Faux souvenirs induits

Viol, abus, manipulation… Quand certains thérapeutes sont déviants

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Le documentaire Emprise mentale : quand la thérapie dérape, diffusé sur France 5 le 19 avril, enquête sur ces gourous qui induisent de pseudo traumatismes d’enfance et donne la parole à leurs victimes.


Emprise mentale : quand la thérapie dérape… par france5

Sud Ouest : « Mémoire menteuse »

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SO16.12.14Avocat spécialisé dans les phénomènes d’emprise mentale, Daniel Picotin est hostile à l’allongement de la prescription.

« Sud Ouest ». Finalement, l’Assemblée nationale a refusé d’allonger la durée de la prescription pour les infractions sexuelles… Daniel Picotin. C’est un soulagement !

Pourquoi ? C’était une folie juridique. La proposition de loi, portée par le groupe UDI et initialement votée par le Sénat, s’appuyait sur la théorie de la mémoire réprimée. Celle-ci ne repose sur aucune base scientifique. Elle part du principe que les souvenirs d’abus sexuels subis pendant l’enfance peuvent être refoulés pendant des années ou des décennies et resurgir brutalement à la faveur d’une psychothérapie. D’où la nécessité pour ses partisans d’élargir le champ de la prescription. Si la loi était passée, la possibilité de porter plainte aurait été ouverte jusqu’à l’âge de 48 ans (1).

Les partisans de cette théorie font pourtant souvent référence à Freud, le père de la psychanalyse ? Effectivement, en 1895, Sigmund Freud avait évoqué cette hypothèse, avant de l’écarter deux ans plus tard. Ses tenants se servent des quelques lignes écrites à l’époque pour prétendre qu’un mal-être psychique a toutes les chances de trouver son origine dans une agression sexuelle subie pendant l’enfance et jusqu’alors occultée.

Cela peut arriver… Je ne le conteste pas. Mais il y a thérapeute et thérapeute. Lorsque la parole est recueillie par des thérapeutes diplômés et issus de l’université, psychiatres ou psychologues, il n’y a aucun souci. Mais, aux côtés de ces professionnels, fleurissent divers spécialistes aux intitulés divers qui disent pratiquer le développement de vie ou la thérapie de la conscience. Ces gens peuvent être à l’origine des « faux souvenirs induits », sources potentielles de graves erreurs judiciaires.

Que leur reprochez-vous ? De créer de toutes pièces de vraies fausses victimes. Ils induisent chez ces personnes, qui au demeurant vont mal mais pour de tout autres raisons, des souvenirs totalement faux, des choses qui ne sont jamais arrivées. Le pire, c’est qu’elles vont finir par en être persuadées. Parvenues à ce stade, elles fournissent souvent un luxe de détails. Leurs accents de sincérité peuvent toucher les profanes, voire leurs avocats.

Comment pouvez-vous être aussi affirmatif ? Le phénomène des faux souvenirs induits, dont on commence seulement à prendre conscience en France, est apparu aux États-Unis dans les années 80. Des centaines de personnes ont été condamnées, vraisemblablement à tort, avant que les travaux d’une psychologue, Elizabeth Loftus, professeur à l’université de Californie, n’alertent l’opinion publique sur le caractère trompeur de ces résurgences de souvenirs.

Qu’a-t-elle démontré ? Tout d’abord que lorsqu’on interroge les gens à propos de leurs souvenirs, on les modifie. La façon de poser les questions et le choix des mots influent sur les réponses et peuvent favoriser une reconstruction de la mémoire. Mais Elizabeth Loftus a surtout étudié les techniques utilisées par les soi-disant thérapeutes au travers des comptes-rendus de séances figurant dans les dossiers judiciaires. Au-delà de la façon de questionner, elle a notamment mis en cause l’utilisation de l’hypnose et de l’interprétation des rêves, qui permettent de décrire des scènes plus vraies que nature. La mémoire est menteuse.

Ces recherches ont-elles eu une influence aux États-Unis ? Les États-Unis ont connu des milliers de procès. Au point qu’au début des années 90 est née une association regroupant plusieurs centaines de parents accusés d’avoir agressé sexuellement leurs enfants et clamant leur innocence. Aujourd’hui, les révélations par des patientes d’abus sexuels survenus dans leur enfance sont accueillies avec beaucoup plus de scepticisme. C’est loin d’être le cas en France, où l’on avait pourtant dit « plus jamais » après Outreau.

Recueilli par Dominique Richard

(1) Un mineur victime d’abus sexuels dispose d’un délai de vingt ans après sa majorité pour porter plainte.

Source : Sud Ouest du 16/12/14

Les faux souvenirs induits | Brigitte Axelrad | Bordeaux 12 juin 2014

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Compte-rendu de la Conférence du jeudi 12 juin 2014 à Bordeaux

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1C’est devant une assistance nombreuse et attentive  qu’a commencé, à 19 heures,  la conférence  organisée par Info Sectes Aquitaine sur le thème des ravages des faux souvenirs « retrouvés » en thérapie.

