Hier, douze ans de réclusion criminelle ont été requis contre le gourou présumé du Lot-et-Garonne et de l’Ariège, Robert le Dinh, accusé notamment de viols aggravés. Le verdict est attendu dans l’après-midi.

Rupture avec l’environnement, abus financiers, manipulation mentale et persuasion coercitive, agressions sexuelles voire tortures, embrigadement dès la naissance, démêlés judiciaires… « C’est la secte totale », assène Me Daniel Picotin, conseil de Dominique et Isabelle Lorenzato, à l’origine des poursuites contre Robert Le Dinh. Qualifiant le gourou présumé, poursuivi pour viols aggravés, agressions sexuelles notamment sur des mineures et abus de faiblesse aggravé, d’«affabulateur » et d’«escroc », l’avocat bordelais s’est efforcé de « démasquer » l’accusé et son « melting-pot ».

«vous avez inventé les partouzes mystiques»

Listant « les filons » de Robert Le Dinh, ses premières conférences sur les extra-terrestres puis sur la paix dans le monde, ses cours d’arts martiaux ou encore ses activités de medium jusqu’à sa révélation mystique en 1982 après l’apparition du Christ, Me Picotin a ironisé : « J’imagine mal le Christ jouant au quinté et roulant en 4×4. Vous avez inventé le Christ jouisseur et libertin, les partouzes mystiques (…) Vous faites partie de la grande cohorte des gourous, ces prédateurs financiers qui vivent en parasite ». Et d’enchaîner sur les conclusions de l’expert-psychiatre, notant chez l’accusé, « si les faits étaient avérés, une composante exhibitionniste, voyeuriste, perverse et sadique ».

« L’heure de la loi du retour pour Le Dinh »

Plus tôt dans la journée, Me Laurent Bruneau, l’avocat agenais de Marie-Hélène Lalanne, partie civile contre Le Dinh, avait anticipé les plaidoiries de la défense qui vont tenter aujourd’hui de démontrer que les « personnes qui appartenaient au groupe de Robert Le Dinh étaient libres et responsables de leur choix » et qu’il n’y avait « pas de problème de consentement ». « Le consentement de ma cliente a été volé. L’emprise était évidente, les membres du groupe ne pouvaient pas raisonner par eux-mêmes, ils n’avaient plus leur libre-arbitre (…) Ce qui a permis à Robert Le Dinh de devenir Tang, c’est le groupe, une arme au service de Tang pour atteindre ses objectifs », a affirmé Me Bruneau. S’inspirant des méthodes coercitives instaurées par le gourou présumé du Lot-et-Garonne et de l’Ariège pour s’assurer l’obéissance des membres de son groupe, l’avocat s’est adressé ainsi à la cour et aux jurés : « C’est l’heure de la loi du retour et du premier positionnement de Robert Le Dinh ».

Assujettissement par sujétion psychologique

En soutien à l’accusation, l’avocate générale Cécile Deprade qui avait sollicité en première instance à Foix, entre 10 à 12 ans de réclusion criminelle, a requis cette fois-ci une peine de douze ans d’emprisonnement et demandé l’abandon du facteur aggravant des poursuites. Tout en indiquant qu’il ne venait pas requérir « contre une secte », une « philosophie » ou « une croyance » dans le respect des « deux principes fondateurs de la liberté de conscience et de la liberté religieuse » mais contre « un homme », le ministère public s’est dit « convaincu que Robert Le Dinh a commis les crimes et les délits pour lesquels il comparaît » et qu’il « a assujetti ses victimes par sujétion psychologique ». Une question que la cour et les jurés devront trancher dans l’après-midi après les plaidoiries des trois avocats de Robert le Dinh.

Source : La Dépêche du 06/04/12