitraire et de violence volontaire sur une personne vulnérable, le second de complicité d’abus de faiblesse. Les deux hommes sont également solidairement condamnés à verser aux 10 membres de la famille de Védrines, qui s’étaient portés parties civiles, près de 4,8 millions d’euros de dommages intérêts au titre de leur préjudice matériel et 505.000 euros au titre de leur préjudice moral.

Le 4 juin 2013

L’arrêt de la Cour d’appel de Bordeaux confirme la condamnation de Thierry Tilly à dix ans de prison, pour avoir manipulé et conduit à leur ruine « les reclus de Monflanquin ».

29 septembre 2014

Charles-Henri et Christine de Védrines, deux des 11 membres des reclus de Monflanquin, contestent devant la chambre commerciale de la cour d’appel d’Agen un jugement du tribunal de commerce d’Agen qui, en décembre 2009, les condamnait à verser 40 800 euros à un agent immobilier avec qui ils avaient signé, en janvier 2008, un mandat exclusif pour la vente du château familial en Lot-et-Garonne.

17 novembre 2014

La cour d’appel d’Agen rend sont arrêt et reconnait que Charles-Henri et Christine de Védrines n’étaient pas sains d’esprit lors de la vente de leur château.

18 décembre 2014

Les époux Védrines se présentent au tribunal de grande instance d’Agen pour demander l’annulation de la vente du château familial cédé sous la pression du gourou.

Janvier 2015

Max Germa, agent immobilier de Monflanquin, et son avocat, Me Bruneau, se pourvoient en cassation dans l’affaire qui les oppose à Charles-Henri et Christine de Védrines. Ces derniers, condamnés en première instance par le tribunal de commerce d’Agen pour ne pas avoir respecté un contrat de vente exclusif signé avec Max Germa pour la cession du château de Martel, ont vu la cour d’appel d’Agen abonder dans leur sens en déclarant nul le contrat au motif qu’ils étaient manipulés par leur gourou lors de la signature, en janvier 2008. Max Germa et son conseil contestent cette lecture des faits.

17 septembre 2015

Charles-Henri et Christine de Védrines n’obtiennent pas du tribunal de grande instance (TGI) d’Agen la restitution du château de Martel, le berceau de la famille, à Monflanquin. Dans son
jugement le tribunal a certes reconnu l’insanité, le trouble mental dont souffraient les consorts Védrines toujours sous l’emprise du gourou Thierry Tilly au moment de la vente du château, le 28 janvier 2008, et a cassé en conséquence cette transaction, mais il n’a pas déclaré nulle la deuxième vente de 2009.

 

Source: Sud Ouest  le 16/05/2018