 

La salle de l’Athénée municipal de Bordeaux était bien pleine, mais à la suite d’un incident technique, les participants ont du évacuer les lieux.  Cela s’est passé dans le calme et ils se sont tous retrouvés sur la place Jean Moulin, en attendant qu’un nouveau lieu soit trouvé.

 

Finalement, les organisateurs  ont trouvé une solution au pied levé et la conférence a pu se poursuivre sans autre incident dans la salle de conférence d’un hôtel proche. L’auditoire était encore au complet et il est resté attentif jusqu’à 22 heures 30 !

 

Maitre Daniel Picotin, Président d’Info Sectes Aquitaine, a introduit Brigitte Axelrad, professeur de philosophie et de psychosociologie, membre de l’Observatoire Zététique de Grenoble et du Comité de rédaction de la revue Science et pseudosciences de l’AFIS (Association Française pour l’Information Scientifique), qui a traité le sujet des ravages des faux souvenirs induits.

 

Les ravages des faux souvenirs sont engendrés par les thérapies dites de la mémoire retrouvée (TMR). Ils sont apparus dans les années 1970-80 aux États-Unis, avant de régresser fortement grâce à l’information scientifique apportée aux professionnels de santé, au milieu judiciaire  et aux médias et à la réaction des familles contre ces thérapeutes au début des années 2000. Malheureusement la France, avec environ dix ans de retard, est de plus en plus touchée par ce phénomène.

 

2Les thérapies dites de « la mémoire retrouvée »

Les thérapies de la « mémoire retrouvée » ont pour objectif de faire retrouver des souvenirs refoulés d’abus sexuels, qui seraient survenus dans l’enfance 20 à 30 ans auparavant  et qui seraient la cause des troubles actuels de la patiente (dépression, anorexie, boulimie…). Les thérapeutes des TMR s’appuient sur des techniques variées de suggestion, telles que l’hypnose, l’interprétation des rêves, la canalisation, les interrogatoires répétitifs…  

Les thérapeutes qui pratiquent ce genre de thérapies sont parfois autoproclamés, mais parfois aussi des personnels de santé (infirmiers, kinésithérapeutes…) ou encore des psychologues, des psychiatres, ou des psychanalystes.

 

Une manipulation basée sur la dépendance au thérapeute

Les victimes sont en majorité des femmes, ayant très souvent fait des études universitaires, issues de familles de cadres moyens, enseignants, professions libérales, comme le soulignera la conférencière. Ces patients ont l’impression de trouver dans ces thérapies régressives une explication à leur mal-être. Alors même qu’ils croient être libres, ils sont en réalité devenus dépendants de leur thérapeute.

Désirant guérir, le patient en thérapie échappe difficilement à la suggestion. Il rompt rapidement avec sa famille et son entourage, surtout lorsqu’il y a accusation d’inceste d’un parent, père ou grand-père. Cela conduit à l’éclatement  et souvent à la destruction de la famille. Après 10, 20, 30 années écoulées entre le souvenir retrouvé et l’évènement incriminé, la preuve de l’abus est quasiment impossible à trouver et la croyance en l’abus peut être non fondée.

 

Il ne s’agit pas de nier l’existence des abus sexuels avérés. La lutte contre ceux qui les commettent doit être sans merci. Mais c’est seulement si l’on différencie les deux problèmes, que l’on pourra lutter efficacement contre l’un et contre l’autre.

 

L’intervention du Docteur Alain Sauteraud, psychiatre à Bordeaux.

Son exposé très brillant et très vivant a porté sur le thème : « L’effet « prise en charge » est la clef de voûte de l’emprise psychologique. ».  

 

3Le débat

L’intervention a suscité de nombreux échanges avec l’assistance. On a noté la présence de la Vice- Présidente du Conseil de l’Ordre régional des médecins, la Présidente de l’Agence Régionale de Santé (ARS) et de plusieurs médecins généralistes.

Des parents victimes ainsi que d’anciens patients victimes des TMR se sont aussi exprimés. Ils ont notamment évoqué la position des juges aux affaires familiales qui refusent aux grands-parents le droit de visite à leurs petits enfants. L’heure tardive n’a pas rebuté les auditeurs qui sont restés jusqu’à la fin.

 

Brigitte Axelrad en discussion avec Michèle Daut,  Vice-Présidente du Conseil de l’Ordre des Médecins d’Aquitaine

Sud Ouest : Infos-sectes alerte contre  » les faux souvenirs induits « 

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Une conférence demain soir sur les manipulations de la mémoire.

