Robert Le Dinh, jugé depuis vendredi aux assises de l’Ariège à Foix, a assuré ne pas craindre d’être qualifié de « gourou », mais gourou d’une communauté d’amis dans laquelle il n’a jamais rien imposé à personne, et certainement pas le viol à certaines de ses disciples.

Gourou pervers à la tête d’une secte selon ses victimes présumées, maître inspiré selon ses partisans et les membres de son comité venus le soutenir, Robert Le Dinh répond de viols et agressions sexuelles sur des adeptes de sa communauté, y compris des mineures. Il encourt jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle.

Gourou, « le mot ne me fait pas peur, je suis un leader spirituel ou tout ce que vous voulez. J’ai animé un groupe d’amis, avec un fondement mystique et chrétien, mais loin de moi l’idée d’imposer quoi que ce soit », a dit Robert Le Dinh, dit Tang, juste avant d’entrer dans la salle des assises.

Là, quand le tribunal s’est penché sur sa personnalité, Tang a expliqué comment le « Christ lui était apparu » en 1982 afin de lui signifier qu’il était son « serviteur, le saint élu », un état de fait qui l’a « responsabilisé » sans pour autant faire qu’il se sente supérieur aux membres de sa communauté.

Tang, fils d’un ouvrier bouddhiste d’origine vietnamienne et d’une mère française catholique, dispensait des enseignements spirituels quotidiens à une vingtaine de personnes, d’abord dans le Lot-et-Garonne, puis à partir de 2005, dans l’Ariège.

Robert Le Dinh, qui comparaît libre après deux ans de détention provisoire, y a retrouvé aujourd’hui son groupe d’adeptes.

Les parties civiles accusent Tang, dont les rêves et prophéties étaient recueillis au saut du lit par les membres de sa communauté, d’avoir usé de son emprise pour imposer des relations sexuelles à ses ouailles.

« Les adeptes venaient recueillir vos révélations tous les matins mais en général elles ne faisaient pas que cela », lui lance le président, Jacques Richiardi.

« C’était dans le cadre d’une sexualité librement consentie », rétorque-t-il. « Je n’ai jamais menacé ou contraint quiconque. Elles voulaient la partager avec moi », dit-il des trois anciennes adeptes qui l’accusent de viols, disant même qu’elles avaient « bataillé entre elles » pour l’obtention de ses faveurs.

Difficile, pourtant aujourd’hui, de voir un séducteur dans cet homme au cheveu noir et clairsemé, au débit lent et à l’audition hésitante.

L’accusé nie également les attouchements sexuels dont il est accusé sur deux mineures, anciennes filles d’adeptes.

De même, il dément toute manipulation sectaire dans le fonctionnement du groupe, tentant de dédramatiser le principe de la « loi du retour », qui, selon les parties civiles, promettait le malheur à toute personne sortant du droit chemin.

En particulier, il a prédit au couple Lorenzato, qui les premiers en 2007 avaient dénoncé les agissements de ce qu’ils qualifiaient de secte, qu’un rocher ou un arbre s’écraserait sur leur domicile, dénonce leur avocat, Me Daniel Picotin.

« C’est un rêve que j’ai eu et j’ai appris en prison qu’un chêne était tombé sur leur maison. Je ne l’ai pas scié quand même ». « Vous sortez les choses de leur contexte mystique et chrétien », martèle-t-il.

Tang, condamné à deux ans et demi de prison en 1984 notamment pour extorsion de fonds, est aussi accusé d’avoir fait financer son train de vie par les membres du groupe. Entre 2005 et 2007, environ 150.000 euros auraient été versés sur ses comptes.

La défense, elle, va plaider l’acquittement. Pour elle, la communauté n’était pas une secte, mais un groupe religieux, aux pratiques légères et libres.

Le verdict est attendu le 18 septembre.

Source La Croix.com