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COLLOQUE CAPRI du 29 juin 2018 : LE CAPRI 3 ANS APRES – ENJEUX THEORIQUES ET PRATIQUES DE LA PREVENTION

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La prévention de la radicalisation prend mieux en compte sa dimension religieuse

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Après la tenue d’un congrès international la semaine dernière à Bordeaux abordant le sujet, un colloque « prévenir la radicalisation » a lieu à Marseille jusqu’à mercredi.

Par l’implication croissante des responsables religieux ou par la multiplication de ces forums, l’influence du religieux commence à s’immiscer dans la compréhension du phénomène.

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Dissuader par la religion, pas que par la psychologie. Ne pas cantonner le phénomène de radicalisation à des causes sociologiques, des fragilités mentales, mais l’expliquer aussi sous l’angle de la foi. Depuis plusieurs mois, la part du religieux semble gagner de l’ampleur dans la prévention et la compréhension de la radicalisation, en France comme à l’étranger.

Les interventions des cadres ou spécialistes religieux – des imams, des aumôniers, des islamologues, des théologiens… – deviennent plus régulières : en témoigne leur présence au grand colloque euro-méditerranéen « prévenir la radicalisation » qui s’ouvre aujourd’hui à Marseille, ou au congrès annuel de l’Association internationale d’études sur les sectes (ISCA) qui s’est tenu la semaine dernière à Bordeaux. « Nous commençons tout juste à prêter un peu plus d’attention à l’importance du discours religieux et à l’idéologie dans les processus d’embrigadement », explique la sociologue Hasna Hussein, assistante de recherche du projet Practicies sur la prévention de la radicalisation a l’université de Toulouse 2, qui interviendra à Marseille.

Une « prise de conscience tardive »

Pour la fondatrice du blog Contre discours radical, analysant la littérature djihadiste, « cette approche pluridisciplinaire – sociologique, psychiatrique, religieuse… – doit encore s’affirmer pour traiter ce phénomène complexe en tenant vraiment compte des trajectoires, très diverses, des personnes radicalisées ». Ce qui ne semble pas avoir été vraiment entrepris jusqu’ici.

Les experts expliquent cette « prise de conscience » de la nécessité de tenir davantage compte du religieux dans la prévention de la radicalisation par la multiplication des attentats et la diffusion de l’extrémisme, et donc un sentiment « d’échec » des différentes politiques menées jusqu’ici. « Nous sommes seulement en train de comprendre que nous n’avions rien compris auparavant », estime Me Daniel Picotin, avocat girondin qui a fondé en 2011 la Société française de recherches et d’analyse en emprise mentale, qui a coorganisé le congrès de Bordeaux (1).

Un suivi « pluridisciplinaire »

Universitaires, avocats, médecins, spécialistes de la santé mentale, victimes… Mais aussi représentant religieux, avec la venue notamment de Tareq Oubrou, recteur de la grande mosquée de Bordeaux et figure libérale de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF, proche des Frères musulmans) : en tout, près de 250 participants internationaux y ont assisté.

Des représentants du Centre d’action et de prévention contre la radicalisation des individus (Capri), qui assure à Bordeaux depuis l’automne 2016 un suivi pluridisciplinaire des personnes séduites par l’idéologie djihadiste, y ont également pris la parole. « Dans une récente expérience menée sur 43 cas de personnes radicalisées ou en voie de l’être, le Capri a identifié comme cause majeure pour 36 % d’entre eux la maladie psychiatrique, pour 48 % d’autres la vulnérabilité sociale, et dans 16 % des cas la radicalité religieuse », poursuit Me Daniel Picotin. Un échantillon trop faible, estime-t-il cependant, pour être érigé en tendance de fond.

Impliquer davantage les responsables religieux

Dans la prévention de la radicalisation, « il est inconcevable de ne pas travailler de pair avec les imams et les cadres religieux, qui sont parmi les premiers acteurs concernés », estime de son côté Karim Ifrak, chercheur au CNRS, spécialiste de l’histoire intellectuelle et de la vie de la pensée dans les mondes musulmans, et l’un des intervenants de la conférence de Marseille, regrettant que leur légitimité n’ait pas été reconnue plus tôt dans « la compréhension de ce phénomène complexe ». Une légitimité difficile à asseoir malgré les efforts consentis par certains d’entre eux.

À tâtons, les choses commencent aujourd’hui à bouger. Pour la deuxième année consécutive, la préfecture du Bas-Rhin et la faculté de théologie protestante de Strasbourg ont lancé, à la fin du mois de juin, une formation à l’accompagnement préventif des jeunes au profil radicalisé, à destination des cadres musulmans et des travailleurs sociaux. « Une initiative très louable, estime Karim Ifrak, qui pourrait porter ses fruits dans les mois ou années à venir ».

(1) Organisé par l’ICSA (International Cultic Studies Association), association américaine qui travaille depuis 1979 sur la manipulation psychologique, et Info Sectes Montréal.

Source : La Croix du 02/07/2017

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