« Les faux souvenirs induits », c’est le thème de la conférence qu’organise demain soir, jeudi, l’association Infos Sectes, dont le président régional, l’avocat Daniel Picotin, explique : « Ce phénomène a ravagé les USA dans les années 80 et 90 et on le voit arriver en France depuis quelques années. Il s’agit de faux thérapeutes, de faux coachs de vie ou de développement personnel qui sont persuadés que le mal-être est lié à un abus sexuel, et qui arrivent à installer dans la mémoire de gens fragiles l’idée qu’ils ont été victimes, dans leur enfance, d’un abus de ce genre… Ça détruit des familles. Et il est très compliqué de repérer ces manipulations de la mémoire, qui fabriquent de vraies fausses victimes très crédibles, sincèrement persuadées d’avoir été abusées. Les psys qui ne sont pas habitués au détricotage de ces phénomènes marchent… »

Le vrai du faux

Gare aux faux souvenirs, mais gare aussi aux véritables abus passés sous silence : comment démêler le vrai du faux ? « C’est extrêmement compliqué », note Daniel Picotin, et il sera sans doute question de ce rapport complexe à la vérité lors de la conférence de ce jeudi soir, que Daniel Picotin anime avec Brigitte Axelrad, professeur de philosophie et de psychosociologie, et Alain Sauteraud, médecin psychiatre à Bordeaux.

À l’Athénée municipal à Bordeaux, demain jeudi 12 juin, à 19 heures.

Entrée libre. Renseignements au 05 56 44 25 58.

Source : Sud Ouest du 11/06/14

Sud Ouest : « Pour la justice, les souvenirs sont bien réels »

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Sud OuestUne jeune femme accusait son père de viol. Son statut de victime est reconnu.

Elle en avait besoin pour se reconstruire. En 2007, après avoir consulté une thérapeute pendant quatre ans, une jeune femme, alors âgée de 32 ans, porte plainte pour viol contre son père. Les faits qui se seraient déroulés dans son enfance au domicile familial entre 1985 et 1988 sont prescrits. C’est donc devant la justice civile qu’elle a demandé réparation.

Le 10 avril dernier, la 6e chambre civile du tribunal de grande instance de Bordeaux a donc examiné l’affaire. Défendu par Me Daniel Picotin qui s’est illustré dans nombre de procès où la manipulation mentale entrait en jeu, le père diffamé a en quelques sorte retourné l’accusation. Contre celle qui a pris sa fille en charge et se définit elle-même comme « coach en développement personnel ».

Selon lui, cette femme qui aurait elle-même subi une agression sexuelle aurait suggéré à sa fille, qui répète en toute sincérité des souvenirs ne correspondant pas à la réalité. « C’est ce qu’on appelle les souvenirs induits », résume Me Picotin. Mais le tribunal a retenu que la jeune femme avait mentionné les faits antérieurement à son suivi. Les juges estiment que la jeune femme a souffert des agissements de son père et condamnent ce dernier à lui verser 15 000 euros de dommages et intérêts.

Source : Sud Ouest du 21/06/13

Bordeaux: pour le tribunal, personne n’a poussé la victime à imaginer des viols

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Le parisienLe tribunal de Bordeaux a donné raison mercredi à une femme qui réclamait des dommages et intérêts à son père pour viols, alors que ce dernier invoquait « de faux souvenirs induits » par une thérapeute, a-t-on appris de source judiciaire.

La 6e chambre civile du tribunal de grande instance de Bordeaux, saisie par la jeune femme en raison de délais de prescription lui interdisant une action au pénal, s’est rangée aux arguments de S. , 38 ans, car celle-ci, qui soutient avoir été violée par son père entre 10 et 13 ans, s’était confiée à des proches avant même de consulter cette thérapeute, a-t-on ajouté.

Les juges civils lui ont alloué 15.000 euros de dommages et intérêts et 1.500 euros au titre des frais de justice, a-t-on précisé.

Lors de l’audience, qui s’était tenue le 10 avril, son avocate, Me Patricia Gravellier, avait rappelé que les experts qui avaient examiné sa cliente dans le cadre de sa plainte déposée en 2007 ne l’avaient pas jugée affabulatrice, ne décelant chez elle aucun trouble psycho-pathologique.

Me Daniel Picotin, qui représentait le père, n’avait de son côté pas mis en doute la sincérité de S., jugeant toutefois qu’elle était victime de « faux souvenirs induits » (FSI), mis en tête par une thérapeute bordelaise aujourd’hui retraitée. Celle-ci, pour se conformer au décret de 2010 sur ces métiers, se présentait ces dernières années comme « coach en développement personnel ».

Spécialiste national des affaires de manipulation mentale (il représente une partie des victimes dans l’affaire des reclus de Monflanquin), Me Picotin avait produit des cartes d’anniversaire affectueuses écrites par la fille au père et des photos du mariage de la jeune femme, où elle semble très proche de lui.

Une expertise avait également mis en doute l’amnésie prolongée de la plaignante, dans la mesure où la plaignante avait été violée aux âges qu’elle avance, et s’étonnait dans ce cas du maintien de rapports proches avec son père.

Me Gravellier avait quant à elle insisté sur les témoignages de l’époux et d’un frère de S., qui soutenaient que la jeune femme leur avait parlé de tels viols plusieurs années avant de consulter sa « coach ».

Ces témoignages avaient été mis en doute par Me Picotin, mais ils ont fini par emporter la conviction du tribunal.

Source : Le Parisien du 19/06/13

 

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